Taureau boran « 3167 » – Il a été démontré que le géniteur d’une lignée de bovins est tolérant à une maladie causée par le parasite Theileria parva.
Photo: © von ILRI

Une percée génétique permet de lutter contre la theilériose bovine en Afrique

Une découverte fortuite a permis à des chercheurs de l’Institut international de recherche sur l’élevage (ILRI), au Kenya, et de l’Institut Roslin de l’université d’Édimbourg, en Écosse, d’identifier un marqueur génétique qui permet de savoir avec précision si une vache donnée a des chances de survivre à la theilériose bovine. Cette découverte permettrait de mettre sur pied des programmes de reproduction susceptibles d’améliorer les moyens d’existence de millions de petits exploitants agricoles.

La theilériose bovine est une maladie grave des bovins due au parasite Theileria parva qui est transmis par des tiques et cause une sorte de leucémie. Cette maladie tue des millions d’animaux par an – soit une vache toutes les 30 secondes – dans les 13 pays où elle est endémique. Ces pertes coûtent environ 300 millions USD par an et elles sont dévastatrices pour les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles. 

« Si le bétail est sensible à la maladie, faute de traitement vous pouvez perdre la totalité de votre troupeau en deux ou trois semaines, » déclare Phil Toye, de l’ILRI. Parce que cette maladie ne touche pas les pays riches, les fonds consacrés à la recherche ont toujours été limités.  

Il existe bien un vaccin contre la theilériose bovine et il immunise généralement les animaux à vie. Toutefois, sa fabrication prend du temps et il coûte dix à vingt fois plus cher que les autres vaccins courants pour le bétail. Sa fabrication consiste à préparer une sorte de « smoothie de tiques » en écrasant des centaines de milliers de tiques infectées dans un blender industriel.  

L’autre solution consiste à régulièrement immerger les animaux dans des acaricides — pesticides qui détruisent les tiques — mais elle demande beaucoup de travail et est polluante, sans compter que dans certains endroits les agriculteurs doivent traiter leurs vaches plus d’une fois par semaine. « Nous avons du mal à lutter contre cette maladie, » avoue Phil Toye.

En 2013, une équipe de chercheurs de l’ILRI et de l’Institut Roslin a réalisé une expérience dans la réserve Ol Pejeta Conservancy, au Kenya, pour voir si le vaccin était efficace lorsque du bétail autochtone pâturait à côté de buffles qui eux aussi sont porteurs d’une forme de theilériose bovine. Sur les douze animaux vaccinés, neuf sont morts de la maladie.

Neuf des douze animaux témoins non vaccinés sont également morts. Tatjana Sitt, une chercheuse postdoctorale travaillant sur le projet, s’est trouvée à vérifier leur pédigrée. « Elle a constaté que les trois animaux qui avaient survécu avaient le même géniteur, » déclare Phil Toye. « Nous nous sommes demandé si c’était un pur hasard ou s’il valait la peine d’approfondir la question. Il s’est avéré que c’était une observation tout à fait fortuite. »

Le géniteur en question – un spécimen puissant et prolifique de taureau boran Bosindicus simplement appelé 3167 – est mort juste après la découverte. Mais dans le cadre d’une expérience de suivi sur le terrain, douze descendants sur quinze du taureau 3167 ont survécu à la theilériose bovine, alors que les dix animaux témoins n’ayant pas eu le même géniteur sont morts.  

Dans un nouvel article publié en avril dans PLOS Genetics, David Wragg, de l’Institut Roslin, Annie Cook, de l’ILRI, et d’autres membres de l’équipe ont analysé l’ADN de cette famille bovine résistante à partir de données cliniques fournies par les études de terrain. Ils ont identifié un marqueur génétique qui signale la tolérance à la theilériose bovine.

L’allèle qu’ils ont identifié n’est pas nécessairement le gène spécifique qui limite la croissance des cellules animales lorsqu’elles sont infectées par le parasite, protégeant ainsi les animaux de la maladie. « Pour la reproduction, ça n’a pas d’importance, » déclare David Wragg. « Tout ce qu’il faut pouvoir dire, c’est que cet animal est bon pour la reproduction parce que ses petits ont des chances de survivre à la maladie. » Les tests ont montré que le marqueur faisait ça très bien, seulement un animal sur 20 avec deux copies de l’allèle succombant à la maladie.

Il faut poursuivre les recherches pour identifier exactement le gène responsable
 

Mais la poursuite des recherches visant à identifier avec exactitude le ou les gènes responsables et leur mécanisme d’action permettra potentiellement aux chercheurs de modifier l’ADN des bovins pour faire en sorte qu’ils résistent à la maladie. Cela offrirait la possibilité d’élever des animaux très productifs, d’origine européenne ou issus de croisements, dans des régions d’Afrique où la theilériose bovine est endémique. Cela permettrait également d’augmenter considérablement les quantités de lait et de viande produites sur le continent.

Il faut également poursuivre les recherches pour s’assurer que des effets secondaires indésirables ne sont pas associés à la tolérance à la maladie. Par exemple, chez l’être humain, la tolérance au paludisme est associée à l’anémie falciforme qui est la cause d’autres problèmes de santé. Par ailleurs, selon Phil Toye, le fait d’en savoir plus sur le mécanisme génétique pourrait également contribuer à faire progresser la recherche sur la leucémie chez l’être humain. 
(ILRI/PLos one/wi)

Référence :

David Wragg et al.: A locus conferring tolerance to Theileria infection in African cattle; PLos Genetics, avril 2022; 

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