Le renforcement des capacités est indispensable pour libérer le potentiel de l’irrigation à énergie solaire.
Photo: GIZ/ Jörg Böthling

Développement des capacités pour l’irrigation à énergie solaire

L’irrigation à énergie solaire est une technologie qui promet une augmentation de la production sans émission de gaz à effet de serre. Toutefois, les connaissances techniques et la sensibilisation à la technologie font encore défaut dans de nombreux pays. C’est là que « la boîte à outils pour les systèmes d’irrigation à énergie solaire » entre en scène. Non seulement elle prépare la voie à l’application d’une technologie respectueuse du climat, mais elle peut également favoriser l’autonomisation des femmes.

Bien utilisés, les systèmes d’irrigation à énergie solaire peuvent entraîner une augmentation de la productivité agricole. Ce constat est très prometteur pour la sécurité alimentaire. Par exemple, en Afrique sub-saharienne, seulement six pour cent des terres agricoles sont actuellement irriguées, ce qui peut donner lieu à d’importantes pertes de récoltes en périodes de sécheresse. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que l’irrigation peut potentiellement augmenter de 100 à 400 pour cent les récoltes de certaines cultures importantes sur le continent.

Mais pour réaliser ce potentiel, il ne suffit pas d’installer une pompe solaire, il faut aussi de l’expertise dans la conception du système, son installation et son entretien, ainsi que des connaissances sur la bonne utilisation de l’eau, la gestion durable des ressources en eau et la gestion des intrants. « Nous devons sensibiliser les agriculteurs à l’utilisation judicieuse de l’eau dans le but d’améliorer la productivité et de réduire les coûts des intrants. Ce n’est qu’alors que l’irrigation à énergie solaire permettra de produire des aliments appropriés et nutritifs à des prix abordables, » déclare Jacinta Gatwiri.

Cette dernière est une spécialiste en énergies renouvelables de Women in Sustainable Energy and Entrepreneurship (WISEe), une coopérative d’énergie durable du Kenya, qui encourage les femmes à installer des systèmes d’énergie solaire et à créer des entreprises dans le pays entier, grâce au renforcement des capacités et au réseautage. Elle est également une des cinq spécialistes femmes ayant suivi une formation dans le contexte du projet « Énergie durable pour l’alimentation – Propulser l’agriculture » géré par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ). Ce projet suit une approche de renforcement des capacités visant à promouvoir et ancrer le principe de l’irrigation à énergie solaire.  

Ouvrir la voie aux pratiques d’irrigation durable

Malgré des coûts d’investissement initiaux relativement élevés, l’utilisation de pompes solaires est pratiquement gratuite. C’est pourquoi le pompage solaire est souvent perçu comme une méthode d’irrigation entraînant des prélèvements d’eau excessifs, d’où la nécessité de gérer durablement l’eau utilisée à des fins agricoles. Les ressources en eau, notamment en eaux souterraines, sont menacées lorsqu’elles sont prélevées plus vite qu’elles ne peuvent être reconstituées, ce qui entraîne alors des problèmes de rareté de l’eau, de salinisation irréversible, de perte d’écosystèmes et de zones humides, d’affaissement de terrains et de conflits sociaux liés à l’utilisation de l’eau.

Il est toutefois possible d’éviter l’épuisement des eaux souterraines en adoptant de bonnes pratiques agricoles et de gestion de l’eau. Consciente du problème, Jacinta Gatwiri propose au gouvernement de jouer un rôle central en lui demandant de contrôler et réduire les prélèvements excessifs d’eau (souterraine ou de surface) afin de veiller à ce que les pratiques d’irrigation soient durables. Notamment dans les régions ayant peu d’expérience en matière d’irrigation, il est crucial de former les agriculteurs à gérer l’eau de manière simple et efficace, par exemple en collectant l’eau de pluie, en appliquant des techniques d’irrigation et des pratiques agronomiques efficaces.

