Ce sont les chercheurs qui le disent : adopter une alimentation saine, ce n’est pas seulement doubler sa consommation de fruits, de légumes, de légumineuses et de fruits à coque.
Photo: ©Alex Webb/Magnum Photos for FAO

Une alimentation saine pour 10 milliards de personnes d’ici à 2050

Selon la Commission EAT-Lancet, qui a déterminé des objectifs scientifiques mondiaux pour une alimentation saine et une production alimentaire durable, dans le but de fixer des objectifs scientifiques universels pour un système alimentaire s’appliquant à la planète et tous ses habitants, il est urgent de transformer de manière radicale le système alimentaire mondial.

Dans son rapport intitulé « Food in the Anthropocene: The EAT-Lancet Commission on Healthy Diets from Sustainable Food Systems », publié en janvier 2019, la Commission EAT-Lancet déclare que « l’alimentation sera une question déterminante du 21ème siècle et que la libération de son potentiel servira de catalyseur à la réalisation des ODD et de l’Accord de Paris.

Un lien étroit entre santé humaine et durabilité environnementale

La Commission présente un cadre mondial intégré et définit des objectifs scientifiques quantitatifs pour une alimentation saine et une production alimentaire durable. Elle soutient qu’offrir une alimentation saine à dix milliards de personnes dans les limites de ce que la planète peut assurer en matière de production alimentaire d’ici à 2050 est à la fois possible et nécessaire.
 
Les chercheurs font remarquer qu’on dispose de nombreuses preuves scientifiques montrant que l’alimentation est liée à la santé humaine et à la durabilité environnementale. Parallèlement, ils font valoir que l’absence d’objectifs scientifiques convenus au niveau mondial pour une alimentation saine et une production alimentaire durable a freiné les efforts de coordination à grande échelle visant à transformer le système alimentaire mondial.
 
La Commission recommande une alimentation riche en produits d’origine végétale et moins riche en produits d’origine animale. Les chercheurs soutiennent qu’une telle alimentation améliore la santé et présente des avantages pour l’environnement.

Des régimes de santé planétaire pour près de 10 milliards de personnes d’ici à 2050

La Commission se donne pour objectif « de faire adopter des régimes de santé planétaire à près de 10 milliards de personnes d’ici à 2050 », l’expression « santé planétaire » signifiant « santé de la civilisation humaine et état des systèmes naturels dont elle dépend ». Les membres de la Commission ont identifié deux moyens d’atteindre cet objectif : premièrement, une alimentation saine et deuxièmement, une production alimentaire durable.

Selon la Commission, le passage à une alimentation saine d’ici à 2050 nécessitera d’importants changements d’habitudes alimentaires. Il faudra notamment plus que doubler la consommation d’aliments sains tels que les fruits, les légumes, les légumineuses et les fruits à coque, et réduire de plus de 50 pour cent la consommation mondiale d’aliments moins sains tels que les sucres ajoutés et les viandes rouges. Comme à l’échelle mondiale certaines populations dépendent de moyens d’existence agropastoraux, le rôle des aliments de source animale doit être soigneusement pris en compte dans chaque contexte individuel. 

En ce qui concerne la production alimentaire durable, la Commission met l’accent sur six principaux systèmes et processus concernés par la production alimentaire et pour lesquels les éléments scientifiques disponibles permettent de fixer des objectifs quantifiables : changement climatique, changement du système foncier, utilisation de l’eau douce, cycle de l’azote, cycle du phosphore et perte de biodiversité. Pour chacun deux, la Commission propose des limites dans lesquelles la production alimentaire mondiale doit rester pour réduire le risque de modification irréversible et potentiellement catastrophique du système terrestre. 

Stratégies pour une « grande transformation alimentaire »

Pour atteindre les deux objectifs susmentionnés puis, enfin, l’objectif suprême, la Commission recommande l’application de cinq stratégies pour une « grande transformation alimentaire » : 

Stratégie 1 : chercher à ce qu’au niveau international et national on s’engage à passer à une alimentation saine ;

Stratégie 2 :  réorienter les priorités agricoles et passer de la production alimentaire en grandes quantités à la production d’aliments sains ; 

Stratégie 3 : intensifier durablement la production alimentaire pour obtenir une production de haute qualité ;

Stratégie 4 : gouvernance rigoureuse et coordonnée des terres et des océans ; 

Stratégie 5 : diminuer au moins de moitié les pertes et les gaspillages alimentaires, conformément aux objectifs de développement durable des Nations unies. 

(ile)

Plus d’informations (en anglais) : eatforum.org/eat-lancet-commission/