La pêche de la perche du Nil, dans le lac Victoria, assure, en partie, les moyens d’existence de deux millions de personnes de la région.
Photo: Maria Winkler/ GIZ/ Global Programme “Sustainable Fisheries and Aquaculture”

Voir les systèmes d’alimentation terrestres et aquatiques sous un même angle

La pêche et l’aquaculture sont des composantes importantes des systèmes d’alimentation mondiaux. Dans les pays en développement, ce secteur emploie des millions de personnes et en nourrit des milliards dans le monde entier. La surexploitation et d’autres pratiques néfastes mettent à mal sa durabilité et son potentiel réel de croissance. L’auteur décrit comment le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) apporte son soutien aux pratiques durables de pêche et d’aquaculture et contribue ainsi, de manière importante, à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, à la protection des moyens d’existence et à la conservation des ressources naturelles.

Sur terre et sous l’eau, le monde semble déséquilibré et la pandémie de Covid-19 a mis à jour et exacerbé les problèmes actuels des systèmes alimentaires internationaux. Le récent Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires agit comme une sonnette d’alarme et souligne la nécessité de transformations systémiques dans divers cadres et secteurs.

La pêche et l’aquaculture font partie du problème et partie de la solution. Les réserves halieutiques n’ont jamais été exposées à des contraintes aussi fortes qu’aujourd’hui. Jamais autant d’espèces aquatiques ont été menacées d’extinction. En même temps, nous disposons des connaissances, des outils et des technologies nécessaires pour gérer plus durablement les systèmes aquatiques et accroître leur productivité, ce qui contribuerait à améliorer la nutrition et à garantir les moyens d’existence de centaines de millions de personnes dans le monde entier.

Aujourd’hui, bien que 80 pour cent des produits de la pêche et de l’aquaculture consommés dans le monde proviennent des eaux territoriales de pays en développement, dans ceux-ci la consommation moyenne de poisson par habitant est deux fois moindre que dans les pays développés (20,5 kg). Le commerce du poisson et l’attribution de droits de pêche sont d’importantes sources de revenu pour de nombreux pays en développement.

En même temps, les exportations peuvent réduire la consommation intérieure du poisson et, par conséquent, la possibilité de combattre plus efficacement la faim et la malnutrition. En Afrique et dans d’autres régions souffrant d’une forte insécurité alimentaire, les scénarios de la future demande de poisson vont bien au-delà de l’actuelle offre intérieure. Il est urgent d’agir pour répondre à cette demande croissante de manière durable dans le cadre de la lutte mondiale contre la faim et la malnutrition.

Engagements, instruments et partenariats de la coopération allemande au développement

Les objectifs de développement durable, notamment les ODD 1, 2 et 14, ainsi que les lignes directrices et les accords approuvés par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et ses États membres constituent d’importants principes et critères d’action pour la planification et la mise en œuvre de nos programmes. Dans ce contexte, le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) s’efforce de promouvoir la pêche et l’aquaculture artisanales durables, d’encourager la transformation et la commercialisation durables et socialement responsables du poisson et, conformément à l’approche « tolérance zéro » de l’Union européenne, de soutenir les efforts des pays partenaires dans leur lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée.

Dans le domaine de la pêche et de l’aquaculture, la coopération allemande au développement s’appuie sur divers instruments, et notamment sur la coopération bilatérale, technique et financière au développement. En Mauritanie, par exemple, le BMZ soutient la mise en place de systèmes efficaces de surveillance et de contrôle de la pêche, ainsi que d’installations portuaires et de sites de débarquement de poisson. Mais nous soutenons également des initiatives mondiales telles que l’Initiative internationale pour les produits de la mer durables (GSSI) et l’Initiative pour la transparence des pêches (FiTI, voir article « La pêche durable a besoin de transparence ») et collaborons avec des organisations internationales ou non gouvernementales.

