L'agriculteur Madachir Kadir dans un potager situé près de la communauté dans laquelle il vit à Tahoua, au Niger.
Photo: Ed Ram/Concern Worldwide

L'Indice de la faim dans le monde 2022 - des perspectives sombres face à des crises qui se superposent

L'édition 2022 de l’Indice de la faim dans le monde, que Welthungerhilfe présente conjointement avec Concern Worldwide à l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation, dévoile une fois encore une situation alimentaire mondiale dramatique.

Malgré quelques succès, le monde est confronté à un sérieux recul de la lutte contre la faim. Le nombre de personnes souffrant de faim chronique est actuellement estimé à 828 millions contre 795 millions en 2015. Au cours de cette période, le nombre de personnes souffrant de faim aiguë a presque doublé, passant de 80 millions en 2015 à 193 millions aujourd'hui. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que si cette tendance ne s'inverse pas, près de 670 millions de personnes seront confrontées à la faim en 2030, soit environ 8 % de la population mondiale. Ce chiffre correspond à celui de 2015, date à laquelle la communauté internationale s'est engagée à travers les Objectifs de développement durable à mettre fin à la faim, à l'insécurité alimentaire et à la malnutrition d'ici la fin de la décennie.

Les crises de la faim se transforment en catastrophes


Le fait que les succès obtenus dans la lutte contre la faim au cours des dernières années aient été réduits à néant est dû avant tout au « mélange toxique des conflits armés, de la crise climatique et des impacts de la pandémie de Covid-19 », a déclaré Marlehn Thieme, présidente de Welthungerhilfe, en présentant ce qui est désormais le 17e Indice mondial de la faim (GHI) à Berlin/Allemagne. Ces crises s'ajoutent aux causes structurelles de la faim, telles que la pauvreté, les inégalités, la mauvaise gouvernance et les infrastructures insuffisantes, ainsi que la faible productivité agricole. 

Même avant la guerre en Ukraine, des millions de personnes se sont vues confrontées à d'énormes hausses des prix alimentaires. « La guerre a transformé les crises en une catastrophe mondiale en matière d'approvisionnement alimentaire », a déclaré la présidente. Par exemple, en août de cette année, environ un quart du commerce mondial de céréales était paralysé, ce qui est catastrophique pour les pays du Sud qui dépendent des importations. 

L'indice des prix des denrées alimentaires reste supérieur à celui de l'année dernière


« De nombreuses personnes dans nos pays partenaires sont désespérées et ne savent plus comment accéder à la nourriture », a rapporté Matthias Mogge, secrétaire général de Welthungerhilfe. En Éthiopie, par exemple, le prix de la farine a doublé, tandis qu'au Liban, le litre de lait est 17 fois plus cher que l'année précédente. Le fait que certains prix se soient à nouveau stabilisés sur les marchés internationaux grâce, par exemple, à la forte baisse des prix des huiles végétales, n'est pas d'un grand secours. En septembre 2022, l'indice FAO des prix des denrées alimentaires était encore supérieur de 5,5 points de pourcentage à celui de la même période de l'année précédente.

Un manque de volonté politique


Mme Thieme a souligné que la crise ne pouvait être surmontée qu'en augmentant durablement le financement de l'aide humanitaire et de la coopération au développement. Dans ce contexte, elle a critiqué les plans budgétaires du gouvernement fédéral allemand, qui prévoient pour l’année prochaine une réduction de 20 % du budget du ministère des Affaires étrangères, qui est responsable de l'aide humanitaire, et de 10 % de celui du ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement. Des coupes d'environ 2 milliards d'euros sont prévues pour la période allant jusqu'en 2026. « Sur ce point, le gouvernement fédéral doit de toute urgence changer de cap », avertit Mme Thieme. Les causes de la faim ainsi que les solutions pour y remédier et l'ampleur des investissements nécessaires à cet effet sont bien connus. « Ce qui fait défaut, c'est la volonté politique », affirme Mme Thieme. 

