Les participants au stage de formation se familiarisent avec les perches élagueuses. La formation doit porter sur la manipulation et l’entretien des machines, ainsi que sur la taille des cacaoyers.
Photo: J. Soth

Des perches élagueuses pour résoudre le problème d’entretien des cacaoyers

Une simple perche élagueuse pourrait aider les petits exploitants ouest-africains à entretenir leurs plantations de cacaoyers et améliorer les rendements. Toutefois, un projet pilote a montré que pour qu’une innovation porte ses fruits de manière durable et dès le départ, l’éducation et la formation sont tout aussi importants que la recherche du bon modèle de mise en œuvre.

Dans le monde entier, les pays producteurs de cacao sont confrontés aux mêmes problèmes : une population rurale vieillissante entretient des plantations de cacaoyers vieillissantes. La productivité est faible et les producteurs ont difficilement l’occasion de sortir de la pauvreté. Les facteurs contribuant à cette faible productivité sont les suivants : peu ou pas d’investissements dans les intrants, aucune replantation et mauvais entretien des plantations. Lorsque le niveau de rendement de la plantation est faible, il est très difficile de convaincre les cultivateurs de se relancer dans la culture du cacaoyer. Compte tenu de ces problèmes, les acteurs d’un projet de production de cacao biologique au Ghana ont décidé de passer directement à l’action. Le secrétariat d’État suisse à l’Économie (SECO) a encouragé les parties prenantes à chercher des solutions créatives pour lutter contre le problème particulièrement difficile à résoudre des plantations négligées et a soutenu financièrement l’innovation identifiée.

Dans les plantations négligées, les arbres ont fréquemment dépassé les 6 mètres de hauteur alors qu’une hauteur de 2,5 à 3 mètres est considérée comme raisonnable pour une plantation bien entretenue, facile à gérer et à exploiter. Dans une plantation négligée, le couvert se résume à un enchevêtrement de branches de cacaoyers et de plantes épiphytes telles que le gui. La lumière, l’air et le soleil ayant du mal à passer, des maladies fongiques se développement fréquemment. Il n’est pas surprenant que dans de telles plantations les rendements soient désespérément bas. Dans l’Est du Ghana, on fait état de rendements de 250 à 400 kg de fèves de cacao séchées à l’hectare, alors que le rendement potentiel d’une plantation de cacaoyers bien gérée peut atteindre une tonne, voire plus.

La perche élagueuse : facile à manipuler et respectueuse de l’environnement

Il existe des outils manuels d’élagage et de taille dont l’utilisation est enseignée par plusieurs organisations de recherche et de vulgarisation sur le cacaoyer dans toute l’Afrique occidentale. Néanmoins, la taille systématique des arbres par les agriculteurs est très peu pratiquée. Il est fastidieux de travailler avec un outil manuel et à la fin d’une dure journée de taille et d’élagage, il est frustrant de voir à quel point on a peu progressé. L’innovation du projet mentionné consiste à lancer une expérience faisant appel à des outils d’élagage mécanisés.  La société allemande Stihl, bien connue pour la qualité de ses outils de sylviculture et de jardinage, a mis au point de petites tronçonneuses robustes (la lame ne fait que 30 cm de longueur) montées sur une perche de 3,5 mètres. Initialement mises au point pour les travaux sylvicoles, ces perches élagueuses sont légères et faciles à manipuler dans les denses plantations de cacaoyers. Contrairement aux outils manuels, elles permettent de couper rapidement des branches de différentes tailles et d’éliminer d’importantes quantités de biomasse épiphyte, même lorsque l’accès est difficile. Le fait de ne rien avoir à escalader améliore l’efficacité et la sécurité de l’opération. Mais comme avec de nombreuses innovations en matière de mécanisation, les perches élagueuses ne sont elles-mêmes qu’un élément d’un cadre socio-économique et institutionnel complexe. Les acteurs du projet ont eu conscience du rôle essentiel de l’éducation et la formation dès le début. C’est pourquoi bon nombre d’entre eux ont uni leurs forces pour organiser un stage de formation s’adressant à 14 participants d’organisations d’agriculteurs, de Yayra Glover Ltd (la société mettant en œuvre le projet de cacao biologique dont il est question) et du service gouvernemental de vulgarisation cacaoyère. Le stage devait résoudre le problème consistant à équilibrer le gain d’expérience avec les machines, la connaissance approfondie de la taille du cacaoyer et l’entretien des machines. Quatre jours ont été estimés nécessaires pour enseigner ces éléments pratiques et théoriques afin de préparer les participants à leur première saison de taille mécanique sur le terrain.

Soixante exploitations du projet de production de cacao biologique Yayra Glover ont été sélectionnées parmi un nombre bien plus élevé de producteurs souhaitant participer au projet pilote de taille après la récolte 2013/2014. Les petits producteurs ont bien conscience que la gestion de leur plantation est loin d’être optimale et ils apprécient toute l’aide qu’ils peuvent recevoir de partenaires connus et fiables.

