Est-ce que les projets proposent une division plus juste du travail entre les hommes et les femmes ? La répartition des travaux est un des indicateurs utilisés pour évaluer l’autonomisation des femmes.
Photo : Shammi Ferdousi/ANGeL

Évaluer l’autonomisation des femmes dans les projets de développement agricole

Compte tenu du grand nombre et de la diversité des approches et objectifs des projets de développement agricole, il est difficile d’évaluer leurs impacts sur l’autonomisation et l’inclusion des femmes et de formuler des recommandations pour les stratégies à venir. Le récent indice d’autonomisation des femmes dans l’agriculture au niveau du projet (Project-Level Women’s Empowerment in Agriculture Index – pro-WEAI) pourrait se montrer utile.

Les agences de développement agricole et les réalisateurs de projets reconnaissent l’importance de l’autonomisation des femmes dans l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Mais lorsque les projets utilisent des approches différentes, comment savoir quelles stratégies sont les plus efficaces pour autonomiser les femmes ? Certains projets peuvent apprendre aux femmes comment préparer des aliments nutritifs pour leurs enfants, alors que d’autres peuvent inculquer des pratiques de sécurité alimentaire à des marchandes de lait. Alors que certains projets peuvent montrer aux femmes comment s’organiser en groupes d’entraide, d’autres peuvent montrer aux hommes comment aider leurs épouses à s’occuper des enfants. Sans mesures à comparer, il serait très difficile de déterminer si ces projets atteignent leurs objectifs. Ce problème a entraîné l’élaboration d’un nouvel indice fondé sur une enquête pour mesurer l’autonomisation, « l’agencéité » (capacité d’agir) et l’inclusion des femmes dans le secteur agricole. Il s’agit de l’indice d’autonomisation des femmes dans l’agriculture au niveau projet (Project-Level Women’s Empowerment in Agriculture Index – pro-WEAI).

En avril 2018, la version pilote du pro-WEAI a été lancée par le projet Genre, agriculture et biens, phase 2 (Gender, Agriculture, and Assets Project, Phase 2 – GAAP2). Conjointement élaboré par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), l’Oxford Poverty and Human Development Initiative, et 13 projets partenaires du GAAP2, cet outil aide les projets de développement agricole à évaluer l’autonomisation des femmes dans le cadre d’un projet, à diagnostiquer les domaines de privation de pouvoirs des femmes, à concevoir des stratégies de lutte contre les insuffisances, et à suivre les résultats du projet. L’indice Pro-WEAI est une adaptation de l’indice d’autonomisation des femmes dans l’agriculture (Women’s Empowerment in Agriculture Index – WEAI), initialement élaboré en 2012 par l’IFPRI, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et l’Oxford Poverty and Human Development Initiative (OPHI).

Que mesure véritablement l’indice pro-WEAI ?

L’indice Pro-WEAI comprend douze indicateurs d’autonomisation des femmes dans l’agriculture : autonomie de revenu, auto-efficacité, attitudes face aux violences conjugales, contribution aux décisions productives, propriété de terres et d’autres biens, accès au crédit et décisions concernant le crédit, contrôle de l’utilisation du revenu, répartition des travaux, visites de lieux importants, adhésion à un groupe, adhésion à des groupes influents et respects entre les membres du ménage. Ces indicateurs sont répartis en trois domaines : agencéité intrinsèque (énergie intérieure), agencéité instrumentale (énergie envers) et agencéité collective (énergie avec).

On considère qu’une personne interrogée satisfait à un indicateur particulier lorsqu’elle atteint un certain seuil. Par exemple, elle satisfait à l’indicateur « adhésion à un groupe » si elle est un membre actif d’au moins un groupe dans la communauté. Les indicateurs sont pondérés également et on considère qu’une personne interrogée est autonomisée si elle ou lui satisfait à au moins 75 pour cent des indicateurs (ou au moins neuf sur douze).

