Formation sur des potagers urbains et les meilleures pratiques agronomiques au Soudan du Sud.
Photo : © FAO / JC McIlwaine / UNMISS

Des potagers urbains pour combattre la faim

Le Soudan du Sud est en proie, depuis plusieurs années, à une grave crise humanitaire provoquée par une violente guerre civile. Avec le soutien de la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a lancé un projet d’agriculture urbaine en 2015. Environ 6 500 familles ont bénéficié de ce projet.

Indépendant depuis 2011, le Soudan du Sud a plongé, en décembre 2013, dans une guerre civile faisant des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés. Djouba a vu sa population exploser. Dans ce gros bourg semi-rural qui s’est transformé en une ville de quelque 900 000 habitants, les déplacés internes n’ont plus accès à leurs champs et ne peuvent s’offrir de légumes sur le marché. Le prix des aliments a flambé, en raison notamment de fluctuations monétaires aggravées par un taux d’inflation élevé. Les familles manquent de tout. Le gouvernement a officiellement déclaré, en février 2017, une situation de famine dans certaines zones du pays.

Améliorer les moyens d’existence

Pour combattre la faim et accroître la résilience des populations face à la crise, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), avec le soutien de la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC), a lancé en 2015 un projet d’agriculture urbaine à Djouba et dans ses environs. Les gens ont appris à cultiver des légumes pour améliorer les moyens d’existence de leurs familles. Ils vendaient sur les marchés locaux la part de leur récolte dont ils n’avaient pas besoin pour eux-mêmes. Avec l’argent ainsi gagné, ils pouvaient acheter des aliments de base tels que le sorgho.

Quelque 6 500 familles ont bénéficié du projet, qui s’est achevé à la fin de 2018. Pour produire des légumes, des fruits et du miel, elles ont reçu un assortiment de semences potagères indigènes, différents outils (arrosoirs, sceaux, pelles, râteaux) ainsi qu’un équipement apicole comprenant des ruches modernes, des pots et des enfumoirs. Des cours sur les diverses technologies permettant d’accroître la production et de gérer efficacement les ressources en eau leur ont été dispensés.

Créer des emplois et de nouveaux circuits de vente

Pour relancer la production alimentaire et développer les perspectives, de petites entreprises urbaines ont également été créées. Deux cents femmes et jeunes producteurs y ont appris à transformer et commercialiser les aliments. Le marketing et l’élaboration de plans d’affaires ont notamment fait partie de leur formation préalable, de même que les aspects de l’emballage et de la conservation.

Les employés travaillent avec des séchoirs et des réfrigérateurs solaires. Ils ont, par ailleurs, participé à des ateliers autour du poisson pour saisir l’importance nutritive et économique de cet aliment. Reconnaissance des différentes espèces, méthodes de séchage et types de fumage étaient également au menu. Pour vendre les produits, des accords seront conclus avec des supermarchés et des hôtels.

Impact du conflit persistant
Quelque 7,1 millions de personnes au Soudan du Sud ont besoin d’une aide alimentaire et agricole d’urgence, selon les organisations onusiennes. D’après les estimations, 1,1 million d'enfants âgés de moins de cinq ans sont menacés de malnutrition aiguë et plus de 260 000 connaissent déjà la malnutrition sévère. Les conflits incessants ont gravement mis à mal la production agricole. De surcroît, l’inflation galopante et l’effondrement des marchés ont affecté les régions qui dépendaient de ces derniers pour satisfaire leurs besoins alimentaires. L’accès limité aux services de santé et la faible couverture des installations sanitaires ont aggravé la situation. Sans compter les déplacements de population : le pays dénombre 1,84 million de déplacés internes, alors que 2,5 millions de personnes ont trouvé refuge dans les pays voisins (Éthiopie, Kenya, Ouganda, Soudan, République démocratique du Congo, République centrafricaine).

Auteur : Zélie Schaller

Cet article est une version abrégée de l’article « Des potagers urbains pour combattre la faim » de Zélie Schaller, qui a été publié dans la revue « Un seul monde » de la Direction du développement et de la coopération (DDC).