De nouvelles plantations soulagent la pression exercée sur les forêts naturelles. L’approche RVI (reboisement villageois individuel) a permis de préserver 49 000 hectares de forêts.
Photo: GIZ/ECO

La filière « charbon de bois vert »

La Coopération allemande au développement a élaboré une approche de production durable de charbon de bois qui a eu un impact considérable dans le Nord de Madagascar. Comme elle aborde de manière très efficace les aspects environnementaux et socioéconomiques, cette approche a un fort potentiel face à des problèmes mondiaux tels que la dégradation des terres, la pauvreté rurale et le changement climatique.

En Afrique subsaharienne, les combustibles ligneux ont toujours été la source d’énergie la plus importante, y compris dans les centres urbains où le charbon de bois est essentiellement utilisé pour la cuisson des aliments. Même à moyen et long terme, le bois énergie et le charbon de bois resteront la principale source d’énergie dans la plupart des pays africains. Aujourd’hui encore, plus de la moitié de la production mondiale de charbon de bois, soit environ 24 millions de tonnes, est consommée en Afrique. Entre 1992 et 2007, la production de charbon de bois en Afrique a progressé de 65 pour cent, tendance qui devrait se poursuivre parallèlement à la croissance démographique. Environ 10 pour cent seulement de la population a accès à des énergies modernes telles que l’électricité et le gaz.

Les écosystèmes de forêt sèche (jusqu’à 1 500 mm de précipitation par an) fournissent environ 80 pour cent de l’énergie dont la population rurale et urbaine d’Afrique subsaharienne a besoin. Ces forêts font rarement l’objet d’une réglementation ou d’une gestion appropriée et durable, ce qui veut dire qu’elles sont souvent surexploitées et qu’elles se dégradent. Autour des centres urbains, notamment, la dégradation et la déforestation progressent de manière concentrique et entraînent inévitablement un problème de désertification. Compte tenu de la faiblesse des taux de reboisement des forêts sèches, la production de charbon de bois a tendance à détruire cet écosystème vulnérable. De plus, la transformation des forêts en terres cultivables et l’accroissement de leur dégradation ne font que réduire le potentiel des forêts sèches à fournir du bois. La faiblesse de la gouvernance forestière, généralement considérée comme le principal obstacle  à une gestion durable de la forêt en Afrique subsaharienne, contribue elle aussi à restreindre l’approvisionnement en bois énergie (notamment en charbon de bois) assuré par les forêts naturelles.

En plus des forêts naturelles, l’énergie bois provient de différentes sources telles que les arbres hors forêts, l’agroforesterie, les plantations agricoles et les plantations d’arbres. Compte tenu de la demande énorme et croissante de bois énergie et de la réduction du potentiel de production durable des forêts naturelles (notamment en périphérie des centres urbains), il devient évident que cette combinaison de sources de bois énergie doit donner la priorité aux sources plus productives. C’est pourquoi la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH a été la première à adopter, dans le Nord de Madagascar, une approche visant à stimuler la production durable de charbon de bois grâce à des plantations d’arbres. Les principales caractéristiques de cette approche sont présentées ci-dessous.

Le cas du Nord de Madagascar
Au cours des deux dernières décennies, la déforestation progressive (au rythme de 0,6 pour cent par an) et l’érosion qu’elle entraîne ont déjà privé Madagascar d’une importante partie de ses sols fertiles, ce phénomène ayant des retombées directes sur la population (20 millions d’habitants) du pays, notamment dans les zones rurales. La perte de fertilité du sol a poussé de nombreux petits exploitants pratiquant une agriculture de subsistance à entrer dans un cercle vicieux et produire du charbon de bois. Les forêts primaires, les forêts secondaires et la savane sont ainsi exploitées, souvent illégalement, comme ressources librement accessibles. Quatre-vingt cinq pour cent des ménages malgaches dépendent d’un combustible ligneux. La croissance démographique et l’urbanisation contribuent également à accroître la demande de charbon de bois. Pourtant, malgré l’importance et le potentiel de ce combustible (comme en témoigne un chiffre d’affaires annuel d’environ 125 millions d’euros), les politiques nationales ont tendance à omettre presque totalement le charbon de bois. Cette omission contribue à accroître une production inefficace et non durable et, par extension, la déforestation et la dégradation des sols. En fin de compte, le gouvernement perd la possibilité de moderniser la filière du charbon de bois et renonce à des recettes, sans parler de la perte à plus long terme de l’approvisionnement en combustible ligneux.

