Négociation des prix avec un vendeur de semences de maïs.
Photo: FAO/G. Napolitano

Nouvelles structures de commercialisation : nouvelles opportunités, nouveaux risques

La libéralisation des marchés dans les années 1980/1990 a apporté des changements fondamentaux aux structures de commercialisation en Afrique, a ouvert de nouvelles opportunités, mais a également, souvent, rendu plus difficile l’accès des petits exploitants agricoles aux marchés.

Avant la période couvrant la fin des années 1970 et le début des années 1980, l’État occupait une place prépondérante dans les systèmes de commercialisation des produits agricoles de la plupart des pays africains. Les entreprises publiques de commercialisation des céréales constituaient les principales filières de commercialisation de ces produits. Les coopératives sont devenues des intermédiaires de la chaîne de commercialisation dans laquelle elles distribuaient des intrants, regroupaient la production agricole et la transmettaient aux organismes parapublics chargés de la commercialisation. L’État possédait une infrastructure de stockage et des installations de regroupement des produits agricoles dans les régions les plus reculées. Il appliquait des politiques de prix territoriales et saisonnières en tenant peu compte, ou pas du tout, des différences considérables du coût de regroupement des produits agricoles provenant de différentes régions. La détermination des différentes qualités et l’application des normes étaient assurées de manière formelle à la sortie de l’exploitation (par les coopératives) et à d’autres niveaux du système public de commercialisation, et dans la plupart des cas des minoteries publiques occupaient une place prépondérante dans le segment officiel des utilisateurs finals de la filière.

Les systèmes publics de commercialisation offraient un certain niveau de certitude relativement aux circuits de commercialisation de la production, aux prix payés aux producteurs (souvent annoncés avant la récolte) et à la qualité des céréales. Toutefois, au début des années 1980, il est devenu apparent, dans la plupart des pays, que la charge fiscale de maintien de ce modèle de commercialisation n’était plus supportable. Par ailleurs, les prix aux producteurs avaient tendance à reculer en termes réels dans la mesure où les gouvernements se montraient souvent réticents à l’idée d’ajuster les prix, notamment lorsque cela devait se traduire par une augmentation des prix payés par les consommateurs urbains plus prompts à manifester leur mécontentement. Par conséquent, de nombreux pays africains et autres pays en développement ont mené d’importantes réformes des marchés céréaliers. Les offices de commercialisation ont été supprimés ou leur rôle a considérablement été réduit. Dans de nombreux cas, ce processus a également entraîné la suppression des normes de classement dans la mesure où les revendeurs privés, non organisés, sont devenus les principaux acteurs du commerce des céréales. La participation de l’État dans la détermination des prix des céréales a en grande partie disparu et le financement public du commerce des céréales a considérablement été réduit.

Des résultats mitigés

Plus de deux décennies après ces réformes, les résultats globaux sont mitigés. La réduction du rôle de l’État dans la commercialisation des céréales a réduit la charge fiscale. Les pertes énormes enregistrées par les offices parapublics de commercialisation, ainsi que leurs exigences de financement considérables pour les achats de céréales, ont été réduites. Par ailleurs, la pression en faveur du subventionnement des prix a diminué. L’accroissement de l’espace disponible pour la participation du secteur privé dans le commerce des céréales a ouvert des possibilités aux petits et très petits vendeurs – avec des avantages en faveur des pauvres, notamment dans des pays tels que le Ghana où les femmes jouent un rôle primordial dans le regroupement des produits agricoles dans l’exploitation. L’émergence d’un système de commercialisation plus concurrentiel a également entraîné une réduction des marges, souvent au profit des consommateurs urbains.

Malgré ces avancées, les insuffisances des systèmes de commercialisation de la production céréalière ont subsisté et se sont même parfois accentuées. Par exemple, la participation d’un grand nombre de petits et très petits acteurs au regroupement et à la vente au détail des céréales a allongé la filière et considérablement réduit les marges des producteurs. Les organisations d’exploitants agricoles telles que les coopératives ont été marginalisées dans leur fonction de regroupement des produits. De plus, l’indigence de l’infrastructure routière rurale contribue au coût élevé du regroupement des céréales dans les communautés où la production est excédentaire – les offices parapublics de commercialisation absorbaient ces coûts et investissaient parfois dans le réseau routier rural et dans des équipements de transport appropriés. Après la libéralisation, l’accès aux marchés est devenu plus incertain pour de nombreux petits exploitants agricoles. Cela tient en partie à ce que la plupart des entreprises de regroupement sont très sous-capitalisées et incapables d’absorber des volumes conséquents d’excédents au plus fort de la récolte. Par ailleurs, l’accès limité au financement qui leur permettrait de lisser leur consommation pousse souvent les ménages agricoles à vendre la majeure partie de leurs céréales pendant la période de récolte. En conséquence, les prix des céréales à la ferme ont tendance à baisser pendant la moisson et souvent, à remonter deux mois plus tard.

La suppression de l’établissement de prix pan-territoriaux et pan-saisonniers garantis par l’État a exposé les petits exploitants agricoles à d’importants risques de prix, avec peu ou pas de mécanismes d’atténuation de ces risques en contrepartie. Leur position lors des négociations a tendance à être affaiblie par le manque d’informations sur les marchés ainsi que par leur capacité limitée à répondre aux besoins de consommation de leurs ménages sans vendre leurs produits – même lorsque les prix sont extrêmement bas. Déjà confrontés aux incertitudes de rendement liées au fait qu’en Afrique l’agriculture est essentiellement pluviale, leur vulnérabilité accrue aux risques de prix les a rendus encore moins attrayants pour les prêteurs officiels. Cette situation ne doit pas pour autant rester sombre. Les nouveaux problèmes qui ont contrecarré l’émergence de systèmes efficaces et enrichissants de commercialisation des céréales en Afrique peuvent être résolus si des formules novatrices de soutien des marchés telles que les systèmes de récépissés d’entrepôt sont  mises en place

Dr G. E. Onumah

Natural Resources Institute
Université de Greenwhch, Royaume-Uni
G.E.Onumah@greenwich.ac.uk

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