Enfants transportant du sable depuis la berge du Ravi, à Lahore, Pakistan. La réduction du travail des enfants stagne depuis 2016.
Photo : ©A M Syed/Shutterstock

Optimisme concernant l’élimination du travail des enfants

En préparation de la cinquième Conférence mondiale sur le travail des enfants, qui doit se tenir en Afrique du Sud, en 2022, les Nations unies ont déclaré 2021 Année internationale de l’élimination du travail des enfants. Fin novembre, des experts ont examiné la situation actuelle lors d’une audience de la Commission du développement du Parlement européen.

Depuis 2000, l’Organisation internationale du travail (OIT) effectue un suivi du travail des enfants. L’éradication de toute forme de travail des enfants d’ici à 2025 a été adoptée comme cible 8.7 de l’agenda 2030 des Nations unies. Lors de l’audience, Benjamin Smith, spécialiste du travail des enfants à l’OIT, a fait état de résultats positifs. En 2016, le nombre d’enfants de 5 à 17 ans assurant un travail était passé de 245 millions à 160 millions. Ensuite, le processus a marqué le pas. De fait, quatre millions d’enfants supplémentaires travaillent depuis le début de la pandémie de Covid 19. D’ici la fin de 2021, 168,9 millions d’enfants travailleront au lieu d’aller à l’école. Et 79 millions d’entre eux effectuent des travaux dangereux, par exemple dans les mines. 

Malgré la stagnation des chiffres, voire leur augmentation pendant la pandémie, Benjamin Smith a bon espoir d’inverser la tendance et de voir une quinzaine de millions d’enfants sortir du monde du travail d’ici la fin de 2022. Faisant référence aux 16 premières années de collecte des données, il a déclaré : « Nous savons bien comment ça fonctionne. » En Asie et en Amérique du Sud, la tendance à la baisse s’est poursuivie jusqu’en 2020. L’augmentation du travail des enfants est presque exclusivement le fait de l’Afrique sub-saharienne où, en 2020, le nombre d’enfants au travail avait augmenté de 86 millions par rapport à 2012 et constituait la moitié du chiffre total du travail des enfants. À l’échelle mondiale, 70 pour cent des enfants au travail sont employés dans l’agriculture.

Une tâche pour l’ensemble de la société


Adama Yaya Diarra, coordonnateur du projet CLEAR Cotton à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), insiste sur le fait qu’on n’éliminera pas le travail des enfants tant qu’on ne tiendra pas compte de l’agriculture. Les enfants effectuent souvent des travaux « invisibles », par exemple lorsqu’ils conduisent les animaux à un point d’eau. L’augmentation des prix des produits agricoles, une alimentation suffisante, la diversification, l’existence d’un système social d’assurance maladie et de retraites, ainsi que l’accès à l’éducation sont utiles pour lutter contre le travail des enfants.

En 2012, la Côte d’Ivoire a créé un cadre juridique contre le travail des enfants reposant sur trois piliers essentiels : prévention, protection des victimes et sanctions. Selon Adama Kamara, ministre de l’Emploi et de la Protection sociale, le troisième plan d’action national va jusqu’en 2023 et dispose d’un budget équivalant à 156 million euros. Le ministre a par ailleurs déclaré que le travail des enfants avait globalement diminué de huit pour cent, et même de 16 pour cent dans le secteur du cacao. Ce plan d’action est mis en œuvre dans dix départements sur les 105 que compte le pays. Son élargissement nécessiterait plus de personnel et une collaboration interdépartementale. Le ministre indique encore qu’une certification « Sans travail d’enfants » serait utile. 

Le Ghana, pays voisin, applique également des plans d’action nationaux, comme l’explique Elizabeth Akanbombire, cheffe de l’unité Travail des enfants au ministère de l’Emploi et des Relations du travail. Le Ghana prévoit des zones « sans travail d’enfants » dans les districts urbains et ruraux et forme du personnel de détection de cas de travail d’enfants. 

Des mesures locales


« Seuls les agriculteurs informés prennent des mesures, » déclare Patrick Owusu, de la coopérative de cacao Asunafo, au Ghana. Depuis 2008, plus de 9 000 producteurs ont adhéré à la coopérative qui a construit des écoles et équipé les salles de classe en matériel pédagogique. Des « médiateurs » visitent les écoles trois fois par an et aident les familles des petits exploitants à s’intégrer dans le système de suivi médical nouvellement mis en place. Dans le respect des traditions locales, les enfants sont autorisés à aider leur famille dans les travaux de l’exploitation, sans franchir le seuil de ce qui pourrait être considéré comme un travail. La coopérative a formé plus de 1 600 femmes et jeunes à des activités telles que l’élagage. Contre rémunération, les agriculteurs peuvent les engager de manière à ne pas avoir à faire faire ce travail par leurs propres enfants.

Theodorah Nabukalu, de l’ONG Global March Against Child Labor (marche mondiale contre le travail des enfants), Ouganda, doit souvent mener des activités de base au niveau local car la plupart des agriculteurs ne connaissent ni les droits des enfants et ni les conventions de l’OIT sur le travail des enfants.

Roland Krieg, journaliste, Berlin, Allemagne

Pour en savoir plus :
Plateforme de l’OIT sur le travail des enfants  
Projet CLEAR Cotton de l’OIT, l’UE et la FAO  
Global March Against Child Labour (Global March) 

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