Steve Rocliffe est conseiller technique chez Blue Ventures. Il a un PhD en conservation marine axée sur les communautés et en gestion de la pêche. Blue Ventures est une entreprise sociale qui collabore avec les communautés côtières du monde entier pour relancer la pêche et restaurer la vie dans les océans. Elle est installée à Bristol, Royaume-Uni.

Comment réaliser un « 30 d’ici 30 » équitable et juste

Selon l’auteur, il ne fait aucun doute que la protection des aires marines est un moyen efficace de lutter contre le changement climatique et les effets néfastes de la pêche industrielle. Mais le meilleur moyen de protéger la nature est de protéger les droits humains de ceux qui y vivent et en dépendent.

Récemment, tous les yeux étaient tournés sur la COP 26, à Glasgow, et sur les tentatives du monde visant à réduire les émissions et à éviter le changement climatique dont les conséquences seraient catastrophiques. Mais la 26 n’est pas la seule COP en ville, ni la seule réunion majeure visant à s’assurer que notre planète sera vivable pour les générations à venir. La COP 15, la Conférence des Nations unies sur la biodiversité, à Kunming, Chine, peut ne pas faire tous les grands titres, mais elle est en tout point aussi cruciale pour la vie sur Terre que sa grande sœur de Glasgow.   

Cette conférence, plusieurs fois reportée en raison de la pandémie de Covid-19, se déroule en deux temps – en distanciel en octobre 2021, et en présentiel en avril 2022. Elle réunit 196 nations et territoires et est présentée comme une des dernières bonnes occasions de stopper la perte de biodiversité et de remettre les terres et les océans de la planète sur la voie de la durabilité. Une nouvelle stratégie visant à améliorer la protection de la nature pendant la prochaine décennie figure au premier rang des priorités. Appelée Cadre mondial de la biodiversité (Global Biodiversity Framework), cette stratégie remplacera et élargira le plan actuel avec ses 20 objectifs d’Aichi pour la biodiversité convenus en 2010.

Protéger 30 pour cent des océans d’ici 2030

Dans le cadre de ce processus, l’objectif d’Aichi 11, concernant la mise en place de systèmes efficaces, équitables et mondialement représentatifs d’aires protégées couvrant 10 pour cent des océans et 17 pour cent des terres avant 2020, doit être remplacé par un nouvel objectif ambitieux : « 30 d’ici 30 ». Pour faire simple, l’objectif « 30 d’ici 30 » cherche à protéger 30 pour cent de la planète d’ici 2030. Il est soutenu par de grandes organisations à but non lucratif et des gouvernements du monde entier, y compris par le G7, groupe des sept pays les plus riches du monde (dont est notoirement absente la Chine). Il y a de bonnes raisons à ce soutien.

Premièrement, lorsqu’elles sont correctement gérées et financées, les aires protégées peuvent créer des situations gagnant-gagnant pour les personnes comme pour la nature, en reconstituant les réserves halieutiques et en améliorant les moyens d’existence des populations locales. Elles sont un des outils les plus efficaces dont nous disposons pour lutter contre le dérèglement climatique, la pauvreté des populations côtières et les effets néfastes de la pêche industrielle. Il nous en faut plus et nous avons un besoin urgent de nous assurer que celles qui existent tiennent leurs promesses.

Deuxièmement, la nature est très présente dans les lieux de vie des communautés locales et des peuples autochtones. On estime que ces communautés assurent la gestion ou ont la jouissance de terres renfermant 80 pour cent de la biodiversité mondiale. Le long des côtes tropicales, elles régissent et surveillent des fonds marins couvrant des dizaines de milliers de kilomètres carrés et ont souvent montré qu’elles géraient mieux ces terres et zones de pêche que les gouvernements.

Troisièmement, un système d’aires protégées élargi et efficace peut avoir de réelles retombées économiques. Selon une récente étude réalisée par l’université de Cambridge, l’économie mondiale pourrait quintupler en assurant une protection de 30 pour cent, soit une augmentation d’au moins 250 milliards de dollars US de la production économique mondiale. En raison de ces résultats, l’objectif « 30 d’ici 30 » a un rôle essentiel à jouer dans la réalisation des objectifs de développement durable pour éliminer la faim (ODD 2), garantir une consommation et une production durables (ODD 12), lutter contre le changement climatique (ODD 13), conserver et exploiter de manière durable les ressources marines (ODD 14).

