Mipagyendou Tchably est le président fondateur d’Africa Coworkers.

« Les zones rurales offrent d’innombrables possibilités pour la création de nouvelles entreprises »

Dans le « Business Space », le « Promotional Space » et le « Learning Space » de l’association d’entreprises Africa Coworkers établie à Lomé, Togo, de jeunes entrepreneurs peuvent recevoir des clients, mener des actions de marketing et participer à des programmes de formation continue. Mipagyendou Tchably, fondateur de l’entreprise, s’est également fixé comme objectif de supprimer les disparités urbaines-rurales et, ainsi, de réduire l’exode des jeunes vers les zones urbaines.

Monsieur Tchably, comment vous est venue l’idée d’Africa Coworkers ?
L’idée de la mise en place d’un espace de travail collaboratif (Coworking Space) m’est venue suite à l’échec de ma première entreprise en 2012. Il est très difficile de progresser seul, notamment en l’absence de tout soutien. Collaborer a été la solution permettant d’éviter les coûts et, par conséquent, de réduire les dépenses de nos projets.

Les modèles de travail collaboratif sont répandus dans de nombreuses villes africaines, mais ils le sont bien moins dans les zones rurales. Pourquoi avez-vous opté pour un programme rural ?
Il faut dire qu’aujourd’hui, on ne peut pas parler d’espace de travail collaboratif sans parler de connectivité Internet. Internet est un élément fondamental qui donne vie aux espaces de travail collaboratif. Il faut toutefois noter que les zones rurales ne disposent pas de l’infrastructure nécessaire pour faciliter le bon fonctionnement de tels espaces. À notre niveau, nous avons certes lancé notre espace de travail collaboratif en ville, mais avec le monde rural en ligne de mire. Aujourd’hui, en plus de nos start-ups, nous travaillons à divers projets liés aux zones rurales dans le but de trouver des solutions permettant de supprimer la disparité entre le monde rural et les villes.

De quels types de projets s’agit-il ?
Par exemple, nous avons lancé le projet VOAN dont l’objectif est de permettre aux habitants des régions rurales de recevoir toutes informations importantes par téléphone. Ces informations peuvent être faciles à obtenir sur Internet, mais les gens des zones rurales n’y ont pas accès. Concrètement, ce que nous voulons faire, c’est mettre en place un centre d’appels par l’intermédiaire duquel les gens peuvent s’informer sur un large éventail de questions quotidiennes, par exemple savoir quelles formalités sont nécessaires pour obtenir certains documents (certificat de naissance, extrait de casier judiciaire), ou à quel endroit ils peuvent indiquer qu’ils ont des produits agricoles à vendre, pour que nous puissions les aider à les vendre.

Par ailleurs, nous avons des programmes sur la répartition des accès à Internet dans les zones rurales, sur la sensibilisation à l’épargne et au crédit, sur la formation à l’entrepreneuriat dans les zones rurales, etc.

Quel type de possibilités de création d’entreprises voyez-vous dans les zones rurales ?
Les régions rurales offrent plein de possibilités de création d’entreprises, dans les domaines les plus variés, et pas seulement dans l’agriculture. Prenons par exemple le manque d’infrastructure pour l’alimentation électrique. Le potentiel est énorme dans ce domaine, par exemple pour produire de l’électricité avec des centrales solaires ou à partir d’autres sources d’énergie renouvelable telles que le biogaz tiré des excréments d’animaux. Après tout, l’élevage est une des grandes caractéristiques des zones rurales et la production de biogaz ne poserait pas de problème.

Le secteur éducatif a également un potentiel considérable. Dans de nombreuses régions, l’infrastructure scolaire est déficiente, si bien que les possibilités sont énormes pour ceux qui sont intéressés par la formation et le renforcement des capacités. Et, en raison de leurs spécificités culturelles et historiques, bien des zones rurales ont un grand potentiel touristique. Ces attractions touristiques peuvent devenir des ressources à exploiter et offrent de belles possibilités d’activités économiques pour les populations rurales. Mais l’agriculture a également un potentiel considérable. Partout, on constate un manque de mécanisation. Des entreprises pourraient concevoir des machines et appareils adaptés aux conditions de notre agriculture.

Les jeunes entrepreneurs du Togo reçoivent-ils un soutien suffisant de l’État ?  
Nous sommes jeunes et devons être les ambassadeurs du développement dans notre pays et c’est avant tout à nous d’accompagner le gouvernement dans sa mission. Toutefois, le gouvernement devrait faire des efforts pour améliorer l’environnement entrepreneurial en réduisant la charge fiscale des jeunes entrepreneurs, par exemple, et en simplifiant les procédures administratives. Nous souhaitons également qu’il nous inclut dans le processus décisionnel et tienne compte de nos propositions.  

Et comment couvrez-vous vos dépenses ?
Nous essayons de mobiliser des sources de financement de nos activités depuis la création de nos espaces de travail collaboratif. Malheureusement, nous n’avons pas encore trouvé de partenaires nous apportant un soutien financier et technique. Néanmoins, cela ne va pas nous empêcher de poursuivre nos objectifs. Mais nous avons vraiment un besoin urgent de soutien pour nos activités, notamment pour les start-ups qui collaborent avec nous.

Quelle est votre vision du futur ?
J’aimerais que les zones rurales deviennent très attrayantes et des sources de concepts économiques encourageant les jeunes à se tourner vers elles.

Mipagyendou Tchably est le président fondateur d’Africa Coworkers, une association de cinq jeunes entrepreneurs qui, depuis 2016, offrent aux jeunes entreprises togolaises, contre paiement, divers locaux et diverses plateformes permettant d’aborder la question de la création et de la gestion d’entreprises.