L’Assemblée générale des Nations unies a déclaré 2022 Année internationale de la pêche et de l’aquaculture artisanales (AIPAA 2022)
Photo: FAO/ Gemina Garland-Lewis

Petite taille, mais valeur élevée. Célébration de la pêche et de l’aquaculture artisanales en 2022

L’importance de la pêche de capture et de l’aquaculture pour la nutrition humaine, l’emploi et le commerce est connue et reconnue depuis longtemps. Mais ce n’est pas le cas de la pêche et de l’aquaculture artisanales. L’Année internationale de la pêche et de l’aquaculture artisanales doit contribuer à mieux faire connaître les mérites de cet important sous-secteur très diversifié de la production alimentaire aquatique.

Publié en 2020, le rapport phare de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) intitulé La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture (SOFIA) estime à 179 millions de tonnes la production totale de poisson dans le monde en 2018. L’aquaculture est en pleine expansion et représente près de la moitié de la production mondiale (46 %). En ce qui concerne l’état des ressources, il est important de noter que la part des réserves halieutiques à des niveaux biologiquement durable était de 65,8 pour cent en 2017.

À l’échelle mondiale, la pêche et l’aquaculture emploient près de 60 millions de personnes dans les domaines de la capture et de la récolte. Concernant sa contribution à la nutrition humaine, la part des aliments d’origine aquatique a augmenté en moyenne de 3,1 pour cent par an, entre 1961 et 2017, pour fournir à environ 3,3 milliards de personnes près de 20 pour cent de leur apport de protéines animales per capita. En 2018, 67 millions de tonnes de poisson (en équivalent-poids vif) ont fait l’objet d’échanges commerciaux internationaux, soit l’équivalent de près de 38 pour cent de la totalité des poissons pêchés ou élevés à l’échelle mondiale.  

SOFIA prévoit que, globalement, la production, la consommation et le commerce de produits aquatiques augmentera, mais plus lentement, à l’avenir. Le rôle de l’aquaculture dans la poursuite de l’approvisionnement est connu alors que la capacité d’expansion de la pêche de capture dépendra fortement de la capacité d’améliorer la gestion des ressources dans le cadre d’une approche écosystémique. Ce détail est particulièrement important compte tenu de la croissance démographique observée dans le monde. Il est intéressant de noter que, depuis 1970, seulement quatre pour cent de la recherche consacrée aux systèmes alimentaires ont pris en compte les aliments d’origine aquatique. En conséquence, les actuelles approches de transformation sont décousues et ne tiennent pas compte du potentiel de cette source d’alimentation, ce qui pose un sérieux problème pour la santé de la planète et de sa population.

L’importance de la pêche et de l’aquaculture pour le développement durable est donc indéniable mais elle reste confrontée à des difficultés. C’est également dans ce sens que va la Déclaration 2021 sur la durabilité de la pêche et de l’aquaculture du Comité des pêches (COFI) de la FAO, approuvée par les membres de la FAO. Cette déclaration souligne « qu’une action ciblée et urgente est nécessaire pour s’assurer que les aliments et les produits d’origine aquatique continuent d’offrir des solutions inclusives, efficaces et durables pour réduire la pauvreté, garantir les moyens d’existence et soutenir la sécurité alimentaire et la nutrition, et qu’elle est vitale pour la réalisation des objectifs de l’Agenda 2030 ».

Indispensable à un système alimentaire mondial durable

Cette même Déclaration COFI reconnaît également « l’importance de la contribution et du rôle de la pêche et de l’aquaculture artisanales dans l’éradication de la pauvreté et dans la garantie de moyens de subsistance, ainsi que dans la garantie de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des communautés locales ». Elle demande de promouvoir les politiques qui soutiennent et reconnaissent la contribution de la pêche et de l’aquaculture artisanales à la sécurité alimentaire, à l’emploi et aux revenus, et d’améliorer les systèmes de collecte de données, notamment auprès des petites entreprises de pêche artisanale.

Elle demande en outre de faciliter l’accès des pêcheurs et des aquaculteurs artisanaux aux marchés locaux, nationaux et internationaux, et de garantir le commerce équitable et non discriminatoire des produits de la pêche et de l’aquaculture artisanales, notamment en mettant en œuvre les Directives volontaires visant à assurer la durabilité de la pêche artisanale dans le contexte de la sécurité alimentaire et de l’éradication de la pauvreté (directives SSF).

De fait, la majorité des acteurs des chaînes de valeur de l’aquaculture et de la pêche de capture sont de petits artisans (voir encadré) vivant essentiellement dans des pays à revenu faible et moyen. La capture, l’élevage, la transformation et le commerce du poisson et d’autres produits alimentaires d’origine aquatique permettent de disposer de précieux revenus, saisonniers ou permanents, pendant toute l’année, qui peuvent être relativement plus élevés que ceux de l’agriculture et peuvent servir de filet de sécurité lors des périodes difficiles et face au changement climatique.

