Le paludisme tue encore un demi-million de personnes par an. Photo @ Shutterstock

Un champignon naturel du moustique ‘pourrait bloquer la propagation du paludisme’

Un champignon vivant dans l’organisme des moustiques vecteurs du paludisme pourrait stimuler les efforts mondiaux de lutte contre cette maladie qui tue chaque année un demi-million de personnes – essentiellement des enfants de moins de cinq ans.

Sur les rives du lac Victoria, au Kenya, les chercheurs ont découvert un microbe, un champignon microscopique qu’ils ont nommé Microsporidia MB et qui vit dans le corps d’un moustique, l’Anopheles arabiensis. Ce champignon microscopique peut empêcher les moustiques de transmettre le paludisme à l’homme.

Les organisations de prévention du paludisme et de lutte contre cette maladie pensent que cette découverte pourrait permettre de trouver une solution durable au problème du paludisme. Cette maladie touche environ 220 millions de personnes par an. Dans leur grande majorité, les cas de paludisme se produisent en Afrique et en Inde et sont causés par le parasite P. falciparum dont l’anophèle femelle est porteur.

Axant leurs travaux sur le P. falciparum, des chercheurs du Centre international de physiologie et d’écologie des insectes (International Centre of Insect Physiology and Ecology - ICIPE), basé à Nairobi, Kenya, et de l’université écossaise de Glasgow ont déclaré, dans une étude publiée le 4 mai, que les moustiques porteurs du champignon microscopique ne sont pas eux-mêmes porteurs des parasites du paludisme, ni dans la nature, ni dans le cadre d’infections expérimentales réalisées en laboratoire.

Le champignon Microsporidia MB vit naturellement, en faible quantité, dans les moustiques vecteurs du paludisme au Kenya, mais les chercheurs pensent qu’il peut y avoir des moyens d’augmenter le nombre de moustiques qui en sont porteurs et, par conséquent, de bloquer leur capacité à transmettre le paludisme. Seuls, les moustiques femelles piquent les êtres humains.

D’autres études vont chercher à savoir précisément comment on pourrait utiliser le Microsporidia MB pour lutter contre le paludisme dans de grandes populations de moustiques, mais les chercheurs pensent qu’il est adaptable et qu’on pourrait le porter dans des zones éloignées en lâchant par avion des moustiques ou des spores infectés en laboratoire.

Le microbe est transmis de l’Anopheles arabiensis femelle à sa progéniture et ne tue pas le moustique hôte, ou ne l’affecte pas de manière évidente.

Cela veut dire que l’utilisation du champignon pour lutter contre le paludisme laisserait intactes les populations de moustiques, contrairement aux techniques telles que l’édition génomique qui pourrait les exterminer. 

« Peut-être que la première étape consisterait à observer ce qui se passe dans la nature et voir si ça peut marcher, » a déclaré l’auteur principal de l’étude, Jeremy Herren, de l’ICIPE, et antérieurement de l’université de Glasgow. à SciDev.NET.

Soutien et scepticisme des organismes de protection de la santé et de l’environnement 


Des organisations à but non lucratif telles que le Consortium du paludisme et Medicines for Malaria Venture considèrent que la découverte du Microsporidia MB pourrait être une bonne nouvelle. Cependant, des études complémentaires sont nécessaires pour confirmer les résultats, avec de plus grands échantillons de moustiques et d’autres importantes espèces de moustiques.

Néanmoins, les écologistes s’inquiètent des conséquences potentielles sur l’environnement et la santé publique. Des experts de l’ETC Group, organisation sans but lucratif au service de la conservation et la technologie, appellent à la prudence quant à la découverte. Bien que le Microsporidia MB soit un organisme biologique naturel, les écologistes rappellent que chaque fois qu’on lâche dans la nature un agent de lutte biologique, on ne sait pas ce qui va se passer. « Nous ne savons pas ce que, d’un point de vue écologique, il peut faire aux pollinisateurs ou à d’autres organismes qui sont des éléments clés des écosystèmes, » déclarent-ils.

Cependant, Jeremy Herren déclare que sa recherche indique que le Microsporidia MB n’a pas la capacité d’infecter d’autres organismes. « Il est probable qu’il y a un risque en toute chose, mais je pense que dans ce cas il est très faible, puisqu’on part de quelque chose qui est déjà là et qu’on se contente d’accroître sa prévalence, » déclare-t-il.

(SciDev.Net/wi)

Étude originale (en anglais) :
Jeremy K. Herren et al.: A microsporidian impairs Plasmodium falciparum transmission in Anopheles arabiensis mosquitoes Nature communications, 11,  article numéro  2187 (2020)