Le niébé est une importante culture vivrière malheureusement vulnérable à de nombreux insectes nuisibles.
Photo: IITA

Le Nigeria approuve la culture du niébé génétiquement modifié

La Nigerian Biosafety Management Agency (agence nigérienne de gestion de la biosécurité) a autorisé la diffusion commerciale du niébé génétiquement modifié. C’est une avancée majeure pour les agriculteurs et les chercheurs dans la mesure où le Nigeria sera le premier pays à cultiver le niébé génétiquement modifié.

Après plus de deux décennies de recherche, d’essais en plein champ et d’évaluation des risques par de multiples organisations, le 29 janvier, la Nigerian Biosafety Management Agency (NBMA) a approuvé la diffusion commerciale du niébé génétiquement modifié auprès des agriculteurs du Nigeria, mettant ainsi le pays sur le point de devenir le premier pays à cultiver le niébé génétiquement modifié. Cette décision ajoute une nouvelle culture à la production biotechnologique mondiale originaire d’Afrique.

L’approbation de la NBMA permet à l’institut de recherche agricole (Institute for Agricultural Research – IAR) de diffuser commercialement le niébé résistant au foreur de gousses (Pod Borer-Resistant Cowpea – PBR Cowpea) – AAT709A, ou niébé génétiquement amélioré pour résister à Maruca vitrata. Cette autorisation est un soulagement pour des millions d’agriculteurs nigérians dont le niébé est une importante source d’alimentation et de revenu, ainsi que pour les consommateurs de niébé.

Le niébé est une importante culture vivrière en Afrique sub-saharienne ; elle répond aux besoins de consommation humaine tout en étant une bonne source de fourrage de qualité pour le bétail. Toutefois, les producteurs de niébé sont confrontés à un problème : le rendement traditionnellement bas dû à la susceptibilité de la plante à de nombreux insectes nuisibles à différents stades de son cycle de production. Si les agriculteurs veulent obtenir de bons rendements, ils doivent donc faire de multiples pulvérisations d’insecticides pendant la durée de la production dans les champs.

Du niébé génétiquement modifié pour résister au foreur de gousses (Maruca vitrata) 

Maruca vitrata, communément appelé foreur de gousses, est un des insectes les plus nuisibles pour le niébé dont il réduit le rendement de 70 à 90 pour cent pour les agriculteurs.  Compte tenu du coût élevé et parfois de l’indisponibilité d’insecticides appropriés, de nombreux producteurs de niébé ont recours à des insecticides pour le coton, particulièrement nocifs, pour traiter les champs de niébé. Cette pratique a malheureusement entraîné un grand nombre d’intoxications et de décès.

Avec d’autres partenaires de recherche, l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), basé à Ibadan/Nigeria, et dont la culture du niébé entre dans le cadre de sa mission, a décidé de mettre l’accent sur l’élaboration d’une variété améliorée de niébé résistante au Maruca. Pour cela, plus de 15 000 variétés de niébé conservées dans la banque de matériel génétique de l’IITA ont été évaluées pour déterminer leur résistance au Maruca. 

Dans une brève présentation du projet, Christian Fatokun, généticien et obtenteur de légumineuses à l’IITA, a déclaré que les chercheurs avaient également évalué des espèces sauvages apparentées au niébé et avaient constaté qu’un gène d’une des espèces appelée Vigna vexillata avait été identifié comme résistant au Maruca, mais que son croisement avec le niébé avait été un échec.

Vu le manque de réussite de la phytogénétique traditionnelle pour améliorer la résistance du niébé, les collaborateurs à la réalisation du projet ont décidé d’adopter une approche biotechnologique aboutissant à la création d’un niébé génétiquement modifié.

Des travaux antérieurs ayant utilisé la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt) pour conférer une résistance aux cultures de maïs avaient été couronnés de succès et on a pu constater que certaines souches du gène Bt résistaient au Maruca.

Avec des gènes fournis par Monsanto et des phases initiales de développement du produit menées par l’organisation du Commonwealth pour la recherche scientifique et industrielle (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation – CSIRO) en Australie, d’importantes étapes ont été franchies dans l’élaboration de lignées de niébé exprimant le gène Bt (Cry1Ab) qui confère une résistance aux insectes nuisibles Maruca. 

Cette réussite a donné lieu à des essais en plein champ en milieu confiné qui ont été réalisés avec succès à l’IAR de Zaria/Nigeria.

Les résultats de la recherche ont montré que le niébé Bt réduira le recours aux pesticides de huit pulvérisations par saison à environ deux pulvérisations ciblées et augmentera le rendement dans des proportions pouvant atteindre 20 pour cent. Cela veut dire que le Nigeria enregistrera un accroissement annuel de plus de 48 milliards de nairas nigérians (132 millions USD) des recettes tirées du niébé. Des études de sécurité approfondies ont montré que le niébé Bt est sans danger pour la consommation humaine et animale.

(IITA/wi)

Plus d’informations sur le site de l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA) : www.iita.org