Stockage intérieur dans un grenier tressé ou dans des sacs.
Photo: T. Stathers

Activités agricoles post-récolte et changement climatique

Le changement climatique va non seulement continuer d’influencer la production végétale, mais aussi les récoltes et les activités de plus en plus précieuses qui y font suite. Cet article présente l’essentiel de la récente étude de l’auteur sur les activités agricoles post-récolte dans le cadre du changement climatique. Il met particulièrement l’accent sur la durabilité des cultures céréalières chez les petits exploitants de l’Afrique subsaharienne et donne d’importantes informations sur l’incidence des activités agricoles post-récolte sur des questions mondiales telles que la sécurité alimentaire.

Le réchauffement de la planète a des conséquences complexes et variées en matière de changement climatique et d’impacts sur l’Afrique subsaharienne (ASS – voir encadré). Les économies et les moyens de subsistance de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne dépendent de l’agriculture pluviale pratiquée par les petits exploitants agricoles. Si, dans de nombreux pays situés à des latitudes plus élevées, la production agricole a des chances de bénéficier d’un réchauffement modéré de la planète, dans les régions tropicales où les récoltes sont déjà proches de seuils environnementaux critiques, les rendements agricoles et les superficies adaptées à l’agriculture vont diminuer. Selon certaines études, d’ici à 2080, des pays tels que la Tanzanie et le Zimbabwe pourraient perdre jusqu’à 30 pour cent de leurs rendements céréaliers de 1990 (Parry et al., 2004). Ce recul pourrait entraîner un accroissement des activités agricoles, de la déforestation, des émissions de gaz à effet de serre et par conséquent du réchauffement de la planète.

Changements climatiques prévus en Afrique subsaharienne (ASS)
Certaines projections donnent à penser que d’ici à 2030, les températures auront augmenté d’environ 1°C sur l’ensemble de l’Afrique subsaharienne comparativement à celles de la période 1980-1999 (Lobell et al., 2008). Par ailleurs, l’Afrique australe devrait connaître une réduction de 10 pour cent de la pluviométrie et des périodes de sécheresse plus fréquentes, alors que l’Afrique orientale devrait connaître une augmentation des chutes de pluie dans le nord et une réduction dans le sud. On s’attend également à une augmentation des épisodes de fortes pluies et d’inondation (Christensen et al., 2007).

Toutefois, le changement climatique n’est qu’un des nombreux facteurs complexes, interdépendants et dynamiques qui ont une influence sur les ménages de petits exploitants agricoles de l’Afrique subsaharienne. Les autres facteurs sont la croissance démographique, l’urbanisation, l’éducation, la santé, notamment le VIH et le SIDA, la disponibilité de services financiers et les changements intervenant sur les marchés. La vulnérabilité au changement climatique et la capacité d’adaptation à ce changement sont déterminées par une combinaison également importante de facteurs socio-économiques interdépendants.

Systèmes post-récolte
Les systèmes post-récolte sont variés et reflètent la diversité des populations, des lieux, des cultures ou produits, ainsi que des différentes phases d’activité entrant en ligne de compte. Les systèmes post-récolte sont influencés par les activités et les interdépendances de nombreux acteurs. Les systèmes d’innovation agricole fournissent un cadre analytique permettant d’examiner les évolutions technologiques et institutionnelles des systèmes post-récolte, d’identifier les acteurs et les facteurs ayant une incidence sur la demande de connaissances existantes et nouvelles des systèmes post-récolte et du changement climatique, et sur leur utilisation.

Sécurité alimentaire et activités agricoles post-récolte
La plupart des céréales consommées en Afrique subsaharienne sont produites par de petits exploitants agricoles, les importations commerciales représentant plus ou moins 25 pour cent de la consommation de céréales dans la région et l’aide alimentaire environ 5 pour cent. Toutefois, on estime qu’en Afrique subsaharienne les pertes post-récolte de céréales en grain s’élèvent annuellement à près de quatre milliards de dollars US, ce qui, financièrement, revient à gaspiller 15 pour cent de la production annuelle de céréales de l’Afrique subsaharienne (Banque mondiale et al., 2011). Les rendements étant appelés à diminuer et, par conséquent, la valeur des produits agricoles récoltés et commercialisés à augmenter, le coût de la non-réduction de ces pertes post-récolte est également appelé à augmenter. De plus, ce scénario, selon lequel il faut produire plus de produits alimentaires pour compenser les pertes dues à l’inefficacité de la gestion post-récolte, entraîne le gaspillage de précieuses ressources.

Comme la population de l’Afrique devrait doubler pour atteindre 2 milliards d’habitants d’ici à 2050 et comme les niveaux de vie et les populations du reste du monde augmentent également, on estime que d’ici là il faudra que la production alimentaire mondiale augmente de 70 pour cent. Selon un scénario de croissance démographique continue et de disparités régionales de revenus, à l’échelle mondiale 550 millions de personnes supplémentaires risquent de souffrir de la faim résultant des conditions climatiques d’ici à 2080, 65 pour cent de cette augmentation ayant lieu en Afrique (Parry et al., 2009). La disponibilité des aliments, la stabilité de l’approvisionnement, l’accès aux produits alimentaires et l’utilisation qu’on en fait dépendent considérablement des activités post-récolte. Par exemple, un stock suffisant de céréales de bonne qualité permet à un ménage (ou à une nation) de disposer de produits alimentaires nourrissants et sûrs jusqu’à la prochaine récolte. Compte tenu du fait que la valeur marchande des céréales augmente généralement jusqu’à la prochaine récolte, les stocks de céréales constituent également un bien commercialisable dont une partie peut être vendue, en cas de besoin, pour compenser des pertes de revenu ou en cas d’urgence.