Programme mondial « Pêche et aquaculture durables »

Dans le cadre du programme mondial « Pêche et aquaculture durables » (2016–2024) appliqué dans sept pays d’Afrique et d’Asie, la coopération allemande au développement travaille en étroite collaboration avec des milliers de parties prenantes des chaînes de valeur de la pêche et de l’aquaculture (voir exemples dans les encadrés). Le groupe cible comprend des entreprises, commerces, organisations et instituts (aquaculteurs, pêcheurs, transformateurs, commerçants, organisation de producteurs, instituts de recherche et de formation, organisations gouvernementales) de petite et moyenne taille.

Ce programme mondial offre des services de formation technique et de développement des entreprises permettant d’accroître durablement la production et l’accès aux marchés. Des innovations telles que l’installation de tables de transformation ou de caissons hygiéniques en acier protègent le poisson de la saleté, de la lumière solaire et des dégradations mécaniques. Elles contribuent à réduire les pertes post-capture et à améliorer la disponibilité du poisson sur les marchés locaux.

Des organisations publiques, privées et non gouvernementales bénéficient d’une aide à la diffusion de services de conseil et de meilleures pratiques axés sur la demande. Des conseils stratégiques sont offerts pour améliorer les cadres juridiques et leur application. Par exemple, six pays ont mis en œuvre un total de 28 mesures en faveur de la pêche et de l’aquaculture durables, conformément aux lignes directrices de la FAO. Ces mesures portent notamment sur la révision des stratégies nationales et l’élaboration de plans pertinents de mise en œuvre et d’action.

Près de 20 000 personnes ont participé à des formations en gestion d’entreprise et en compétences techniques. Les participants apprennent comment éviter la surpêche ou comment produire et transformer efficacement le poisson. Environ 9 100 entreprises d’aquaculture ont augmenté leur capacité de production. La quantité de poisson pêché légalement et à la disposition de la population exposée à l’insécurité alimentaire a plus que doublé.

PROMOTION DE LA PÊCHE DURABLE EN OUGANDA

La pêche de la perche du Nil, dans le lac Victoria, est une des chaînes de valeur les plus importantes d’Afrique. Elle assure, en partie, les moyens d’existence de deux millions de personnes de la région. Mais cette importante source d’alimentation nutritive et de revenu pour la population environnante du lac Victoria est menacée. Le libre accès aux réserves halieutiques, la pêche illicite, non déclarée et non réglementée et l’insuffisance du système de surveillance et de contrôle des lois et règlements applicables au secteur de la pêche ne font qu’aggraver la pression exercée sur la perche du Nil. Pour résoudre ce problème, dans le cadre du programme mondial « Pêche et aquaculture durables », environ 12 900 bateaux ont été enregistrés et 25 800 pêcheurs ont reçu une licence de pêche pour formaliser leurs activités. En outre, plus de 700 contrôles ont été réalisés dans le but de réduire la pêche illicite, non déclarée et non réglementée. À ce jour, plus de 40 300 tonnes de captures sauvages dans le lac Victoria ont été réglementées et documentées en Ouganda.

Ces dernières années, le BMZ a encouragé la création de nouveaux partenariats et le renforcement de partenariats existants. Par exemple, nous avons engagé un plan de collaboration avec l’Initiative Stop Illegal Fishing (SIF) pour soutenir la mise en œuvre de l’Accord relatif aux mesures du ressort de l’État du port (Port State Measurement Agreement – PSMA) ciblant la pêche illicite, non déclarée et non réglementée au Ghana, à Madagascar et au Mozambique. Dans la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée, nous considérons qu’il est important que des recommandations internationales s’opposent aux conséquences négatives du transbordement (déchargement de poisson en mer, d’un bateau à un autre, comme moyen éventuel de légaliser le poisson illégal). Nous appuyons par conséquent l’élaboration de lignes directrices de la FAO sur le transbordement.