Mais il y a aussi de bonnes raisons de se montrer prudents. Les aires protégées couvrant actuellement 15,4 pour cent de la superficie terrestre et 7,6 pour cent des océans, atteindre 30 pour cent d’ici 2030 signifierait qu’il faut doubler l’actuelle superficie terrestre protégée et quadrupler celle des océans. Cela ferait du projet « 30 d’ici 30 » le projet de gouvernance le plus important de l’histoire humaine, dont la réalisation nécessiterait une superficie supplémentaire de terres représentant les deux tiers de l’Afrique et 20 fois plus que celle de la plus vaste des aires protégées terrestres (Parc national du Nord-Est du Groenland). La superficie d’océan nécessaire serait plus vaste encore : près de trois fois celle de l’Afrique et 40 fois celle du parc marin Marae Moana des Îles Cook, actuellement le plus grand du monde.

Un tel accroissement sans précédent des efforts de conservation exige la prise en considération de plusieurs questions, opportunités et arbitrages, notamment par les nations tropicales côtières, qui sont les plus exposées à la double menace de l’emballement du changement climatique et de la perte de biodiversité. Il y a à la fois d’énormes difficultés pratiques à mettre efficacement le projet « 30 d’ici 30 » en œuvre et des conséquences négatives potentiellement importantes pour les communautés locales et les peuples autochtones (voir également Rural 21, édition 2/21).

La non-reconnaissance de ces difficultés risque d’anéantir les efforts de conservation plus que jamais auparavant, et de marginaliser ceux qui, non seulement, sont les derniers à blâmer pour la crise de la biodiversité, mais également les mieux placés pour contribuer à la résoudre.

Entre rhétorique et réalité : un gouffre  

Les promesses du projet « 30 d’ici 30 » tiennent en grande partie à la simplicité et à l’intérêt quasi universel de son message. Au puissant soutien accordé au projet « 30 d’ici 30 » par les gouvernements et des groupes multinationaux de protection de l’environnement vient s’ajouter le soutien plus large du public pour protéger une plus grande partie de la planète. Une récente synthèse d’études menées par des chercheurs de l’université Dalhousie, au Canada, et auxquelles ont participé plus de 32 000 répondants de 21 pays, montre que plus de 70 pour cent d’entre eux souhaitent qu’au moins 20 pour cent de l’océan soit protégé, la plupart étant même en faveur d’une protection de 50 pour cent.

La perte de biodiversité et le changement climatique sont deux faces d’une pièce de monnaie inégalement équilibrée. L’humanité doit lutter contre les deux crises de toute urgence et simultanément, mais le changement climatique a, de tout temps, suscité beaucoup plus d’intérêt et bénéficié de beaucoup plus de financement, et encore plus depuis l’Accord de Paris, en 2015. De la même façon que les nations se sont ralliées à un objectif simple et clair à cette occasion – limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré – on peut espérer qu’il en sera de même pour l’objectif « 30 d’ici 30 » à Kunming, l’année prochaine. Pour ceux qui soutiennent cet objectif, la Conférence des Nations unies sur la biodiversité sera un « équivalent Paris » pour la biodiversité. Elle se traduira par un accroissement considérable du financement et du soutien des efforts de conservation, et mettra le monde naturel sur la voie de la durabilité.

Toutefois, si le fait d’avoir une vision commune de ce que devrait être le monde ne va pas sans poser de problèmes, il est autrement plus compliqué de transformer cette vision en réalité. Pour y arriver, il faudra surmonter deux ensembles de difficultés complexes et interdépendantes : celles qui concernent la faisabilité du projet « 30 d’ici 30 », et celles qui concernent les conséquences que sa mise en œuvre pourrait avoir sur les communautés locales et les peuples autochtones.

Quelle est la faisabilité du projet « 30 d’ici 30 » ?

Comme nous l’avons vu plus haut, ce plan n’est pas le premier à proposer de sauver la nature à l’échelle mondiale. Les 20 objectifs d’Aichi pour la protection de la nature convenus en 2010 couvraient tout, de la lutte contre la pollution à la protection des récifs coralliens. Des progrès ont été réalisés en 10 ans, notamment en ce qui concerne les aires protégées (objectif 11). Il y a aujourd’hui bien plus d’aires marines protégées (AMP) qu’en 2011. Après un démarrage laborieux au cours duquel l’objectif mondial d’une protection de 10 pour cent a été repoussé de 2012 à 2020, le rythme s’est accéléré. Les AMP couvrent aujourd’hui plus de 28,7 millions de kilomètres carrés de la terre, 7,9 pour cent de la superficie totale des océans et 18,4 pour cent des eaux nationales.

Si le monde n’a pas été loin d’atteindre ses objectifs de protection, il est resté loin du compte quant à la garantie que les aires étaient représentatives, bien connectées et bien gérées. Dans la précipitation à atteindre l’objectif 11, la vitesse a éclipsé la qualité. Bon nombre des aires protégées n’existent guère que sur le papier et ne disposent pas du financement, de la gestion, de l’engagement et des moyens de mise en vigueur dont elles ont besoin pour offrir les bénéfices biologiques et sociaux promis. Dans ce contexte, les accroissements de couverture considérablement plus ambitieux exigés par le projet « 30 d’ici 30 » semblent avoir peu de chances de se concrétiser, surtout lorsqu’on tient compte des exigences de gestion et de connectivité.