Impacts du changement climatique sur les activités post-récolte
Cinq grandes tendances de changement climatique concernant des régions différentes d’ASS ont été identifiées :

  • augmentation générale de la température ;
  • fréquence accrue des périodes de sécheresse ;
  • épisodes plus fréquents de vents violents, de tempêtes, de fortes précipitations et d’inondations ;
  • pluviométrie plus irrégulière ;
  • accroissement des quantités de pluie et/ou de la durée des précipitations.

Ces tendances de changement climatique ont peu de chances de se manifester indépendamment les unes des autres ou d’autres facteurs de changement.
L’impact potentiel de chacune de ces tendances sur les différentes activités post-récolte, sur les ressources (humaines, naturelles, physiques, sociales et financières) et sur le bien-être humain (sécurité alimentaire, situation sociale, financière et économique) a été identifié. Un exemple de l’analyse des impacts potentiels d’une augmentation générale de la température sur les activités de séchage, de gestion des ravageurs et de stockage, ainsi que sur différentes ressources et divers éléments de bien-être, est donné dans le tableau.

Adaptation des activités agricoles post-récolte au changement climatique
Malgré les nombreuses incertitudes qui subsistent en ce qui concerne l’importance, le type et les interactions des impacts du changement climatique, des activités d’atténuation et d’adaptation sont nécessaire pour éviter les conséquences les plus graves du réchauffement de la planète. Après avoir défini les impacts potentiels, nous avons identifié diverses possibilités d’adaptation des activités agricoles post-récolte au changement climatique (voir encadré).

Possibilités d’adaptation des pratiques post-récolte au changement climatique

•    Culture et/ou stockage de variétés végétales moins exposées aux agressions des ravageurs post-récolte
•    Récolte rapide
•    Séchage approprié et protégé
•    Entretien des structures matérielles de stockage
•    Nettoyage et hygiène soigneux du lieu de stockage
•    Estimation précise des besoins de stockage
•    Protection et suivi des céréales à stocker pendant plus de trois mois
•    Utilisation de méthodes de préparation des aliments à faible émission de gaz à effet de serre
•    Connaissance et application des principes de base de sécurité des aliments
•    Amélioration de l’accès des exploitants agricoles aux moyens de transport et aux informations sur le marché
•    Utilisation de prévisions saisonnières rapides permettant de savoir quel impact les conditions climatiques peuvent avoir sur le stockage des aliments ou les stratégies de commercialisation
•    Utilisation d’activités de transformation, de conditionnement et de transport moins gourmandes en eau, en énergie et en ressources
•    Évaluation, par les obtenteurs, des caractéristiques avant- et post-récolte des espèces cultivées
•    Capacité des exploitants agricoles à tirer parti des expériences des autres et de leurs propres expériences

En Afrique subsaharienne, les petits exploitants agricoles ont bien conscience de l’importance du stockage des aliments et considèrent leur capacité à assurer ce stockage comme un atout ayant une influence sur leur faculté d’adaptation au changement et à la variabilité du climat. Si l’étude a mis l’accent sur le nombre de possibilités d’adaptation des activités agricoles post-récolte au changement climatique déjà connues et déjà mises en pratique par certains exploitants, elle a également souligné l’importance et la nature des problèmes rencontrés pour une utilisation sociale et économique plus large de bonnes pratiques post-récolte.

Facteurs ayant une influence sur la capacité d’adaptation des systèmes post-récolte
L’efficacité des solutions techniques post-récolte dépend du bon fonctionnement du système d’innovation agricole qui, grâce à des pratiques de co-apprentissage expérientiel, peut surmonter les contraintes institutionnelles qui empêchent l’extension et l’intensification des activités post-récolte (produits et processus). Toutefois, dans son ensemble, l’Afrique subsaharienne manque désespérément de prestataires de services post-récolte compétents à tous les niveaux. En plus du besoin de compétences dans ce domaine, il importe de se rendre compte de la futilité des solutions « universelles » et de l’importance de services adaptés aux besoins des clients qui soutiennent les processus d’apprentissage expérientiel afin de renforcer les capacités d’adaptation des petits exploitants agricoles à un avenir de moins en moins certain. La plupart des programmes d’enseignement agricole accordent trop peu d’importance aux activités post-récolte. L’apprentissage par les pairs est entravé par la nature très privée d’activités telles que le stockage des céréales qui s’effectue généralement derrière des portes closes. Il existe également un manque de connaissances des rôles liés au genre dans les activités post-récolte. Le manque d’investissement dans la politique, la recherche et le développement agricoles post-récolte (comparativement à la politique, la recherche et le développement agricoles avant-récolte) ne fait qu’accentuer les problèmes de mise en pratique des connaissances concernant les activités post-récolte. Peut-être que les impacts et les chocs du changement climatique attireront progressivement l’attention sur le rôle crucial que l’adaptation des activités agricoles post-récolte peut jouer pour améliorer les moyens de subsistance, attirer des aides et acquérir les compétences nécessaires pour appliquer à grande échelle les nombreuses solutions d’adaptation des activités agricoles post-récolte au changement climatique.

Tanya Stathers, Richard Lamboll
Natural Resources Institute (NRI)
Université de Greenwich, Royaume-Uni
TStathers@aol.com

Brighton M. Mvumi
Université du Zimbabwe