Dans le domaine du soutien direct de la chaîne de valeur, le BMZ appuie le projet Fish4ACP financé par l’UE et mis en œuvre par la FAO. Ce projet sert à promouvoir des interventions pour la durabilité de la chaîne de valeur dans le domaine de la pêche et de l’aquaculture dans douze pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. En 2020, en collaboration avec l’UE et la FAO, le BMZ a organisé une rencontre dans le but d’examiner l’importance de la pêche et de l’aquaculture durables pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique et pour souligner l’urgence d’un soutien sectoriel substantiel et collaboratif.

RIZIPISCICULTURE DURABLE À MADAGASCAR



À Madagascar, la rizipisciculture a un potentiel considérable d’amélioration durable des moyens d’existence locaux, notamment dans les zones rurales et à l’intérieur des terres. C’est là que vit environ 80 pour cent de la population et nombreux sont ceux qui souffrent d’insécurité alimentaire et de malnutrition. Un meilleur accès au poisson, qui est essentiellement commercialisé le long de la côte et dans les villes, présente d’importants avantages économiques et améliore la sécurité alimentaire et la nutrition à l’intérieur du pays.

À ce jour, seulement 20 pour cent des champs adéquats sont utilisés en rizipisciculture. Pour élargir cette approche d’aquaculture intégrée, le programme « Pêche et aquaculture durables » aide le gouvernement malgache à créer des cadres politiques, juridiques et administratifs favorables. En outre, ce programme a déjà formé 15 000 personnes à la rizipisciculture grâce à des stages et des démonstrations pratiques. La formule présente plusieurs avantages. Dans les rizières, le poisson bénéficie d’un habitat optimal et se nourrit d’escargots, d’insectes et d’herbes présents à l’état naturel. À la recherche de nourriture, ils affouillent le sol et libèrent des nutriments pour les pieds de riz. En plus d’améliorer la production de poisson, cette solution augmente le rendement du riz.

(Photo : Sabine Wolf/ GIZ / Programme mondial « Pêche et aquaculture durables »)

Dynamique nationale et internationale

L’engagement financier et politique du BMZ dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture s’est régulièrement accru avec le temps. La pêche et l’aquaculture resteront des secteurs importants dans le contexte de l’éradication de la faim et de la protection de la vie sur Terre, de l’environnement et des ressources naturelles. Compte tenu de son importance dans le commerce mondial, la chaîne de valeur du poisson devrait être la prochaine à bénéficier de l’intérêt accordé à d’autres denrées classiques telles que la banane, le cacao et le café.

Je suis persuadé que les résultats du Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires guideront la transformation indispensable de notre façon de penser, de produire et de consommer les aliments. Il ressort clairement du Sommet qu’une approche systématique doit consister à voir les systèmes alimentaires terrestres et aquatiques sous un même angle.

Pendant trop longtemps, les aliments d’origine aquatique et ceux qui les pêchent, les récoltent ou les produisent de manière durable ont été exclus des discours, des politiques et du soutien accordé à l’agriculture et à d’autres secteurs. Cela ne manque pas de surprendre quand on sait que 90 pour cent des plus de 200 millions de personnes qui travaillent directement ou indirectement dans ce secteur vivent dans des pays en développement, dans lesquels la pêche artisanale représente 50 pour cent des quantités de poisson débarqué à l’échelle mondiale.

En 2022, l’Année internationale de la pêche et de l’aquaculture artisanales (AIPAA) (voir article « Petite taille, mais valeur élevée. Célébration de la pêche et de l’aquaculture artisanales en 2022 ») contribuera à maintenir la dynamique d’une sensibilisation mondiale à l’importance du secteur. Mais la reconnaissance, à elle seule, ne suffit pas ; elle doit mener à un meilleur soutien. Il faut agir de toute urgence, car les crises mondiales telles que celle que nous vivons avec le changement climatique menacent la résilience des moyens d’existence d’origine aquatique et de nos systèmes alimentaires. 

Martin Hoppe est chef de la division Sécurité alimentaire et nutritionnelle, Politique alimentaire mondiale, Pêche, au ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ).

Contact: RL123@bmz.bund.de

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