Des plants de bananiers infectés par le TR4 se caractérisent par un noircissement, une décoloration et l’affaiblissement du tissu vasculaire du tronc.
Photo: © TR4GN

Le fusarium TR4 menace la production de bananes

Le Fusarium souche Tropicale 4 (TR4) est arrivé en Amérique latine. Ce champignon représente une menace majeure pour les producteurs de bananes, dont la majorité sont des petits agriculteurs. Il n'existe à ce jour aucun traitement viable pleinement efficace du sol ou des plantes pour contrôler ou éradiquer le Fusarium dans le champ.

Après avoir été détecté en Asie il y a plus de 20 ans de cela et avoir par la suite colonisé l’Afrique en 2013, le TR4 est finalement arrivé en Amérique latine. Le 8 août, l'Institut colombien d’agriculture (ICA) a officiellement annoncé que le TR4 avait été trouvé sur six plantations à La Guajira, dans le nord-est du pays. L’ICA a alors annoncé que l’état d’urgence national était déclaré. 

L’Équipe Spéciale pour le contrôle du Fusarium souche Tropicale 4 (TR4) a lancé, le 15 août 2019, une alerte phytosanitaire concernant le TR4 en Amérique latine et dans les Caraïbes. L’Équipe Spéciale TR4, qui est membre  du Forum mondial de la banane (FMB) de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a mis en place un réseau mondial, le TR4 Global Network (TR4GN), qui est un centre de connaissance sur la prévention de la propagation du TR4.

Le TR4 est considéré comme une menace majeure pour la production de bananes. S’il n’est pas contrôlé, il peut décimer une plantation entière. L’agent pathogène peut être transmis par du matériel végétal infecté, des particules de terre contaminées qui se fixent sur les chaussures ou les véhicules ou encore par l’eau. Les spores du champignon demeurent viables dans le sol pendant des décennies.

Les surgeons infectés ne présentent pas de symptômes

Les spores infectent la plante par les racines et colonisent les vaisseaux du xylème bloquant ainsi l’apport d’eau et de nutriments. Le noircissement, la décoloration et l’affaiblissement du tissu vasculaire du tronc du plant sont les symptômes caractéristiques de la fusariose. La décoloration passe du jaune pâle aux stades précoces au rouge foncé et au noir aux stades postérieurs. Les symptômes internes se développent initialement dans les racines et le bulbe, puis dans le pseudo-tronc du plant. 

Les premiers signes extérieurs de la maladie se manifestent par un flétrissement de la plante et un jaunissement des marges des feuilles les plus anciennes. Parfois les feuilles des plants affectés demeurent essentiellement vertes jusqu’au moment où elles s’affaissent au pétiole, formant une ‘jupe’ de feuillage mort autour du pseudo-tronc. Les feuilles qui émergent sont généralement d’apparence plus pâle ; les marges présentent un contour irrégulier et le limbe peut exhiber des plissements et des distorsions.  

La maladie peut causer le flétrissement ou l’affaissement du pseudo-tronc. Les surgeons (utilisés pour la mise en place de nouveaux plants) et les rhizomes infectés ne présentent pas de symptômes de l’infection avant d’être âgés de quatre mois. C’est pourquoi le champignon peut facilement se propager par des surgeons infectés ne manifestant pas de symptômes. On n’observe aucun symptôme de maladie sur les fruits.

Il n’existe pas de mesures de lutte efficace

Le Fusarium TR4 ne peut être contrôlé par des moyens chimiques ou conventionnels de gestion des cultures. Les solutions disponibles pour le confinement de la maladie ne sont pas infaillibles, et les options alternatives sont encore au stade d'évaluation. La seule mesure préventive actuellement disponible est la quarantaine, qui peut empêcher le transfert de sols infectés ou de matériel végétal depuis les zones infectées vers les zones libres de TR4. Selon le FMB, la diversification des cultures ainsi que l’enrichissement variétal dans des systèmes durables de production de bananes et de plantains  sont les clés pour réduire la vulnérabilité.

Les conséquences sociales du Fusarium peuvent être très graves : la banane est une source importante d'alimentation, de revenu, d'emploi et de recettes fiscales dans de nombreux pays tropicaux. La grande majorité des producteurs sont des petits agriculteurs qui la cultivent pour leur consommation domestique ou pour les marchés locaux. Pratiquement toutes les bananes d'exportation, ainsi qu'une partie considérable des bananes cultivées pour la consommation ou les marchés locaux, sont des bananes Cavendish ou d'autres cultivars vulnérables au Fusarium TR4.  Selon le FMB, il n'existe pas encore de variété résistante qui puisse remplacer la Cavendish, favorite de l'exportation. 

(TR4GN/ile)

Pour en savoir plus (en anglais) : http://www.fao.org/world-banana-forum/fusariumtr4/tr4-global-network/en/