Comme le cacaoyer a besoin de plus d’une période de végétation pour se remettre d’une taille radicale, la moitié seulement de la superficie de chacune des exploitations participantes a été taillée, l’autre moitié étant laissée en l’état. Il y avait à cela deux raisons. Tout d’abord, les agriculteurs devaient garder la possibilité de tirer un revenu de la superficie non taillée pendant la saison consécutive à la taille. Ensuite, il leur était ainsi plus facile de comparer les résultats de la taille dans l’exploitation même. Les résultats complets relativement à la réduction de l’infestation fongique et aux gains de productivité ne seront quantifiables qu’après la récolte 2015/2016 (le rapport d’évaluation du projet financé par le SECO assurera la compilation de ces résultats), mais les exploitants participants ainsi que de nombreux autres exploitants du projet demandent à bénéficier de la solution offerte par la taille mécanisée. Ils connaissent suffisamment  bien leurs plantations pour avoir conscience des résultats à long terme, même si le bilan détaillé du projet pilote n’est pas encore disponible.

Le projet pilote a été une vraie réussite du point de vue de l’efficacité des machines comparativement à celle des instruments manuels. En 20 jours de travail, trois équipes de deux personnes formées au maniement des machines se sont relayées et ont réussi à tailler le nombre impressionnant de 23 000 cacaoyers, soit une moyenne de 45 à 65 arbres à l’heure par équipe. Bien entendu, l’état d’abandon des plantations varie considérablement, ce qui limite la transférabilité de ces chiffres moyens. On peut néanmoins conclure que, comparativement aux outils manuels, les perches d’élagage sont environ dix fois plus efficaces pour la taille des arbres. Par ailleurs, le projet pilote a mis en évidence tout l’intérêt d’une formation bien pensée. Pendant toute la durée de la phase pilote, et malgré l’usage intensif des machines, ces dernières n’ont connu aucun problème mécanique autre que l’usure normale des chaînes et des guide-chaîne.

Modèles de mise en œuvre

Sur la base des résultats de ce projet-pilote, les partenaires ont élaboré trois modèles différents de la façon de mettre en œuvre la taille mécanisée à plus grande échelle dans de petites plantations de cacaoyers en Afrique occidentale. Alors que l’achat d’une machine pour une plantation moyenne d’un hectare correspondrait à une sur-mécanisation considérable et ne serait absolument pas à la portée des petits exploitants, les modèles suivants ont été élaborés en tenant compte des contextes sociaux et organisationnels dans lesquels une telle mécanisation pourrait fonctionner.

Groupement d’agriculteurs. Une association d’agriculteurs achète collectivement une machine. Plusieurs personnes du groupe suivent une formation au maniement et à l’entretien de la machine, ainsi qu’à la taille des arbres. Ce modèle nécessite toutefois que le groupement d’agriculteurs soit stable et bien organisé.

Centre de services rural. Création de petites entreprises susceptibles d’offrir un service payant de taille des arbres aux petits exploitants agricoles des environs. L’aspect intéressant de cette formule réside dans le fait qu’une telle mini-entreprise pourrait ne pas limiter ses services à la taille des arbres. On pourrait imaginer qu’elle assure également la préparation et le déblayage du sol pour les nouvelles plantations, la vente de plants de cacaoyers ou la prestation de services de protection des végétaux. Comme pendant la période de végétation les phases idéales pour la taille des arbres sont limitées dans le temps, ce plus large éventail de services pourrait être très approprié. Ce modèle nécessite une bonne connaissance agronomique des plantations de cacaoyers pour définir des gammes de prix adaptées aux divers services acceptés et adoptés par les exploitants agricoles.

Service offert par la société d’achat agréée. La société autorisée à acheter du cacao dans une région pourrait également disposer d’équipes spécialement formées allant de village en village effectuer la taille des arbres sous forme de service à « ses » producteurs de cacao. De fait, les sociétés cherchent à offrir de tels avantages supplémentaires pour fidéliser les producteurs. Ce modèle présente toutefois un risque : les producteurs pourraient vendre à d’autres sociétés d’achat et l’investissement effectué dans les équipes de taille serait perdu. C’est ce modèle qu’applique actuellement la Yayra Glover Ltd. Cette société ayant, depuis des années, établi une relation de confiance avec les producteurs, elle peut offrir ce service sans craindre qu’ils vendent à quelqu’un d’autre.

Indépendamment des avantages et des inconvénients de ces différents modèles, le projet-pilote a également mis en évidence une autre opportunité non négligeable pour une telle approche de mécanisation : l’idée d’une plantation professionnelle ou d’un service de taille des arbres offre une nouvelle image pouvant encourager les jeunes à travailler dans le secteur du cacao. Dans de nombreuses zones rurales, la tentation des jeunes à migrer dans les villes est grande, même si les perspectives d’emploi y sont plutôt sombres. Le concept d’une nouvelle profession présentant non seulement un intérêt économique mais également localement appréciée sera un élément particulièrement bienvenu pour la cohésion sociale des zones rurales de la « ceinture du cacao » en Afrique occidentale.


Jens Soth
Agronome et ingénieur environnementaliste
HELVETAS Swiss Intercooperation
Zurich, Suisse
jens.soth@helvetas.org