Un village du Sahel – près de Tombouctou, en bordure de la Grande muraille verte.
Photo: ©FAO

Avantages économiques de la Grande muraille verte

L’importance des avantages économiques de l’initiative « Grande muraille verte » dépend de plusieurs facteurs. La reforestation est le plus rentable, mais seulement à long terme, alors que la conversion de sols dégradés en terres agricoles est rapidement payante.

Selon une étude réalisée par l’université de Bonn et l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) et publiée en novembre 2021, la Grande muraille verte africaine ne contribue pas seulement à lutter contre le changement climatique et à renforcer la sécurité alimentaire, elle joue également un rôle économique – même si tout le Sahel n’en profite pas. L’étude montre également à quel point de violents conflits menacent la réussite du programme.

En Afrique, le Sahel borde le sud du Sahara, du Sénégal, à l’ouest, à l’Éthiopie, à l’est. De vastes parties de cette région autrefois fertile sont aujourd’hui pratiquement incultes. Il y a à cela plusieurs raisons : la sécheresse, de mauvaises pratiques agricoles, ainsi que la surexploitation due à l’accroissement de la demande de produits alimentaires et de bois de chauffage. 

La Grande muraille verte vise à compenser et inverser ces pertes grâce à la plantation massive d’arbres et de graminées autochtones. 100 millions d’hectares de terre doivent ainsi être restaurés. Mais à ce jour, cet objectif ambitieux est très loin d’être atteint – en partie par manque de moyens financiers. Cela pourrait toutefois changer : en début d’année, à l’occasion du sommet Une planète pour la biodiversité (One Planet Summit for Biodiversity), divers pays donateurs se sont engagés à verser près de 15 milliards USD pour financer le projet. 

Les retombées économiques dépendent d’un certain nombre de facteurs 


Dans leur étude, les chercheurs ont divisé le Sahel en 40 millions de parcelles de 25 hectares. Pour chacune d’elles, ils ont cherché à déterminer quelles mesures de restauration des terres seraient possibles, ainsi que leur coût. Ils ont comparé le résultat de leurs calculs aux avantages économiques que l’initiative pourrait offrir.
Il en ressort que la mise en place de la Muraille verte présente également un intérêt économique. Mais dans quelle mesure ? Cela dépend d’un certain nombre de facteurs. De manière générale, la reforestation serait la solution la plus avantageuse, économiquement et écologiquement. Mais il faut des décennies pour que quelques centaines de jeunes plants se transforment en forêt. L’investissement ne porte alors ses fruits qu’à très long terme. 

La situation est différente lorsque les zones dégradées sont converties en terres agricoles, auquel cas la première récolte est possible au bout d’un an. La restauration des terres agricoles peut ainsi être rentable dans un délai relativement court, sachant par ailleurs que de nombreux petits agriculteurs préfèrent que leurs activités de restauration aient des retombées rapides. Cependant, les profits sont considérablement moindres, comme le sont les effets sur l’environnement. 

Dans leur analyse, les chercheurs utilisent différents scénarios. Certains sont plus axés sur les avantages à court terme, d’autres sur les avantages à long terme. Ce qu’on appelle le scénario de référence, par exemple, s’appuie sur un mélange de retombées à court terme et à long terme. Selon lui, pour chaque dollar dépensé, le rapport moyen net est de 20 cents. 

Les conflits violents empêchent une évolution positive 


On constate toutefois d’énormes fluctuations régionales à ce sujet. C’est dans certaines parties du Nigeria, de l’Érythrée et de l’Éthiopie que le bilan économique est le plus positif. C’est là que l’investissement dans la Muraille verte est le plus intéressant. Pour financer toutes les mesures proposées dans ce scénario, il faudrait investir 44 milliards USD. Cela permettrait de restaurer 28 millions d’hectares de terres.

L’étude montre toutefois que cela ne fonctionnera probablement qu’en théorie. En effet, compte tenu des conflits violents dont elles sont le cadre, de nombreuses régions où il serait intéressant de construire la Muraille verte sont tout simplement trop dangereuses pour la mise en place de telles mesures. Si on fait abstraction de ces régions, il ne reste plus que 14 millions d’hectares à restaurer. « Cela montre à quel point ces conflits, en plus d’être la cause directe de souffrances humaines, empêchent également une évolution positive de la situation dans les régions touchées, » déclare Alisher Mirzabaev, du Centre de recherche pour le développement (ZEF) à l’université de Bonn.

(University of Bonn/ile)

Pour en savoir plus (en anglais, University of Bonn website)   

Publication : A. Mirzabaev, M. Sacande, F. Motlagh, A. Shyrokaya et A. Martucci: Economic efficiency and targeting of the African Great Green Wall; Nature Sustainability; DOI: 10.1038/s41893-021-00801-8

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