Les produits alimentaires d’origine aquatique fournis par les producteurs artisanaux sont également très importants comme moyens de subsistance pour les populations vulnérables, qui sont enclavées et vivent dans de petites îles ou dans des zones de conflit, et pour les groupes vulnérables, tels que les populations autochtones, les jeunes, les femmes et les pauvres vivant en milieux ruraux et urbains. L’accès des femmes à un revenu tiré du poisson peut souvent avoir un impact plus bénéfique sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, car elles sont plus portées à utiliser leur revenu pour subvenir aux besoins de base.

Pêche « ARTISANALE » ou « À PETITE ÉCHELLE » ? – La faiblesse des définitions

Il n’existe aucune définition universelle de la pêche ou de l’aquaculture « artisanale » ou « à petite échelle ». En général, ces expressions sont utilisées pour des activités de pêche et d’aquaculture caractérisées par des unités de production relativement petites, avec relativement peu d’intrants et d’extrants, et faisant appel à un niveau limité de technologie et à de faibles investissements en capitaux. Elles sont généralement gérées au niveau familial, parfois avec un petit groupe de salariés, ou au niveau communautaire. Le poisson est souvent vendu sur les marchés locaux, mais peut également être commercialisé sur les marchés nationaux et internationaux. Dans le cadre de l’Année internationale de la pêche et de l’aquaculture artisanales (AIPAA), les expressions « à petite échelle » et « artisanale » sont interchangeables (on ne dit généralement pas de la pêche sportive ou de loisir qu’elle est « artisanale » ou « à petite échelle ». Dans un article publié dans Frontiers in Marine Science, et après avoir examiné les définitions existantes de la pêche à petite échelle (PEE), Hillary Smith et Xavier Basurto soulignent l’importance de tenir compte de la manière dont ces définitions déterminent la façon dont sont générées les connaissances, car elles ont une influence « sur les dimensions de la PEE qui entrent en ligne de compte et, par conséquent, sur ce qui est pris en compte ». De même, dans un article paru dans Nature Food, Rebecca Short et ses collègues attirent l’attention sur la nécessité de s’affranchir du paradigme de gouvernance contemporain qui pose en principe l’homogénéité de la pêche et de l’aquaculture artisanales à petite échelle plutôt que la mise en valeur de leur diversité.

Les petits pêcheurs, aquaculteurs et travailleurs de la filière poisson ont un énorme potentiel de promotion de changements quant à savoir comment, par qui et pour qui le poisson et les produits de la pêche sont produits, transformés et distribués – avec des répercussions positives ressenties sur l’ensemble du système alimentaire mondial. Baptisée « Illuminating Hidden Harvests », une prochaine étude de la FAO, du Centre mondial du poisson et de l’université Duke (États-Unis), à paraître début 2022, vise à fournir plus de témoignages de la contribution de la pêche artisanale au développement durable.

Créer une dynamique mondiale

Le rôle des petits pêcheurs et des aquaculteurs est lentement reconnu et l’Assemblée générale des Nations unies a déclaré 2022 Année internationale de la pêche et de l’aquaculture artisanales (AIPAA 2022). La FAO est l’organisme responsable de la célébration de cette année, en collaboration avec les pays, les organisations de petits producteurs, autres organisations concernées et organismes des Nations unies. L’AIPAA 2022 donne l’occasion de souligner l’importance de la pêche et de l’aquaculture artisanales pour nos systèmes alimentaires, nos moyens d’existence, notre culture et notre environnement. Les objectifs de l’AIPAA sont les suivants :

  • sensibiliser davantage la planète aux petites exploitations de pêche et d’aquaculture, encourager à mieux les comprendre et agir pour soutenir leur contribution au développement durable, plus particulièrement en ce qui concerne la sécurité alimentaire et la nutrition, l’éradication de la pauvreté et l’utilisation des ressources naturelles .
  • promouvoir le dialogue et la collaboration entre les pêcheurs et les aquaculteurs artisanaux, les travailleurs de la filière poisson, les administrations et les principaux partenaires tout au long de la chaîne de valeur, afin de renforcer leur capacité à améliorer la durabilité de la pêche et de l’aquaculture, et de favoriser leur développement et leur bien-être social.

