Lawrence Haddad est directeur exécutif de l’Alliance mondiale pour l’amélioration de la nutrition (GAIN) basée à Genève, Suisse. Il est titulaire d’un doctorat en recherche alimentaire de l’université de Stanford, Californie, États-Unis. En 2018, avec David Nabarro, il a reçu le Prix mondial de l’alimentation.

« Manger moins de viande : Si seulement ça pouvait être aussi simple ! »

« Manger moins de viande » : c’est pour beaucoup un moyen d’améliorer la santé de la planète et de ses habitants. Mais ce n’est pas tout à fait aussi simple – du moins en ce qui concerne la sécurité nutritionnelle et les moyens de subsistance de millions de personnes de Sud global. Appel à une vision d’ensemble du problème.

Il n’est pas surprenant que la controverse suscitée par la consommation d’aliments d’origine animale soit aussi vive. Premièrement, différents types d’aliments d’origine animale ont différents impacts sur différents types de bilans nutritionnels. Deuxièmement, différents types de production de différents types d’animaux ont un impact différentiel sur les émissions de gaz à effet de serre et sur l’utilisation des ressources naturelles. Troisièmement, pour beaucoup d’individus les plus pauvres des pays les plus pauvres, la production animale est une importante stratégie de subsistance.

Quatrièmement, le défrichage des terres dont dépendent les animaux sauvages a d’importantes retombées zoonotiques et de graves conséquences en matière de sécurité des aliments dues à la manipulation inappropriée des aliments d’origine animale. Enfin, le bien-être des animaux est une question à part entière, et différents systèmes de production ont différents impacts sur lui. La production d’aliments d’origine animale se situe au cœur de ces questions qui débordent les unes sur les autres, ce qui entraîne d’importants compromis techniques et politiques entre différents objectifs et différents groupes de personnes.

En termes de bilans nutritionnels, ceux qui mangent beaucoup d’aliments d’origine animale seraient bien inspirés de réduire leur consommation. La plupart des recommandations diététiques nationales basées sur l’approche alimentaire conseillent de modérer la consommation de viandes rouges, et la grande majorité de ces recommandations incitent à réduire la consommation de viandes transformées dont on sait qu’elles constituent un facteur de risque pour certaines maladies non transmissibles liées à l’alimentation.

Ceux qui consomment de grandes quantités d’aliments d’origine animale sont relativement aisés car ces produits ont tendance à coûter plus cher et à être plus recherchés que les aliments d’origine végétale. Pour les personnes à faibles revenus, et surtout les nourrissons et les enfants en bas âge, il est recommandé de consommer plus d’aliments d’origine animale car ce sont de bonnes sources de vitamines et de minéraux, ils ont une forte biodisponibilité et sont facilement utilisables par les processus métaboliques du corps. Il a été démontré que la consommation de ces types d’aliments est très liée à la réduction du retard de croissance chez les moins de cinq ans, et dans son rapport « Situation des enfants dans le monde, 2020 », l’UNICEF déplore la faible consommation de ces aliments par les enfants de cette tranche d’âge dont l’alimentation est trop peu variée.

Les niveaux élevés d’émission de gaz à effet de serre dus à la production de certains types d’aliments d’origine animale en ont poussé beaucoup, dans les médias, à demander une révolution végétale de l’alimentation. « Manger moins de viande » semble être un moyen d’améliorer la santé de la planète et de ses habitants. Mais manger moins de viande ne serait pas bon pour la santé de certaines personnes à faibles revenus, surtout les enfants de moins de cinq ans et celles dont les besoins en nutriments sont élevés, par exemple les femmes en âge de procréer et les adolescentes.

Ce sont les ménages à revenus élevés – dans tous les contextes – qui devraient réduire leur consommation d’aliments d’origine animale, au nom de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Manger moins de viande » réduirait également les moyens d’existence de nombreuses populations à faibles revenus qui dépendent du bétail, de la volaille et de la pêche pour subsister. Ce qu’il faudrait, c’est réduire les émissions de gaz à effet de serre provenant de la production d’origine animale en utilisant des systèmes de production plus efficaces dans les contextes à faibles revenus où le gaspillage des animaux est le plus élevé.

Dès lors, pour les pays à revenus élevés, le problème est de réduire la consommation d’aliments d’origine animale (pour la santé de leurs habitants), et pour les pays à faibles revenus, il est d’améliorer l’efficacité de la production d’origine animale (pour la santé de la planète). Pour les pays à revenus moyens, le problème consiste à améliorer la situation dans les deux cas.

MANGER MOINS DE VIANDE réduirait les moyens d’existence de nombreuses populations à faibles revenus  qui dépendent du bétail, de la volaille  et de la pêche pour subsister.

La communauté des systèmes alimentaires prend conscience que ces objectifs – et d’autres, tels que la sécurité des aliments, la réduction des risques zoonotiques et la santé animale – sont étroitement liés. Autant différents types de droits de l’homme sont considérés comme indivisibles, autant nous devons commencer à penser et agir comme si ces différents objectifs étaient indivisibles. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de compromis à faire dans les pays et entre les pays quand il s’agit de les atteindre.

Les décisions concernant la production et la consommation alimentaires doivent tenir compte de ces compromis et des synergies. Cela souligne la nécessité d’augmenter considérablement la recherche consacrée à la réalisation simultanée de ces objectifs, notamment pour les pays à moyens et faibles revenus, dans la mesure où la majeure partie des éléments factuels dont on dispose proviennent d’Europe et d’Amérique du Nord.

Les compromis et les synergies ne sont pas que de nature technique, ils sont également d’ordre politique. Différents groupes d’intérêt ont différentes préoccupations et différents pouvoirs. Si on veut transformer les systèmes alimentaires pour les êtres humains, les animaux et la planète, il faut également que les questions techniques et d’économie politique soient identifiées, analysées et intégrées dans un cadre multi-objectifs. C’est le défi que doit relever le Sommet des systèmes alimentaires 2021 des Nations unies, et celui que nous devons relever avant – et après – le Sommet. 

Contact: lhaddad@gainhealth.org

Références (en anglais)

GAIN Discussion Papern no5: The role of animal-source foods in healthy, sustainable, and equitable food systems.
https://www.gainhealth.org/resources/reports-and-publications/gain-discussion-paper-series-5-role-animal-source-foods-healthy-sustainable-equitable-food-systems

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