La note d’autonomisation dans les trois domaines (Three Domains of Empowerment – 3DE) est calculée à partir de ces douze indicateurs. Elle est représentative du nombre de personnes interrogées qui sont autonomisées dans les trois domaines et de l’importance de leur autonomisation. L’indice Pro-WEAI est un indice composite indiquant le niveau d’autonomisation des femmes enquêtées en tant que groupe. Pro-WEAI associe la note 3DE à l’indice de parité de genre (IPG) qui évalue le niveau d’autonomisation des femmes comparativement à celui des hommes dans leurs ménages.

Qu’est-ce qui est nouveau avec le pro-WEAI ?

Le WEAI initial est basé sur cinq domaines d’autonomisation : production, ressources, revenu, leadership et temps. Avec le pro-WEAI, nous évaluons bon nombre des mêmes domaines d’autonomisation, mais les organisons en domaines plus explicitement basés sur les documents existants sur l’autonomisation. Par exemple, pour la socio-économiste Naila Kabeer, l’autonomisation est un processus dynamique : les ressources donnent aux femmes la capacité d’agir (agencéité) ou, avec la capacité de prendre des décisions, les femmes peuvent accomplir des résultats (voir le diagramme).

L’indice Pro-WEAI inclut de nouveaux indicateurs d’autonomisation qui n’étaient pas pris en compte par l’indice WEAI, et qui évaluent des domaines tels que l’auto-efficacité, les violences domestiques, la mobilité et les relations au sein du ménage. Par ailleurs, beaucoup des indicateurs du pro-WEAI ont des seuils d’adéquation plus stricts que ceux du WEAI pour permettre aux projets de détecter des changements d’autonomisation dans le temps. Par exemple, avec le WEAI, une personne interrogée est considérée comme « en adéquation » en ce qui concerne le contrôle exercée sur l’utilisation du revenu si elle contribue aux décisions concernant au moins une source de revenu. Avec l’indice pro-WEAI, une personne interrogée est considérée comme « en adéquation » concernant cet indicateur si elle contribue aux décisions relatives au revenu de toutes les activités rémunératrices auxquelles elle participe.

L’indice Pro-WEAI est destiné à mesurer les changements dans l’autonomisation des femmes au cours d’un projet de développement agricole et il met l’accent sur des indicateurs d’autonomisation qu’un projet pourrait modifier. Par ailleurs, le pro-WEAI comporte des modules complémentaires optionnels permettant d’examiner l’autonomisation des femmes dans des projets mettant l’accent sur les réalisations liées à la nutrition, la santé et le bétail.

Et ensuite ?

L’indice Pro-WEAI a été élaboré et testé au moyen de données de référence collectées par neuf projets partenaires du GAAP2. Les projets partenaires préparent actuellement leurs enquêtes finales dans lesquelles il sera à nouveau fait appel à l’indice pro-WEAI. L’analyse des données de référence et des données finales pro-WEAI dans chacun des projets participants nous permettra d’évaluer leur impact sur l’autonomisation des femmes. Entre-temps, l’équipe d’élaboration du projet GAAP2 utilise les données, résultats et connaissances tirés des projets pilotes pour continuer de tester et d’affiner le nouvel indice.

Elena Martinez est analyste de recherche au Programme de recherche du CGIAR sur l’agriculture pour la nutrition et la santé  (A4NH), dirigé par l’IFPRI.

Greg Seymour est chercheur associé à la Division environnement et technologie de production de l’IFPRI. Ses travaux sont axés sur l’élaboration et les tests de validité de divers indicateurs de l’autonomisation des femmes, les dimensions de genre de l’adoption des technologies, la productivité agricole, l’utilisation du temps et le bien-être subjectif.

Hazel Malapit est coordonnatrice principale de recherche à la Division pauvreté, santé et nutrition de l’IFPRI, et co-chercheuse principale pour le projet GAAP2.
Contact : h.malapit@cgiar.org

La version originale de cet article a été publiée sur le site GAAP2.
 

Références