Cela dit, la réalisabilité du projet « 30 d’ici 30 » dépend en grande partie du type d’aire protégée proposée. Et malheureusement, il semble que tout le monde ne soit pas d’accord sur ce que cela signifie. La Campagne pour la Nature, qui a conduit à l’initiative « 30 d’ici 30 », propose que tous les efforts de conservation aient des résultats au moins équivalents à ceux des aires très ou entièrement protégées. Toutefois, toutes les ONG internationales de conservation et tous les gouvernements qui appuient le projet « 30 d’ici 30 » n’ont pas le même point de vue, certains exigeant une interdiction totale de la pêche dans toutes les aires protégées. Ce dernier point de vue est plus strict et a des chances d’avoir des résultats plus négatifs pour les peuples autochtones et les communautés locales.

Conséquences pour les communautés

Au-delà des questions de faisabilité de la proposition « 30 d’ici 30 », il y a des enjeux fondamentaux quant aux conséquences pour les communautés locales et autochtones. « 30 d’ici 30 », ça voudra dire quoi pour la dynamique du pouvoir, l’équité, l’égalité et l’engagement de gérance et de gouvernance des paysages marins concernés ?

La Campagne pour la Nature dit ce qu’il y a à dire. Elle a produit un rapport sur le rôle primordial joué par les peuples autochtones et les communautés locales dans la conservation de la biodiversité et reconnaît que la gérance locale s’est souvent avérée plus efficace que les approches gouvernementales. Elle conclut en disant que la reconnaissance accrue des droits fonciers des populations locales et autochtones est « une solution efficace, morale et abordable au problème de la protection de notre planète ».

Il est encourageant de constater que ce point de vue a été de plus en plus repris dans les forums internationaux ces dernières semaines. La déclaration de Kunming adoptée par plus de 100 pays lors de la première partie de la Conférence sur la biodiversité (COP 15) demande la reconnaissance des droits des peuples autochtones et des communautés locales face aux initiatives de conservation et leur participation, pleine et effective. Et lors de la COP 26, les gouvernements se sont engagés à donner au moins 1,25 milliard £ aux peuples autochtones et aux communautés locales en reconnaissance du rôle clé qu’elles jouent dans la protection des ressources naturelles de la planète.

Il y a là matière à un optimisme prudent. Mais derrière cette rhétorique se cache une triste vérité : la planète n’a pas pour habitude de faire effectivement participer les populations locales aux efforts de conservation. Au cours du siècle dernier, des millions de personnes ont été forcées d’abandonner leurs terres et leurs lieux de pêche au nom de la conservation, souvent avec recours à la violence.

Le rythme des expulsions s’est ralenti ces dernières années ; les écologistes ont commencé à se rendre compte que les peuples autochtones et les communautés locales peuvent être leurs alliées plutôt que leurs adversaires, mais le nombre de réfugiés de la conservation continue de croître. Ainsi, en Colombie, « l’Opération Artemis » menée par l’armée « récupère » des terres en les vidant de ceux qui y vivent. On ne se débarrasse pas facilement des vestiges de la conservation à tous crins, sorte de colonialisme vert, et à vouloir protéger encore plus la planète on risque d’obtenir les mêmes résultats : plus de violations des droits humains fondamentaux, plus de conflits, plus de violences, les victimes étant disproportionnellement ceux qui sont le plus marginalisés et les moins responsables de la crise de la biodiversité.

CONSERVATION MARINE COMMUNAUTAIRE À MADAGASCAR

Il y a quinze ans de cela, dans le sud-ouest de Madagascar, deux douzaines de villages de pêcheurs ont uni leurs forces pour créer une aire marine gérée localement (AMGL) appelée Velondriake. Dans une zone de récifs, de lagons, de mangroves et de fonds marins herbeux de la taille de 250 000 terrains de football, elles ont interdit les pratiques destructives telles que la pêche au poison et ont créé des réserves marines interdites en permanence à toutes formes de pêche. Velondriake, première AMGL à Madagascar, est entièrement gérée par les communautés, pour les communautés.