La gouvernance locale doit être renforcée


Le GHI de cette année met clairement en évidence la nécessité de développer des systèmes alimentaires mondiaux équitables, durables et résilients face aux crises. Il montre que la réalisation de cette transformation urgente nécessite une intégration systématique de tous les acteurs à tous les niveaux. « Les populations doivent avoir la possibilité de revendiquer leur droit à l'alimentation et d'obliger leurs gouvernements à assumer leurs responsabilités », déclare M. Mogge qui, pour illustrer son propos, prend l'exemple de la région de Diffa, au Niger, qui met en évidence le rôle crucial de l'autonomisation démocratique des communautés et de la gouvernance locale dans la lutte contre la faim. On a, ici, encouragé le dialogue entre les autorités locales, la recherche et la société civile. Par exemple, les communautés et les autorités locales ont conjointement mis en place des entrepôts décentralisés d’aliments destinés à la consommation humaine et animale afin d'améliorer la disponibilité et l'accès à ces aliments pendant la période de soudure.

Indice de la faim dans le monde 2021 (GHI) - Synopsis :

  • L'Indice de la faim dans le monde (GHI) catégorise et classe les pays sur une échelle de 100 points et associe leur situation face à la faim à un des cinq niveaux suivants : faible, modéré, grave, alarmant et extrêmement grave.
     
  • Les progrès mondiaux dans la lutte contre la faim ont fortement stagné ces dernières années. Le score GHI 2022 pour la planète est considéré comme modéré, mais il ne présente qu'une légère baisse par rapport au score de 2014 : de 19,1 à 18,2.
     
  • Depuis 2014, la faim a progressé dans 20 pays présentant des niveaux de faim modérés, graves ou alarmants dans plusieurs régions. Le Kenya, l'Éthiopie et Haïti en sont des exemples.
     
  • La faim est considérée comme grave en Afrique au sud du Sahara et en Asie du Sud. L’Asie du Sud enregistre le taux de retard de croissance infantile le plus élevé et de loin le taux d’émaciation infantile le plus élevé de toutes les régions du monde ; cela est dû notamment à une mauvaise alimentation des femmes enceintes du fait de leur statut défavorisé dans la société.
     
  • L’Afrique subsaharienne présente des taux de prévalence de la sous-alimentation et de mortalité infantile plus élevés que ceux des autres régions du monde. Certains pays de l’Afrique de l’Est subissent l’une des sécheresses les plus graves des 40 dernières années, et par conséquent, la survie de millions de personnes est menacée. En Asie de l'Ouest et en Afrique du Nord, où la faim est modérée, certains signes inquiétants laissent présager un renversement inquiétant des progrès accomplis dans la lutte contre la faim.
     
  •  La faim est à un niveau alarmant dans cinq pays : la République centrafricaine, le Tchad, la République démocratique du Congo, Madagascar et le Yémen, et elle est provisoirement considérée comme alarmante dans quatre autres pays : le Burundi, la Somalie, le Soudan du Sud et la Syrie. Dans 35 autres pays, la faim est considérée comme grave.
     
  • La faim est considérée comme faible en Amérique latine et dans les Caraïbes, en Asie de l'Est et du Sud-Est, ainsi qu'en Europe et en Asie centrale. 
     
  • Depuis 2000, 32 pays ont vu leur score GHI diminuer de 50 % ou plus. 
     
  • D'ici 2030, 46 pays n'auront même pas atteint un niveau de faim faible. 

Les scores de l'indice de la faim dans le monde sont basés sur une formule tenant compte des trois dimensions de la faim que sont l'apport calorique insuffisant (sous-alimentation), la sous-nutrition et la mortalité́ infantile, qui sont mesurées à l’aide de quatre indicateurs : 

  • sous-alimentation : la part de la population qui est sous-alimentée, reflétant un apport calorique insuffisant ;
     
  • émaciation : la proportion d'enfants de moins de cinq ans souffrant d'émaciation (faible poids par rapport à la taille), reflétant une sous-nutrition aiguë ; 
     
  • retard de croissance : la proportion d'enfants de moins de cinq ans souffrant d'un retard de croissance (taille inférieure à la moyenne d'âge), reflétant une sous-nutrition chronique ;
     
  • mortalité infantile : le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans.

Silvia Richter, rédactrice en chef, Rural 21

L'indice de la faim dans le monde 2022 est disponible en français (synthèse), en anglais, en allemand, en italien, en portugais (synthèse), en espagnol et en chinois.

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Commentaires:

  • user
    Mouhamadou Lamine Gueye October 24, 2022 At 9:17 pm
    Toucher par la pandémie COVID, la village de Yetti Yone au Sénégal à besoin d'aide et d'accompagnement pour redémarrer leurs secteurs agricoles
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