Les activités liées à l'eau rendent les enfants particulièrement vulnérables à l'infection à bilharziose.
Photo : J. Boethling

Paludisme, bilharziose et autres : le fléau du « milliard le plus pauvre »

Déclarée Objectif du Millénaire pour le développement (OMD), la lutte contre le paludisme a fait partie des grandes priorités de santé ces 15 dernières années, dans les pays concernés comme dans le monde entier. À ce jour, le nombre annuel de nouveaux cas est inférieur de 37 pour cent à ce qu'il était en 2000. Au cours de la même période, une réduction de 60 pour cent du nombre de décès a été constatée grâce à l'utilisation de moustiquaires imprégnées pour éviter l'infection et grâce au traitement des malades avec des préparations combinées dorénavant d'utilisation courante. Malgré cela, les chiffres de l'OMS montrent que, sur les 214 millions de personnes qui ont contracté le paludisme, 438 000 meurent encore chaque année.

La filariose lymphatique est également transmise par les moustiques, mais elle est provoquée par des vers (principalement le Wucheria bancroftii). Les larves de ce ver bloquent la circulation lymphatique des personnes contaminées et provoquent une inflammation locale douloureuse. Les cas de filariose chronique entraînent un œdème douloureux et souvent peu esthétique des membres, ce qui explique l'autre nom donnée à la maladie, l'éléphantiasis. Chez les hommes, le scrotum est souvent touché.

Les personnes infectées souffrent fréquemment de handicaps permanents et donc d'exclusion sociale. L'OMS estime qu'environ 1,3 milliard de personnes vivent actuellement dans des zones infestées de filariose, 120 millions d'entre elles étant infectées et 40 millions souffrant de handicaps sévères provoqués par la maladie. Pourtant, la filariose lymphatique peut être contrôlée avec des moustiquaires et en traitant régulièrement l'ensemble de la population (administration massive de médicaments) de manière préventive avec des vermifuges (tels que l'Albendazole). Si ce traitement est réalisé pendant plusieurs années, la transmission de la filariose peut même être totalement évitée et la maladie éliminée. Dans les zones endémiques, environ 33 pour cent de la population concernée reçoit actuellement ce traitement préventif de manière régulière.

L'onchocercose ou cécité des rivières, provoquée par un ver nématode (Onchocerca volvulus), est une maladie courante dans 31 pays d'Afrique, mais plusieurs foyers endémiques existent également en Amérique latine. Les larves des vers nématodes sont transmises d'une personne à l'autre par la piqûre d'une mouche noire. Cette mouche se reproduit dans les rivières et les ruisseaux à débit rapide des zones rurales isolées entourées de terres agricoles fertiles.

Une fois la personne infectée, les larves forment des nodules dans les tissus sous-cutanés puis se transforment en vers adulte. Lorsqu'elles atteignent la maturité sexuelle, les femelles produisent de nouvelles larves également appelées microfilaires, qui migrent à travers les tissus conjonctifs et finissent par mourir. En termes de symptômes physiques, l'infection se caractérise par des démangeaisons et une peau squameuse et épaissie mais aussi par une inflammation des yeux qui, si elle n'est pas traitée, peut entraîner la cécité.

La lutte contre l'onchocercose consiste, d'une part, à éviter la propagation de la mouche noire et, d'autre part, à administrer massivement du vermifuge Ivermectine à la population de manière préventive. Selon les chiffres de l'OMS, jusqu'à 99 millions d'habitants des pays endémiques (principalement en Afrique) bénéficient maintenant régulièrement de cette thérapie, ce qui représente une couverture d'environ 76 pour cent. L'OMS estime que ce programme évite chaque année 40 000 cas de cécité liée à l'onchocercose. Certaines régions d'Amérique latine ont déjà réussi à interrompre la transmission de l'onchocercose et à éliminer la maladie.

En termes de coûts, la bilharziose est la maladie tropicale la plus significative après le paludisme. Elle est due à une infection par des schistosomes (vers du genre Schistosoma) transmis par des mollusques d'eau douce infectés. L'eau est contaminée par les excréments (fèces et urine) d'êtres humains porteurs de l'infection. Ces parasites pénètrent dans la peau et migrent dans le corps. L'inflammation qui résulte des œufs de Schistosoma endommage principalement les intestins et le système urogénital, devient chronique et peut, dans certains cas, être mortelle.

Les mauvaises conditions d'hygiène et les activités liées à l'eau rendent les enfants particulièrement vulnérables à l'infection. Les enfants infectés souffrent souvent de malnutrition et présentent donc fréquemment des retards de développement physique, intellectuel et scolaire. Une attaque sévère et durable de bilharziose peut provoquer des dommages à long terme de type fibrose du foie, cancer de la vessie ou insuffisance rénale. L'administration massive de Praziquantel est utilisée pour contrôler la maladie. Les chiffres de l'OMS montrent qu'environ 261 millions de personnes, principalement en Afrique mais aussi dans certaines parties de l'Asie et de l'Amérique latine, auraient régulièrement besoin de ce traitement préventif, mais que seules 14 pour cent en bénéficient.

Ces trois dernières maladies font partie de ce que l'on appelle les maladies tropicales négligées, des maladies infectieuses qui touchent plus particulièrement le « milliard des plus pauvres », c'est-à-dire les environ 1,4 milliard de personnes dans le monde qui doivent encore vivre avec un revenu inférieur à 1,25 dollar par personne et par jour. En 2008, l'OMS a élaboré un plan réaliste pour lutter contre les maladies tropicales négligées, groupe dans lequel elle a intégré 17 maladies différentes, transmissibles par des bactéries, des protozoaires, des vers et des virus.

La lutte contre les maladies tropicales négligées a pris un essor particulier en 2012 à la suite de la Déclaration de Londres sur les maladies tropicales négligées. Les PDG de 13 firmes pharmaceutiques et des représentants des pays touchés par les maladies tropicales négligées, des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Fondation Bill et Melinda Gates, ainsi que de la Banque mondiale, de l'OMS et de nombreuses autres organisations de santé œuvrant dans le monde entier, s'étaient alors mis d'accord pour créer une plate-forme commune afin de contrôler et, si possible, d'éliminer 10 maladies tropicales négligées.

Des programmes de lutte contre les maladies tropicales négligées sont maintenant en place dans 74 pays, ciblant différentes maladies en fonction des conditions épidémiologiques locales. Les médicaments nécessaires à ce travail sont fournis gratuitement aux différents programmes par les laboratoires pharmaceutiques signataires de la Déclaration de Londres. En 2014, des représentants du monde universitaire, de différentes ONG et de l'industrie ont fondé le réseau allemand de lutte contre les maladies tropicales négligées (Deutsches Netzwerk gegen vernachlässigte Tropenkrankheiten, DNTDs). Ce réseau a notamment pour objectif d'accroître la visibilité des maladies tropicales négligées dans les médias et plus particulièrement dans la coopération à la recherche et au développement. En janvier 2015, l'organisation a alerté l'opinion internationale, estimant que les maladies tropicales négligées et les maladies liées à la pauvreté étaient laissées de côté dans le sillage de la lutte contre Ébola.

Dr Matthias Vennemann, MPH (JHU)
Consultant santé au niveau international
Münster, Allemagne
matthias.vennemann@t-online.de

Le Dr Matthias Vennemann est membre fondateur de DNTDs.

Pour plus d’informations : www.dntds.de