À Velondriake, Blue Ventures aide les membres de la communauté à collecter et analyser les données sur les débarquements de poissons et à les présenter rapidement aux autres membres de la communauté et aux associations de gestion pour éclairer les décisions à prendre pour les initiatives de subsistance et la gestion de la pêche. Les résultats de ce suivi communautaire ont récemment amené la communauté à prendre la décision d’augmenter de 59 pour cent les zones d’interdiction de la pêche dans les récifs coralliens, de créer des aire de protection des posidonies et d’appliquer des mesures de gestion qui protègent la santé des platiers récifaux. La superficie de la zone dans laquelle la pêche est interdite a augmenté, mais elle reste suffisamment petite pour que cela n’ait pas d’impact négatif sur les moyens d’existence. Et en prenant ces mesures courageuses d’accroissement de la protection, la communauté contribue à garantir une pêche plus durable longtemps après.

S’inspirant de la réussite de Velondriake, des communautés côtières de tout le pays lui ont emboîté le pas et se sont regroupées pour créer des centaines d’initiatives similaires. Ce réseau s’étend et couvre actuellement un cinquième des fonds marins côtiers de Madagascar, soit plusieurs fois plus que les aires protégées gérées par le gouvernement. En quinze ans, ce mouvement est devenu une force dominante de la conservation sur une des côtes les plus longues d’Afrique, et il continue de s’étendre avec une ampleur et une ambition sans équivalent dans les pays côtiers de la région.

Tenir les promesses du « 30 d’ici 30 »

Le projet « 30 d’ici 30 » est donc porteur d’énormes promesses et d’énormes périls. Comment peut-on maximiser les unes et minimiser les autres ? Comment peut-on s’assurer que les droits fondamentaux sont préservés et que l’équité n’est pas compromise dans l’empressement à appliquer des mesures de conservation supplémentaires dont les océans ont tellement besoin ?  

Nous pensons que la solution commence par l’acceptation du fait que le meilleur moyen de protéger la nature est de protéger les droits humains de ceux qui y vivent et en dépendent. En pratique, cela revient à reconnaître le rôle central des peuples autochtones et des communautés locales dans la réussite de la conservation et à élaborer un cadre fiable de contrôle du respect des droits humains et de la dimension d’équité. Cela revient à reconnaître que la gérance locale ou collaborative devrait être le principal mécanisme de conservation dans les eaux côtières. Cela revient à garantir le droit de jouissance à toutes les communautés côtières.

Cela revient à s’engager explicitement à s’assurer que les inconvénients et les avantages associés à la protection sont partagés de manière juste et équitable. Cela revient à reconnaître et protéger les droits humains en général, ainsi que les droits de groupes particuliers tels que les femmes et les jeunes.

Cela revient à assurer le financement durable, souple et à long terme des initiatives communautaires, à adopter des cadres juridiques plus simples et à démocratiser les données de la pêche – en utilisant des outils numériques pour transformer l’accès à l’information et permettre aux communautés de gérer la pêche de manière adaptative et de reconstituer les stocks.   

Cela revient à mettre en place des mécanismes de réclamation ouverts, fiables et internationalement reconnus, pour résoudre les litiges de propriété et s’assurer que la voix des communautés est entendue, y compris au niveau international.

Enfin, cela revient à reconnaître et respecter les droits des communautés et des peuples autochtones à ne pas participer au processus « 30 d’ici 30 » et à ce que leurs territoires ne soient pas désignés comme des aires protégées.

Enfin, le projet « 30 d’ici 30 » offre une possibilité exceptionnelle de stopper la perte de biodiversité, de sauvegarder les droits humains et de mettre les océans sur la voie de la durabilité. Mais il ne peut réussir que s’il insiste sur la primauté des droits humains et met les communautés au premier plan. Ce ne sera pas facile, mais c’est indispensable pour que le projet « 30 d’ici 30 » bénéficie aux populations comme à la nature, assure la durabilité de la pêche, la dynamique des océans et l’amélioration de la sécurité alimentaire de plus d’un milliard de personnes.

Contact: steve.rocliffe(at)blueventures.org
 

Pour plus d’informations :

Protecting 30% of the planet for nature: costs, benefits and economic implications-
https://www.conservation.cam.ac.uk/files/waldron_report_30_by_30_publish.pdf

Maxwell, S. L., Cazalis, V., Dudley, N. et al. (2020): Area-based conservation in the twenty-first century. Nature 586, 217–227 (2020). https://doi.org/10.1038/s41586-020-2773-z

Heike K. Lotze, Haley Guest, Jennifer O'Leary, Arthur Tuda, Douglas Wallace (2018): Public perceptions of marine threats and protection from around the world, Ocean & Coastal Management, Volume 152, Pages 14-22,ISSN 0964-5691. https://doi.org/10.1016/j.ocecoaman.2017.11.004.

https://es.mongabay.com/2021/03/deforestacion-colombia-insiste-en-las-operaciones-militares-mientras-la-titulacion-de-la-tierra-va-a-paso-lento  (in Spanish)

Website Ocean Unite: https://www.oceanunite.org/30-x-30/

Website Campaign for Nature: https://www.campaignfornature.org

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