L’AIPAA 2022 vise à créer une dynamique mondiale ayant pour objectif de renforcer le soutien nécessaire pour attirer l’attention de la société sur la pêche et l’aquaculture artisanales en faisant connaître le rôle qu’elles jouent, en renforçant l’interaction entre science et politique, en encourageant les parties prenantes à agir, en renforçant les partenariats existants et en en créant de nouveaux. L’AIPAA 2022 peut également servir de tremplin à la mise en œuvre du Code de conduite pour une pêche responsable et de documents apparentés tels que les directives SSF, et prendre des mesures concrètes pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD) alors que nous entrons dans la dernière décennie des actions à mener pour réaliser l’Agenda 2030. Elle entre en outre dans le cadre de la Décennie des Nations unies pour l’agriculture familiale et ces deux célébrations vont mutuellement se renforcer et donner plus de visibilité aux pêcheurs et aux aquaculteurs artisanaux ainsi qu’à ceux qui travaillent pour eux.

Un plan d’action mondial (PAM) de l’AIPAA 2022 a été élaboré avec le Comité directeur international composé de représentants des gouvernements et d’acteurs non étatiques. Le PAM conseille la communauté internationale, y compris les administrations locales et nationales, les instances des Nations unies, les organisations non gouvernementales, les institutions financières internationales et autres mécanismes internationaux, les organes régionaux, les organisations de producteurs, les instituts universitaires et de recherche, les organisations de la société civile et le secteur privé. Articulé autour de sept piliers, le PAM détaille une série d’actions indicatives et interconnectées allant du niveau mondial au niveau local et se renforçant mutuellement dans leurs domaines.

DÉCLARATION DE VISION DE L’AIPAA :
Un monde dans lequel les pêcheurs et les pisciculteurs artisanaux, ainsi que ceux qui travaillent pour eux, sont reconnus de plein droit et habilités à poursuivre leur contribution au bien-être des humains, aux systèmes alimentaires sains et à l’éradication de la pauvreté grâce à l’utilisation responsable et durable des ressources de la pêche et de l’aquaculture.

L’AIPAA 2022 a été officiellement lancée le 19 novembre 2021, exactement deux jours avant la célébration informelle de la Journée mondiale de la pêche, le 21 novembre 2021. Le Comité directeur international de l’AIPAA 2022 a une ambition majeure : faire de la Journée mondiale de la pêche une Journée officielle (proclamée par les Nations unies) de la pêche et de l’aquaculture artisanales, en héritage de l’AIPAA 2022, donnant la possibilité à tous de continuer la célébration de la pêche et de l’aquaculture artisanales durables et de garantir leur survie pour les générations à venir. Des matériels de communication tels que des lignes directrices sur l’identité visuelle et un tableau Trello comportant des messages de réseaux sociaux sont disponibles sur la page web de l’AIPAA 2022.

À tous les niveaux, de nombreux acteurs mobilisent déjà un soutien pour célébrer l’AIPAA 2022. À titre d’exemples, citons une série de cinq congrès régionaux de la pêche artisanale organisés par le réseau de recherche Too Big To Ignore en 2022, la mise en place de trois comités infrarégionaux de l’AIPAA 2022 couvrant les Caraïbes, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, la création d’un comité national de l’AIPAA 2022 en Ouganda, ainsi que des initiatives de l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED) pour l’organisation d’une séries de débats et de « soirées poisson » pour établir un lien entre les parties prenantes et la préparation d’une série d’infographies et d’animations.

L’AIPAA 2022 est une occasion unique pour tous – et nous vous invitons à être créatifs et à vous organiser pour célébrer tout l’intérêt et la valeur de la pêche et de l’aquaculture artisanales en 2022. Contactez-nous à l’adresse IYAFA@fao.org pour nous faire part de vos idées.

Nicole Franz dirige l’équipe Moyens d’existence équitables, Division de la pêche et de l’aquaculture, à la FAO, Rome/ Italie. Ses travaux sont essentiellement axés sur la pêche artisanale.

Contact: Nicole.Franz@fao.org

Références :

FAO (2021): 2021 COFI Declaration for Sustainable Fisheries and Aquaculture. Rome.

FAO (2020): The State of World Fisheries and Aquaculture 2020. In brief. Sustainability in action. Rome.

FAO (2015): Voluntary Guidelines for Securing Sustainable Small-Scale Fisheries in the Context of Food Security and Poverty Eradication. Rome

IYAFA home page: www.fao.org/artisanal-fisheries-aquaculture-2022/home/en/

IYAFA Global Action Plan: http://www.fao.org/3/cb4875en/cb4875en.pdf

Short, R.E., Gelcich, S., Little, D.C. et al. (2021): Harnessing the diversity of small-scale actors is key to the future of aquatic food systems. Nat Food 2, 733–741

Simmance, F. A. et al. (2021): Nudging fisheries and aquaculture research towards food systems. Fish and Fisheries.

Smith, H., Basurto, X. (2019): Defining Small-Scale Fisheries and Examining the Role of Science in Shaping Perceptions of Who and What Counts: A Systematic Review. Frontiers in Marine Science. Volume 6. 2019

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