Agriculteur dans le village de Zaouia, Maroc. Les chercheurs s’attendent à une moindre disponibilité de nutriments dans les décennies à venir.
Photo: ©IFAD/Giulio Napolitano

L’augmentation des émissions de CO2 réduit la disponibilité de nutriments

Alors que les niveaux élevés de CO2 peuvent stimuler la croissance des plantes, ils réduisent la concentration d’oligoéléments dans les cultures. Des chercheurs de l’IFPRI ont fait une projection de la disponibilité de protéines, de fer et de zinc par habitant jusqu’en 2050 et ont trouvé que l’augmentation des émissions de CO2 réduirait la disponibilité de nutriments à l’échelle mondiale.

Dans les 30 prochaines années, le changement climatique et l’augmentation des émissions de dioxyde de carbone (CO2) pourraient considérablement réduire la disponibilité de nutriments essentiels comparativement à un avenir sans changement climatique. C’est l’avertissement que nous donne l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) en juillet 2019.

Des chercheurs de l’IFPRI estiment que, d’ici à 2050, les chocs dus au changement climatique et l’élévation des niveaux de CO2 dans l’atmosphère vont réduire la progression de la disponibilité des nutriments par habitant, à l’échelle mondiale, de 19,5 pour cent pour les protéines, de 14,4 pour cent pour le fer et de 14,6 pour cent pour le zinc.

D’ici à 2050, les progrès technologiques et les effets de marchés devraient améliorer la disponibilité des nutriments par rapport aux niveaux actuels mais ces gains seront considérablement diminués par les impacts négatifs des concentrations croissantes de dioxyde de carbone. 

Si les niveaux élevés de CO2 peuvent stimuler la photosynthèse et la croissance de certaines plantes, ils réduisent par contre les concentrations d’oligoéléments clés dans les cultures. On s’attend à ce que le blé, le riz, le maïs, l’orge, la pomme de terre, les fèves de soja et les légumes perdent, en moyenne, environ 3 pour cent de nutriments d’ici à 2050 en raison de l’augmentation des concentrations de CO2.

Les réductions de la teneur en nutriments varient d’une région à une autre

Toutefois, selon les chercheurs, les effets ne devraient pas se faire ressentir de manière égale dans le monde et de nombreux pays connaissant actuellement de fortes carences en nutriments pourraient également être plus touchés que d’autres par une diminution à venir de la disponibilité de nutriments.

Les réductions de nutriments pourraient être particulièrement sévères en Asie du Sud, au Moyen-Orient, en Afrique subsaharienne, en Afrique du Nord et dans l’ex-Union soviétique. Ces régions sont en grande partie composées de pays à revenu faible et moyen dans lesquels les niveaux de sous-nutrition sont généralement plus élevés et les régimes alimentaires plus exposés aux impacts directs des fluctuations de températures et de précipitations dues au changement climatique.

Cela signifie que de nombreuses personnes dont l’apport nutritionnel est déjà relativement faible seront probablement plus exposées à des carences en fer, en zinc et en protéines dues aux pertes de nutriments affectant les cultures. Bon nombre de ces régions sont également celles qui devraient connaître la plus forte croissance démographique et auraient par conséquent besoin de la plus forte augmentation de la disponibilité de nutriments.

Bien que les modèles de l’étude soient limités à 2050, les chercheurs font remarquer que les réductions de la disponibilité de nutriments seront encore plus fortes lorsque le changement climatique aura, comme on peut le craindre, des conséquences encore plus graves dans la deuxième moitié du siècle.

(IFPRI/ile)

Plus d’informations sur le site de l’IFPRI (en anglais) : www.ifpri.org/news-release/rising-co2-climate-change-projected-reduce-availability-nutrients-worldwide

Lire l’étude intitulée Combining the effects of increased atmospheric carbon dioxide on protein, iron and zinc availability and projected climate change on global diets: a modelling study publiée (en anglais) dans The Lancet Planetary Health, volume 3, numéro 7, juillet 2019, pages e307-e317 : doi.org/10.1016/S2542-5196(19)30094-4