Par ailleurs, la viabilité économique d’un tel investissement dépend souvent de la vision à long terme qu’a un agriculteur de son exploitation, et des informations dont il dispose sur les possibilités de financement. Malgré un choix croissant de solutions innovantes et abordables, par exemple les modèles de paiement à l’usage,  les pompes solaires sont encore mal acceptées, notamment par les petits exploitants agricoles.  Ces derniers ont rarement accès au financement nécessaire pour couvrir le coût élevé de l’achat d’une pompe.

Il faut accroître les efforts visant à aider les agriculteurs à planifier l’aspect économique de leurs activités et à acquérir des connaissances financières, tout en établissant un dialogue direct avec les institutions financières et le secteur privé pour élaborer des produits financiers mieux adaptés aux agriculteurs.   

Les systèmes d’irrigation à énergie solaire ont un grand potentiel, mais pour exploiter ce potentiel, il faut renforcer les capacités – des compétences techniques des électriciens et des techniciens à la connaissance de la gestion adaptative de l’eau par les agriculteurs – en tenant compte de la nature intersectorielle des systèmes.  

La boîte à outils SPIS

La boîte à outils sur les systèmes d’irrigation à énergie solaire (Solar Powered Irrigation Systems – SPIS), élaborée par la GIZ et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO),  constitue une première étape avant l’offre d’une formation exhaustive. Elle offre des manuels et des outils permettant de guider les conseillers appelés à aborder certaines questions cruciales d’économie, de conception, d’installation et de gestion de l’irrigation.

La boîte à outils est utilisée depuis 2015 dans le cadre du projet « Propulser l’agriculture ». En quatre ans, elle est passée de simple outil Excel à une expérience exhaustive d’apprentissage disponible en anglais, en français et en espagnol. Elle comprend des modules de formation éprouvés, un cours de formation en ligne (e-learning), des vidéos d’instruction en ligne et une équipe de formateurs ayant eux-mêmes suivi une formation auprès de l’équipe « Propulser l’agriculture ». Ainsi, la boîte à outils offre différentes formes d’apprentissage. La salle de cours virtuelle offre toute la souplesse nécessaire à différents styles d’apprentissage, alors que les ateliers en tête-à-tête permettent une application pratique des connaissances grâce à des visites sur le terrain et les marchés, où les instituts de recherche et le secteur privé peuvent présenter leurs technologies.

Dès le début, l’idée n’était pas d’assurer des formations au cas par cas, mais de les inscrire dans le cadre d’un projet ou de programmes plus larges. La FAO s’est jointe à la GIZ pour élaborer des modules de la boîte à outils liés à l’irrigation en tirant parti de ses projets dans le monde entier. Des ateliers de formation ont été organisés en coopération avec d’autres projets et partenaires de la GIZ s’adressant à des groupes cibles spécifiques tels que les décideurs, les entrepreneurs et les agents de vulgarisation. Par ailleurs, la boîte à outils est aujourd’hui intégrée aux programmes de formation de plusieurs organisations, notamment au programme de master « Land and Water Resource Management: Irrigated Agriculture » de l’Institut agronomique européen de Bari, Italie, et au programme Solar Water Pumping Training de l’université Strathmore, au Kenya.

Un catalyseur du changement

Comme la boîte à outils suscitait de plus en plus d’intérêt, il est devenu évident qu’il fallait mettre en place un réseau plus systématique et durable de formateurs.  La première étape a consisté à collaborer avec l’initiative Women in Sustainable Energy and Entrepreneurship (WISEe), au Kenya.

Comme dans tant d’autres pays, l’adoption des énergies renouvelables au Kenya est freinée par l’inadéquation du soutien technique accordé aux ménages ruraux qui, pour la plupart, ne sont pas desservis par le réseau national.  Dans de tels cas, les solutions solaires hors réseau peuvent offrir de réelles possibilités, mais les quelques professionnels qualifiés en matière de panneaux solaires se trouvent dans les grands centres urbains où il est plus facile de faire des affaires.

