L’installation de séchoirs solaires garantit la disponibilité de fruits et de légumes toute l’année, principalement en hiver lorsque les fruits et légumes sont rares.
Photo : ©COSUDE / IFOAM – Organics International

L’innovation locale renforce la sécurité alimentaire dans les régions de montagne

Dans certaines régions montagneuses d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, beaucoup de femmes et d’enfants souffrent de malnutrition. Le projet «Nutrition in Mountain Agro-Ecosystems» de la coopération suisse au développement (DDC) mobilise des acteurs locaux qui mettent en œuvre des solutions innovantes pour assurer l’accès des populations à une alimentation équilibrée.

La vie en montagne est difficile, comme le savent bien nos ancêtres Suisses. Dans les zones dépourvues d’infrastructures, les habitants ne pouvaient compter que sur eux-mêmes pour nourrir tous les membres de leur famille. Et régulièrement, ils étaient confrontés à des famines.

Ce genre de situation correspond aujourd’hui encore à la réalité dans de nombreuses régions du monde. Près de la moitié des habitants, qui vivent dans les zones de montagne dans les pays à faible revenu, souffrent de la faim, de la pauvreté et de la malnutrition. Dans les montagnes, les agriculteurs doivent s’adapter aux phases de la culture végétale plus courtes qu’en plaine et parcourir de grandes distances pour se rendre aux marchés. Les conditions de production sont plus difficiles (p.ex. propriétés petites, morcelées et pentues) ce qui ne leur permet souvent pas de produire des denrées en quantité suffisante pour assurer leur subsistance ainsi que de générer des revenus avec la vente de leurs produits.

Pour pallier ces difficultés, la DDC en collaboration avec ses partenaires a développé un projet intitulé «Nutrition in Mountain Agro-Ecosystems» (NMA). Ce projet est mis en œuvre dans huit pays: Équateur, Éthiopie, Inde, Kirghizistan, Népal, Pakistan, Pérou et Tadjikistan. Il a pour but de promouvoir la culture et la production durables d’une grande diversité d’aliments (fruits, légumes, haricots, lait, œufs, etc.) et de garantir une alimentation saine tout au long de l’année.

Chacun peut agir pour changer les choses

La lutte contre la malnutrition est particulièrement importante chez les enfants: une carence en vitamines et en minéraux durant les premières années de vie ralentit le développement physique et psychique de l’enfant et peut avoir des conséquences qui se répercutent d’une génération à l’autre.

Il est important que les populations puissent accéder à une alimentation saine et équilibrée, mais également qu’elles soient informées de ses bienfaits. Les habitudes culturelles jouent un rôle majeur à cet égard. C’est pourquoi le projet «Nutrition in Mountain Agro-Ecosystems» est axé sur le dialogue pour avoir des échanges directs avec les familles et d’identifier des solutions qui correspondent à leurs besoins.

Concrètement, le projet a permis de mettre en place une collaboration avec des fournisseurs de services en milieu rural («Rural service providers»). Ces personnes sont des habitants de la région, qui vont à la rencontre des familles pour les informer de l’importance d’une alimentation équilibrée. Ensemble, ils recherchent des solutions qui permettent de faire face aux problèmes structurels, tout en tenant compte du contexte local (p. ex. fortes variations saisonnières des prix, disponibilité des fruits et des légumes).

De nombreuses solutions peuvent être reproduites ailleurs. Pour cette raison les fournisseurs de services en milieu rural échangent régulièrement et en cinq langues, des informations sur une plateforme numérique mondiale qui leur permet d’établir d’importantes relations sociales et de partager leurs expériences. Le capital social ainsi créé peut contribuer à la réalisation de changements majeurs au niveau régional.

Un effet positif sur l’alimentation des femmes

Le projet «Nutrition in Mountain Agro-Ecosystems» lancé par la DDC a permis, dans un premier temps, de mettre au point 130 solutions visant à améliorer les habitudes alimentaires dans cinq pays: en Éthiopie, au Pakistan et au Pérou, les femmes consomment désormais régulièrement les produits d’au moins cinq groupes d’aliments sur dix, ce qui indique une alimentation plus équilibrée. Elles mangent notamment plus de fruits, de légumes et de poissons, et participent davantage aux décisions concernant les achats. Si l’accent est mis sur les femmes, ce n’est pas un hasard vu qu’elles souffrent généralement le plus des pénuries alimentaires. Par ailleurs, pendant la grossesse, une alimentation équilibrée est essentielle pour la santé de l’enfant.

D’un changement local au changement global

Ces micro-interventions peuvent-elles vraiment avoir un impact au niveau mondial? Barbara Zilly, cheffe du projet «Nutrition in Mountain Agro-Ecosystems» à l’IFOAM – Organics International, y voit un énorme potentiel: «ce projet s’avère d’autant plus efficace si nous parvenons à combiner des solutions pratiques locales à des discussions aux niveaux national et international». Aujourd’hui les résultats du projet sont utilisés pour inciter les gouvernements et les organisations internationales à tenir compte de l’alimentation dans les lois et les interventions. 

La DDC soutient à présent la deuxième phase du projet et contribue, de par son expertise, à la sécurité alimentaire mondiale et à la réalisation de l’Agenda 2030.

(DCC/wi)

Plus d’informations : 
L’action de la DDC dans le domaine de l’agriculture et de la sécurité alimentaire
www.eda.admin.ch/deza/fr/home/themes-ddc/agriculture-securite-alimentaire.html