Au Nigéria, jusqu’à 8,5 pour cent des tubercules de manioc frais sont perdus lors de la récolte et du stockage dans l’exploitation agricole.
Photo: A. E. Oguntade

Nigéria : impact sur l’environnement des pertes enregistrées dans les filières « maïs » et « manioc »

Pour évaluer les pertes enregistrées dans les filières « maïs » et « manioc », la GIZ (Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit) a réalisé deux études en janvier 2013. Ces études comprennent (1) une estimation des pertes en termes de volume et d’argent, ainsi que des propositions de contre-mesures, et (2) un calcul de l’empreinte écologique résultant de ces pertes, c’est-à-dire l’utilisation superflue du sol et de l’eau, la perte de biodiversité et l’émission de gaz à effet de serre.

Où se situent les pertes les plus importantes ?
Avec une production mondiale d’environ 40 millions de tonnes, le Nigéria est le premier producteur mondial de manioc. Les petits exploitants agricoles assurent la majeure partie de la production. Les chaînes de valeur ajoutée les plus importantes sont la production de gari (manioc fermenté) pour l’alimentation locale et la fabrication d’amidon industriel. Les pertes enregistrées le long de la filière sont ventilées comme suit selon les différentes phases des processus de production :

  • jusqu’à 8,5 pour cent de perte en tubercules de manioc lors de la récolte et du stockage dans l’exploitation agricole ;
  • 12 pour cent de perte lors de la fabrication industrielle et ménagère de gari et lors de la production et du stockage de l’amidon demanioc. Les pertes les plus élevées sont enregistrées lors de la fabrication commerciale de gari, notamment lors du tri des tubercules (certains sont trop ligneux ou trop petits) et dans le transport du gari. Une extrapolation effectuée sur l’ensemble de la production de manioc au Nigéria chiffre à plus de 6,3 millions de tonnes la perte annuelle de tubercules frais dans l’exploitation agricole et lors de sa transformation ultérieure, ce qui représente environ 37 kilogrammes par habitant. Sur l’ensemble de la filière, les pertes monétaires s’élèvent à 686 millions d’euros.

Le maïs est généralement cultivé parallèlement à d’autres végétaux par les petits exploitants agricoles du Nigéria. En 2005, la production totale était d’environ 10 millions de tonnes. Les principales chaînes de valeur ajoutée sont la production d’aliments pour les animaux, la fabrication de farine de maïs pour la consommation humaine et, dans une faible mesure, l’utilisation du maïs vert pour la consommation humaine directe. Les pertes se produisent au moment de la récolte (environ 4  %) et pendant le transport (2 à 3  %). Dans l’ensemble, c’est lors de la commercialisation que les pertes sont les plus élevées (jusqu’à 26  %). Des pertes moindres, mais malgré tout considérables, ont lieu lors de la production d’aliments pour animaux (10 à 14  %). Au total, une extrapolation chiffre à un peu moins de 2,295 millions de tonnes de maïs séché la perte annuelle sur l’ensemble du pays, ce qui correspond à une perte de 13,5 kilogrammes par habitant. Les pertes totales (y compris les pertes enregistrées dans la chaîne de valeur ajoutée du maïs) s’élèvent à environ 590 millions d’euros.

Les mesures visant à réduire les pertes concernent la technologie (amélioration des éplucheuses de manioc et du conditionnement pour le transport), l’infrastructure rurale (création de marchés et amélioration des installations de stockage) et l’organisation des producteurs ruraux.

Qu’est-ce que cela représente pour l’environnement ?
L’impact des pertes post-récolte sur l’environnement a été calculé en effectuant les analyses de cycle de vie de la production des deux cultures. Comme on pouvait s’y attendre, les cultures de plein champ émettent la plus grande quantité de gaz à effet de serre (GES) alors que le transport et la transformation ont une incidence nettement moindre. En plus des émissions de GES, la consommation d’eau, la consommation de sol et la perte potentielle en biodiversité ont été évaluées. Au Nigéria, l’empreinte carbone du manioc est relativement élevée (par ex. comparativement à l’Indonésie), ce qui peut s’expliquer par les faibles rendements et par conséquent par une utilisation inefficace du sol. La culture du manioc et du maïs étant une culture pluviale, le manque d’eau a relativement peu d’importance. La consommation d’eau (18 mètres cubes pat tonne) n’est manifestement élevée que dans la fabrication de l’amidon de manioc. Pour illustrer l’impact que cela peut avoir, l’eau inutilement consommée en raison des pertes serait suffisante pour couvrir la demande d’eau minimale de 150 000 personnes, étant donné que, selon l’UNESCO, les besoins de base d’une personne sont de 50 litres par jour. Les pertes enregistrées dans les filières du manioc et du maïs participent au changement climatique mondial à raison de 2,3 millions de tonnes d’équivalents CO2, ce qui correspond en moyenne à 3,3 pour cent des émissions totales de gaz à effet de serre au Nigéria. Même s’il importe d’interpréter les données avec précaution en raison d’un certain nombre d’incohérences dans la base de données, cela indique néanmoins que les émissions potentielles de GES dues aux pertes post-récolte sont énormes. De plus, les pertes cumulées pour le manioc et le maïs représentent 21 pour cent des terres sur lesquelles ils sont cultivés.

Les enquêtes montrent clairement que les pertes des chaînes de valeur ajoutée ont un impact considérable sur l’environnement, y compris par rapport aux ressources naturelles du Nigéria dans leur ensemble. Par conséquent, en plus d’avoir une incidence positive sur les ressources alimentaires mondiales, une réduction des pertes dans le secteur agricole pourrait donner plus de poids aux efforts du Nigéria pour lutter contre le changement climatique.


Heike Ostermann
Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH
Eschborn, Allemagne
heike.ostermann@giz.de