Si les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent de progresser à un rythme soutenu, le risque de sécheresses extrêmes affectant simultanément les principales régions productrices de blé pourrait augmenter considérablement.
Photo: Shutterstock/Lukas Johaitis

Risque accru de périodes de sécheresse simultanées dans les régions productrices de blé

Le réchauffement de la planète devrait augmenter la fréquence et l’intensité des périodes de grave pénurie d’eau ayant un effet négatif sur les cultures pluviales telles que celle du blé. Des chercheurs ont mis au point une méthode permettant de quantifier simultanément ces périodes de pénurie d’eau sur l’ensemble de la zone de culture du blé dans le monde.

Si les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent de progresser à un rythme soutenu, le risque de sécheresses extrêmes affectant simultanément les principales régions productrices de blé pourrait augmenter de trois à quatre fois d’ici la fin du siècle. Telle est la conclusion d’une étude internationale à laquelle a participé l’université de Göttingen, en Allemagne. Même avec une réduction considérable des émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre, les chercheurs estiment que le risque va doubler. Les résultats de l’étude ont été publiés dans la revue Science Advances.

Les deux dernières décennies ont connu d’importantes périodes d’extrême sécheresse qui ont affecté les récoltes de céréales dans les principales régions productrices. On peut en conclure que leur simultanéité a été une raison majeure de la pénurie de blé et de produits alimentaires et de l’augmentation de leurs prix. « Si la probabilité que de tels épisodes se produisent simultanément continue d’augmenter en raison du changement climatique, cela aura un impact considérable sur le deuxième objectif de développement durable des Nations unies, qui est d’éliminer la faim dans le monde d’ici à 2030, » explique le professeur Reimund Rötter, agronome à l’université de Göttingen et co-auteur de l’étude.

Corrélation entre sécheresses simultanées et prix du marché mondial

Dans leur étude, les chercheurs ont posé trois questions : Quelle est la probabilité que des périodes d’extrême sécheresse se produisent simultanément dans d’importantes régions productrices de blé à l’avenir ? Y a-t-il une corrélation entre les sécheresses simultanées et le prix du blé sur le marché mondial ? Dans quelle mesure et dans quelles conditions est-il possible d’atténuer ces risques ? « Si on garde à l’esprit que la culture du blé se fait généralement sans irrigation, qu’elle occupe la plus grande superficie cultivée au monde et que le blé est la céréale la plus négociée, cette évolution revêt une importance cruciale pour la sécurité alimentaire mondiale, » déclare Reimund Rötter.

Il est ressorti de l’étude que même si les émissions de gaz à effet de serre diminuaient conformément aux dispositions de la Convention de Paris sur le climat, le risque accru de sécheresses simultanées continue de poser des problèmes considérables aux phytogénéticiens, agronomes, producteurs de céréales et décideurs politiques. « Certains producteurs pourront s’adapter aux futures conditions environnementales, d’autres bénéficieront d’avancées scientifiques, et d’autres devront s’adapter à d’autres types d’utilisation des terres, » explique Reimund Rötter.

De fait, étant donné que les risques sont les mêmes pour d’autres productions agricoles réalisées à la même période et dont la sensibilité à la sécheresse est comparable, les auteurs de l’étude demandent que soient prises des mesures politiques efficaces, scientifiques et coordonnées pour empêcher la pénurie imminente d’aliments de base et l’agitation sociale qui en résulterait.

(Université de Göttingen/wi)


Référence :
Miroslav Trnka et al. Mitigation efforts will not fully alleviate the increase in the water scarcity occurrence probability in wheat-producing areas. Science Advances 2019. DoI: 10.1126/sciadv.aau2406
https://advances.sciencemag.org/content/5/9/eaau2406