Au contraire des petits arbustes des plantations industrielles, les théiers poussent à plus de 12 00 mètres d’altitude dans un climat frais et humide.
Photo: ©Andrew Bartlett/Helvetas

Les théiers anciens, remèdes contre la pauvreté

Sur les reliefs tourmentés du Laos, les petits paysans récoltent du thé sauvage. Pour valoriser ce produit à haute valeur ajoutée, la direction du développement et de la coopération suisse (DDC) renforce leurs capacités organisationnelles et leurs connaissances agroécologiques. Les communautés voient ainsi leurs revenus et leurs conditions de vie s’améliorer.

Un arôme floral, des notes herbacées et une amertume équilibrée: les saveurs du thé vert laotien sont riches et complexes. Ses feuilles sont récoltées à la main sur des arbres noueux et fortement ramifiés. Enclavée entre la Chine et le Vietnam à l’extrême nord du pays, la province de Phongsaly compte quelque 46 000 théiers (Camellia sinensis). Ce thé sauvage biologique est apprécié par les plus fins connaisseurs.

Au contraire des petits arbustes des plantations industrielles, les théiers poussent dès 1 200 mètres d’altitude, dans un climat frais et humide. Pouvant atteindre dix mètres de hauteur, ils sont difficilement accessibles: le travail des cultivateurs est rude.

Le projet Lao Upland Rural Advisory (LURAS) de la DDC, mis en œuvre par l’ONG suisse Helvetas, valorise ce produit de niche qui constitue un levier potentiel important pour le développement économique local. Le projet renforce les capacités organisationnelles des petits producteurs, développe des chaînes de valeur durables et facilite l’accès au marché. Outre le thé, il vise également le café, le riz et le maïs. L’objectif est identique dans chaque culture : améliorer la sécurité alimentaire et les revenus des petits paysans, tout en préservant les forêts des hautes terres et la biodiversité.

Au Laos, l’agriculture et l’exploitation de produits forestiers non ligneux concernent plus de 60 pour cent de la population. Le secteur contribue à la réduction de la pauvreté dans les régions rurales et reculées.

Scolarisation des enfants


Pour accroître la production et ainsi répondre à la demande croissante, les cultivateurs récoltent des graines de thé dans la forêt et les sèment non loin de chez eux. Les feuilles demeurent de grande qualité et sont plus faciles à cueillir. « La situation est nettement meilleure maintenant avec une plantation de thé. Nous pouvons envoyer nos enfants à l’école et acheter de la nourriture  témoigne Chanmany. Cette femme vit à Phouxang, village situé dans la province d’Oudomxay, au nord-ouest du pays, où le projet est également déployé.

Après la cueillette, les feuilles de thé doivent être transformées avec minutie. Pour ce faire, des usines de traitement et de séchage ont été construites. Elles permettent également de stocker la marchandise que les producteurs vendent désormais collectivement. « Nous avons ainsi un meilleur pouvoir de négociation pour augmenter les prix », explique Somphet Phomtayaxai, maire de Phouxang. Il faut dire que la Chine, principal débouché commercial du thé laotien, dicte ses prix. 

Apprentissage entre pairs


Pour développer les compétences techniques et la connaissance du marché des producteurs, des visites d’échange ont lieu dans d’autres régions. Les cultivateurs de Phongsaly ont déjà partagé leur expérience avec leurs pairs des provinces d’Oudomxay et de Xieng Khouang qui, eux, l’ont transmise à ceux de Houaphan.
Le centre d’apprentissage de Yot Pieng se veut également un lieu d’échanges. Il accueille les cultivateurs pour y mener des études agroécologiques. Des groupements de production et de commercialisation s’y forment. Les bénéficiaires dispensent ensuite leur savoir à des dizaines de milliers de paysans. Les bonnes pratiques sont transmises au travers d’un manuel et via les réseaux sociaux.

« Les producteurs eux-mêmes sont une source d’information plus fiable pour leur pairs que les experts externes », relève Andrew Bartlett, responsable du projet chez Helvetas. Ce transfert de connaissances horizontal est, par ailleurs, adapté aux conditions écologiques locales et au marché.

Intégration économique des femmes


Le projet LURAS vise également à renforcer le rôle des femmes dans les filières agricoles. Des productrices reçoivent une formation en développement communautaire pour ensuite transmettre leurs connaissances à leurs consœurs en langues locales. « Elles disposent d’une tablette contenant diverses ressources pédagogiques, notamment des vidéos montrant les bonnes pratiques d’autres cultivatrices. Pour cela, elles perçoivent une petite rémunération mensuelle », précise Andrew Bartlett, responsable du projet chez Helvetas. En outre, un nombre égal d’hommes et de femmes participent aux visites d’échange.

Soutien aux jeunes


Pour les cultivateurs de thé, un deuxième centre est en cours de construction dans la province de Houaphan. Il en existe d’autres, destinés aux producteurs de café, de riz et de maïs ainsi qu’aux jeunes « agripreneurs ». Ces derniers, sans emploi et souvent issus de minorités ethniques, ont entre 18 et 28 ans. Pour éveiller leur esprit d’entreprise, ils effectuent des stages dans des start-up et apprennent à rédiger un business plan. Ils bénéficient d’un soutien technique et d’un encadrement individuel pour lancer leur microentreprise.

Ces nouveaux entrepreneurs deviennent des sources d’inspiration pour la génération suivante. Ils élargissent les connaissances agroécologiques, exploitent mieux le sol et conquièrent de nouveaux marchés. Et, in fine, contribuent au développement économique et social de leur pays.

Texte: Zélie Schaller, éditrice, un seul monde

Cet article est tiré du magazine un seul monde, édition : 04/2020

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