[Le graphique montre le nombre de politiques agroenvironnementales nationales dans chaque pays.
Photo : © Chart : Wuepper et al., « Nature Food », 2024

Aperçu des politiques agroenvironnementales nationales

Aucune analyse ne peut être réalisée en l’absence de données. C’est dans cet esprit que des chercheurs de l’université de Bonn en Allemagne et de l’École polytechnique fédérale (ETH) suisse de Zurich ont publié une base de données contenant plus de 6 000 politiques agroenvironnementales, qui permet à leurs pairs ainsi qu’aux responsables politiques et aux entreprises de chercher des réponses à toutes sortes de questions.

Même si elle est essentielle à notre survie et à notre bien-être, l’agriculture est également responsable d’une quantité significative d’émissions de gaz à effet de serre, de perte de biodiversité et de dégradation des sols. Les pays s’efforcent donc d’adopter toutes sortes de politiques destinées à rendre l’agriculture durable, qu’il s’agisse de réglementations, du paiement de services agroenvironnementaux, etc. Chaque année, de nouvelles lois et de nouveaux programmes sont introduits par les pays tandis que d’autres sont abolis, ce qui rend le suivi de ces développements particulièrement complexe.

Le problème concerne autant les chercheurs que les décideurs politiques, qui, en l’absence de données, ne peuvent pas effectuer de comparaisons. Comment pourraient-ils déterminer quelles mesures fonctionnent et dans quelles circonstances ? Avec des collègues de l’ETH Zurich, le professeur David Wuepper de l’Institut d’économie de l’alimentation et des ressources de l’université de Bonn a créé une grande base de données facile à consulter, qui contient 6 124 politiques adoptées entre 1960 et 2022 par plus de 200 pays.

Les chercheurs ont utilisé deux exemples pour montrer l’usage qui peut être fait de cette base de données : en quoi le développement économique d’un pays est lié à l’adoption de politiques agroenvironnementales et l’impact que ces politiques ont sur l’érosion des sols. Leur étude vient d’être publiée dans « Nature Food ».

Pour ses travaux, l’équipe a choisi des mesures satisfaisant à certains critères. « Pour commencer, la mesure doit être liée, d’une manière ou d’une autre, à l’agriculture, par exemple à l’utilisation des terres, aux engrais azotés ou aux pesticides. La conservation des forêts est également incluse, car elle est liée à l’agriculture dans de nombreux pays », explique David Wuepper, qui est également membre du PhenoRob Cluster of Excellence de l’université de Bonn.

Les mesures doivent également avoir une portée nationale, ce qui signifie, par exemple, qu’elles ne peuvent pas être trop axées sur le niveau local. De nouveaux domaines thématiques peuvent être ajoutés à la base de données à tout moment. « Nous lui avons volontairement donné une structure modulaire pour pouvoir continuer à la développer. »

Nouvelles données au secours d’une ancienne question
 

David Wuepper et ses co-auteurs ont rapidement utilisé leur base de données pour jeter un nouveau regard sur un problème ancien mais toujours sujet à débat : quel est le lien entre le développement économique d’un pays et l’adoption par ce dernier de politiques agroenvironnementales ? « On pourrait s’attendre à ce que les pays à revenu plus élevé adoptent davantage de mesures écologiques sachant que l’environnement devient de plus en plus important en termes relatifs sur le plan politique », explique David Wuepper.

Grâce à cette base de données, il a pu confirmer que c’est bien le cas. « Nous avons montré que les pays plus riches introduisent globalement davantage de mesures ». Il existe toutefois des exceptions qui confirment la règle. « Cette tendance ne s’applique pas partout. Les pays du Moyen-Orient, par exemple, ont relativement peu de politiques agroenvironnementales par rapport à leur niveau de revenu. Cela montre que les pays doivent faire preuve d’une réelle volonté pour mettre en œuvre des politiques durables et que cela ne se fait pas tout seul. »

Ce à quoi ces politiques permettent d’aboutir est un tout autre problème. « Mais c’est quelque chose qui pourrait et devrait faire l’objet d’études, à l’aide de la base de données », note David Wuepper. Une première analyse de ce genre figure d’ailleurs dans l’article publié.


 

La base de données a permis à David Wuepper de répondre à une question qui lui trottait dans la tête depuis quelque temps déjà : dans un précédent projet de recherche mené par l’ETH Zürich, il avait étudié l’impact des pays sur l’érosion des sols. « La comparaison des niveaux d’érosion des sols le long des frontières nationales a montré que les pays ont une influence significative, révèle-t-il. À l’époque, nous avions pu établir un lien avec l’agriculture et nous pensions également que les politiques nationales pouvaient exercer une certaine influence. Mais nous n’avions pas pu approfondir les recherches car nous ne disposions pas de données sur les politiques des pays et nous ne pouvions donc pas effectuer de comparaisons à l’échelle mondiale. »

Grâce à leur nouvelle base de données sur les politiques, les chercheur·euse·s ont pu étudier dans quelle mesure l’influence significative que les pays exercent sur l’érosion mondiale peut être expliquée par leurs politiques. Il·elle·s en sont arrivé·e·s à la conclusion que les politiques nationales de gestion des sols sont à l’origine d’au moins 43 pour cent de l’impact d’un pays sur l’érosion des sols.

La base de données est accessible au grand public à l’adresse : https://zenodo.org/records/10842614

(Université de Bonn/wi)

 

Référence:

David Wuepper, Ilsabe Wiebecke, Lara Meier, Sarah Vogelsanger, Selina Bramato, Andrea Fürholz, Robert Finger. “Countries’ Agri-Environmental Policies from 1960 to 2022,” in : “Nature Food,” mars 2024. DOI: 10.1038/s43016-024-00945-8. 

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