De fait, les données de la commission de réglementation de l’énergie (Energy Regulatory Commission – ERC) montrent qu’en 2018, plus de 65 pour cent des 356 techniciens inscrits étaient installés à Nairobi et dans ses environs, et que seulement une poignée sont des femmes. C’est pour remédier à cette situation que WISEe a été créée. Elle forme des femmes aux connaissances de base de la technologie photovoltaïque, leur permettant ainsi de former elles-mêmes d’autres femmes, d’acquérir des compétences entrepreneuriales leur donnant la possibilité de créer leurs propres entreprises et de défendre les technologies solaires.

Le renforcement des capacités est essentiel car c’est lui qui permettra aux informations concernant l’irrigation à énergie solaire de faire leur chemin jusqu’aux praticiens et aux utilisateurs au lieu de rester dans le domaine des fabricants d’équipements, des fournisseurs et des experts.

Jacinta Gatwiri

Comme telle, WISEe était un partenaire évident avec lequel mettre en place une équipe de formateurs au Kenya et dans la grande région est-africaine. Après un atelier de formation des formateurs (FdF) de cinq jours, cinq femmes, dont Jacinta Gatwiri, ont été invitées à participer à des ateliers de formation SPIS – et même à les diriger. Trois ateliers FdF ont été organisés par l’équipe « Propulser l’agriculture », en anglais et en français, afin de pénétrer des régions de langues différentes. À ce jour, 29 formateurs ont obtenu leur qualification. D’une part, les ateliers FdF améliorent l’adaptabilité des activités grâce à ces formateurs, et d’autre part, ils bénéficient de leur connaissance des questions et des marchés locaux.

Les formateurs WISEe peuvent désormais mettre leurs compétences nouvellement acquises au service d’organisations intéressées, et il est ainsi bien plus probable que les formations continueront à la fin du projet « Propulser l’agriculture » et contribueront par conséquent à la durabilité de la boîte à outils.  Le fait que WISEe soit conceptualisée et gérée par des femmes pour autonomiser d’autres femmes dans un secteur majoritairement masculin en fait un catalyseur du changement.

Jacinta Gatwiri et ses collègues ont à ce jour dirigé de multiples formations sur l’irrigation à énergie solaire au Kenya et dans d’autres pays, pour la GIZ et pour la FAO. « Cela a été une bonne expérience, car les stagiaires étaient vraiment intéressés à acquérir les connaissances et nous ont paru enthousiastes à l’idée de les mettre en pratique, » déclare Jacinta Gatwiri. » Tameezan wa Gathui, présidente de la WISEe, acquiesce. « J’ai aimé la souplesse des méthodes d’enseignement en fonction des antécédents des stagiaires, et le fait qu’ils aient eu, eux-mêmes, la possibilité de suggérer des modifications en fonction des besoins locaux, compte tenu de leurs expériences sur le terrain, » remarque-t-elle.

Le renforcement des capacités au niveau local peut améliorer la collaboration et le réseautage entre les personnes qui suivent la formation. Espérons que les formations contribueront également à promouvoir la vision plus large de WISEe : faire en sorte qu’un plus grand nombre de femmes travaillent dans le secteur solaire.

Lucie Pia Pluschke est directrice de la plate-forme est-africaine du projet de la GIZ « Propulser l’agriculture » ; elle est basée à Nairobi, Kenya.
Janna Schneider travaille pour le projet « Propulser l’agriculture » en tant que conseillère junior.
Maria Weitz est économiste agricole et travaille comme directrice du projet « Propulser l’agriculture » basé à Bonn, Allemagne, et Nairobi, Kenya.

Contact : maria.weitz@giz.de

References:

The SPIS Toolbox can be accessed online and free of charge: https://energypedia.info/wiki/Toolbox_on_SPIS

The SPIS Trainer Community gives you access to a database of trainers, training materials, an events calendar as well as a trainers’ forum for discussion: https://tcsi.energypedia.info/

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