La réglementation limitée de l’aquaculture menace l’environnement et favorise l’apparition de ravageurs et de maladies.
Photo: ©Shutterstock

La pisciculture victime des ravageurs

Selon une équipe internationale de chercheurs, l’aquaculture est certes devenue un élément essentiel des systèmes alimentaires mondiaux, mais sa croissance non réglementée représente un danger pour l’environnement et favorise l’apparition de ravageurs et de maladies.

Une étude récente montre que la réglementation limitée de l’aquaculture menace l’environnement et favorise l’apparition de ravageurs et de maladies. Rosamond Naylor, professeure à l’École des sciences de la terre, de l’énergie et de l’environnement à l’université de Stanford et auteure de l’étude publiée le 24 mars 2021 dans la revue scientifique Nature, déclare que l’aquaculture va se développer parallèlement à l’accroissement de la demande de produits de la mer partout dans le monde. 

« Si nous ne faisons pas ce qu’il faut, nous risquons d’avoir les mêmes problèmes environnementaux que ceux que nous avons connus dans l’agriculture et l’élevage terrestres : pollution par les nutriments, utilisation excessive d’antibiotiques et modification de l’habitat qui menace la biodiversité, » explique Rosamond Naylor à SciDev.Net.

Dans une étude sur l’aquaculture publiée dans Nature en 2000, Rosamond Naylor voyait déjà l’aquaculture comme une solution au déclin mondial de la pêche sauvage, mais une solution qui entraînait une modification de l’habitat marin, une propagation d’agents pathogènes et l’introduction d’espèces envahissantes.

Depuis, déclarent Rosamond Naylor et ses coauteurs, des progrès considérables ont été réalisés grâce à l’adoption de pratiques durables dans le secteur, notamment la réduction des effets destructeurs de la transformation de l’habitat, dont l’élevage des crevettes dans les mangroves est un exemple.

Le document indique par ailleurs que les agents pathogènes, les parasites et les ravageurs constituent un « risque chronique » pour l’aquaculture, risque qui est amplifié par l’intégration accrue du commerce et de la chaîne d’approvisionnement depuis 2000.

L’aquaculture utilise trop d’antibiotiques pour lutter contre les maladies des poissons 


Rosamond Naylor s’inquiète de ce que les antibiotiques sont de plus en plus utilisés comme premiers moyens de lutte contre les maladies des poissons, ce qui ajoute à l’augmentation mondiale de la résistance aux antimicrobiens. « Le secteur de la pêche est omniprésent dans ce domaine et des améliorations considérables doivent lui être apportées, » dit-elle.

En outre, selon elle, le changement climatique ne peut qu’exacerber ces problèmes. 

Elle poursuit en disant que pour améliorer la durabilité, il est essentiel de réduire la dépendance aux poissons sauvages tels que l’anchois et la sardine pour l’alimentation des piscivores. « D’énormes progrès ont été réalisés dans ce domaine, à la fois pour amener les poissons piscivores à consommer plus de protéines végétales et pour utiliser des aliments de remplacement à base de plantes et d’autres à base de poissons non sauvages, » explique-t-elle.

Ronald Hardy, co-auteur de l’étude et directeur de l’institut de recherche sur l’aquaculture à l’université de l’Idaho, États-Unis, souligne que l’aquaculture est une forme relativement nouvelle d’élevage qui concerne plus de 400 espèces d’animaux et de plantes. 

Il ajoute qu’en Asie, les ressources marines sont menacées lorsque les petits poissons pélagiques sont surexploités pour produire des aliments destinés à l’aquaculture. Avec le passage à la pisciculture « végétarienne », les concentrés de protéines dans les aliments pour poissons proviennent de céréales telles que le blé et le maïs, ou du soja, du colza ou du tournesol.

« La nouvelle étude fait état des progrès réalisés dans la production durable d’aliments pour les animaux et examine les mesures incitant à poursuivre dans cette voie, » précise-t-il. « Le bien-être des poissons et leur résistance aux maladies dépendent de leur alimentation, si bien que les gouvernements, les ONG et les producteurs aquacoles sont tous intéressés par l’étude. » 

Selon l’étude, l’aquaculture en eau douce, qui concerne près de 150 espèces de poissons, de crustacées et de plantes, représente 75 pour cent des aliments aquatiques (issus de la culture ou de l’élevage) consommés par les humains, l’Asie étant le plus important producteur dans ce domaine. 

David Little, co-auteur de l’étude et professeur à l’institut d’aquaculture de l’université de Stirling, au Royaume-Uni, déclare que « pour l’essentiel, l’aquaculture concerne des poissons que les gens ont les moyens d’acheter — et la plupart des produits issus de l’aquaculture pratiquée dans les pays asiatiques restent dans ces pays. Cela a un impact considérable sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance en milieu rural. » 

Selon l’étude, d’autres régions, notamment l’Afrique, se mettent à l’aquaculture en eau douce, mais de manière relativement incontrôlée.

(SciDevNet/wi)

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