Entre 2014 et 2019, les chiffres de la pauvreté multidimensionnelle ont diminué de 19 millions au Bangladesh. Aujourd'hui, ils sont à nouveau en hausse.
Photo: ©UNDP Bangladesh/Fahad Kaizer

Les progrès réalisés face aux multiples aspects de la pauvreté sont menacés

Des progrès ont été réalisés dans la lutte contre les multiples dimensions de la pauvreté avant la pandémie COVID-19, mais ils sont aujourd’hui menacés. La pandémie nous rappelle brutalement que la lutte contre toutes les formes de la pauvreté n’est pas seulement une question de revenus.

De nouveaux chiffres publiés mi-juillet par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) montrent qu'avant la pandémie COVID-19, des progrès avaient été réalisés dans la lutte contre la pauvreté multidimensionnelle. C’est ce qu’indique l'indice mondial de pauvreté multidimensionnelle (IPM), une mesure qui va au-delà du revenu et tient compte de l'accès à l'eau potable, à l'éducation, à l'électricité, à la nourriture et de six autres indicateurs. Aujourd’hui, ces progrès sont menacés.

Les données, publiées par le PNUD et l'Initiative d’Oxford sur la pauvreté et le développement humain (OPHI), montrent que 65 des 75 pays étudiés ont considérablement réduit leur niveau de pauvreté multidimensionnelle entre 2000 et 2019.

La Sierra Leone a fait les progrès les plus rapides dans la réduction de la valeur globale de son IPM. Elle fait partie des sept pays d'Afrique subsaharienne figurant parmi les dix pays qui progressent le plus rapidement, aux côtés de la Côte d'Ivoire, de la Guinée, du Liberia, de la Mauritanie, du Rwanda et de Sao Tomé-et-Principe.

L'Inde est le pays qui a vu le plus grand nombre de personnes sortir de la pauvreté multidimensionnelle – environ 270 millions de personnes entre 2005/6 et 2015/16. En Chine, 70 millions de personnes sont sorties de la pauvreté multidimensionnelle entre 2010 et 2014. Au Bangladesh, leur nombre a diminué de 19 millions entre 2014 et 2019. 

« La COVID-19 a un impact considérable sur le développement. Mais ces données – datant d'avant la pandémie – sont un message d'espoir. Les réussites passées sur la manière de s'attaquer aux nombreuses façons dont les gens vivent la pauvreté au quotidien peuvent montrer comment reconstruire en mieux et améliorer la vie de millions de personnes », déclare Sabina Alkire, directrice de l'OPHI à l'université d'Oxford.  

Lutter contre la pauvreté multidimensionnelle dans un monde post-COVID-19 


Bien qu’on ne dispose pas encore des données nécessaires pour mesurer l'augmentation de la pauvreté multidimensionnelle mondiale après la pandémie, des simulations pour 70 pays en développement, basées sur les impacts prévus du virus sur seulement deux composantes de l’IPM mondial – la nutrition et la fréquentation scolaire – donnent une idée de l'ampleur de l'impact que la crise pourrait avoir si elle n'est pas traitée.

Dans trois scénarios de détérioration variable dans lesquels 10, 25 et 50 pour cent des personnes victimes de pauvreté multidimensionnelle ou vulnérables à elle deviennent sous-alimentées, et la moitié des enfants en âge d'aller à l'école primaire ne sont plus scolarisés, les niveaux de pauvreté pourraient être ramenés huit à dix ans en arrière. Mais même en ne tenant compte que de l'impact sur la nutrition, si l’aggravation prévue de la sous-alimentation n’est pas empêchée ou rapidement inversée, le recul pourrait être de trois à six ans.

« La COVID-19 est la dernière crise à avoir frappé la planète, et le changement climatique garantit que d'autres suivront bientôt. Chacune d’elles affectera les pauvres de multiples façons. Plus que jamais, nous devons nous efforcer de lutter contre la pauvreté – et la vulnérabilité à la pauvreté – sous toutes ses formes. C'est pourquoi l'indice de pauvreté multidimensionnelle est si important », déclare Pedro Conçeicão, directeur du Bureau du rapport sur le développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). »

Aujourd’hui, 1,3 milliard de personnes vivent encore dans la pauvreté multidimensionnelle et plus de 80 pour cent d’entre elles sont défavorisées dans au moins cinq des dix indicateurs utilisés pour mesurer la santé, l'éducation et le niveau de vie dans l’IPM mondial. Les données révèlent également que la pauvreté multidimensionnelle touche les enfants de manière disproportionnée. Ainsi, la moitié du 1,3 milliard de pauvres n'ont pas encore 18 ans, alors que 107 millions ont 60 ans ou plus.

« Avec les informations qu’il donne sur le niveau et la composition de la pauvreté, l’IPM fournit les données nécessaires pour déterminer où et comment la pauvreté se manifeste. Sans lui, les décideurs politiques agiraient à l'aveuglette et seraient incapables de savoir comment – et où – cibler les ressources et les interventions », ajoute Sabina Alkire.

Par exemple, en Afrique subsaharienne, 558 millions de personnes (55 % de la population) vivent dans la pauvreté multidimensionnelle. Parmi elles, 98 pour cent (547 millions) n'ont pas accès à des combustibles de cuisson propres, 84 pour cent (470 millions) n'ont pas accès à l'électricité et 66 pour cent (366 millions) n'ont pas accès à l'eau potable.

Pour résoudre les problèmes, il faut trouver des solutions différentes dont beaucoup doivent aller au-delà de l'amélioration des revenus. Cela est particulièrement vrai à la lumière du travail du PNUD qui encourage les sociétés du monde entier à saisir l'occasion de repenser les voies de développement et de « reconstruire en mieux » après la COVID-19.

(PNUD/wi)

Accès à l’intégralité des données et de la publication (en anglais)