Services RVI concernant l’ensemble de la filière

 

La propriété privée à la base de l’approche appliquée à la filière

Contrairement à la gestion communautaire de la forêt, l’approche RVI (reboisement villageois individuel) donne la priorité aux petits exploitants individuels en en faisant des gestionnaires de la forêt disposant de droits fonciers garantis. Au cœur de cette approche, des friches librement disponibles et inutilisables à d’autres fins doivent être reboisées dans le but de produire un combustible ligneux de manière durable et hautement efficace. Pour atteindre cet objectif, le projet

  1. favorise un consensus communautaire quant à la réservation de friches en vue de leur reboisement, sous réserve d’une planification participative de l’utilisation des terres ;
  2. encourage la création de groupes de petits exploitants prêts à reboiser ;
  3. soutient l’attribution de parcelles à des ménages individuels ; et
  4. facilite l’enregistrement officiel des droits de propriété en reconnaissance et sous réserve de seuils de référence prédéterminés (taux de survie minimal de 80 pour cent un an après la plantation).

La préparation mécanique du sol le long des courbes de niveau sert à ameublir la couche supérieure du sol et favorise l’infiltration de l’eau afin que la croissance des arbres résiste mieux aux changements climatiques. L’investissement par hectare s’élève à environ 210 euros, dont 66 pour cent sont couverts par l’assistance technique, le reste étant à la charge des propriétaires des plantations qui s’en acquittent par leur propre travail. Par ailleurs, pendant la phase d’exploitation, les producteurs de charbon de bois apprennent à utiliser des fours plus efficaces. La mise en réseau du soutien contribue à créer de petites entreprises rurales ayant un meilleur accès au marché et offrant plus facilement une preuve d’origine d’un combustible produit de manière durable (« filière du charbon de bois »). Des ONG ont été spécialement qualifiées par le projet pour former et conseiller les ménages de petits exploitants dans la mise en œuvre de l’approche.

L’approche RVI couvre ainsi l’ensemble de la filière, de la production durable de combustibles ligneux à leur transformation, leur conversion, leur distribution et leur commercialisation, jusqu’aux consommateurs et aux technologies concernées, par exemple, pour l’amélioration des fours à charbon de bois et des fourneaux. Un mécanisme de contrôle complet basé sur l’utilisation d’un système SIG a été mis en place pour faire un suivi de certains indicateurs le long de la chaîne de commercialisation des produits forestiers, et les résultats sont compilés dans un « atlas ». De plus, des indicateurs de moyens de subsistance au niveau des groupes cibles sont périodiquement évalués et intégrés.

Un impact multiforme
L’approche RVI est favorable aux pauvres et au développement et c’est le moteur potentiel d’une croissance économique durable (économie verte), mais elle est également très précieuse pour atténuer la perte de biodiversité et les effets du changement climatique. Contrairement à d’autres approches communautaires de gestion des forêts, l’approche RVI dégage les gouvernements de la nécessité d’intervenir au niveau de l’organisation et de la gouvernance tout en préservant de nombreux avantages environnementaux. Une fois les plantations établies, le processus de gestion, de récolte et de replantation est autosuffisant grâce aux recettes tirées de la vente du bois.

Environnement. Au total, 2 900 ménages ont à ce jour boisé 7 000 hectares de friches autour de 68 villages en utilisant surtout l’eucalyptus. Puisque le travail mécanique du sol est obligatoire compte tenu de l’approche, les zones dégradées dont la couche supérieure du sol est compactée peuvent être valorisées grâce à la réhabilitation. Les plantations nouvellement créées réduisent la pression exercée sur les forêts naturelles, notamment autour des zones protégées menacées de conversion pour la production de charbon de bois (la préservation de la biodiversité est un avantage concomitant). De plus, les feux de brousse diminuent dans les zones de boisement car les propriétaires des parcelles forestières ont tout intérêt à protéger leur propriété. Associées à l’utilisation de technologies efficaces, ces activités ont permis de préserver environ 49 000 hectares de forêt naturelle, avec les gains que cela sous-entend en matière de séquestration du carbone.

Réduction de la pauvreté. Les petits exploitants agricoles participant à l’approche RVI possèdent jusqu’à trois hectares de terre sur lesquels ils pratiquent la sylviculture énergétique, ce qui leur permet de produire environ 2,9 tonnes de charbon de bois par an, pendant au moins 27 ans, sans investissements supplémentaires. Cela leur permet de doubler leur revenu annuel comparativement à la moyenne rurale. Pour beaucoup, l’augmentation du revenu est considérablement plus importante dans la mesure où environ 30 pour cent des ménages d’agriculteurs font partie de la population la plus pauvre ne possédant aucune terre. L’approche RVI donne également aux femmes plus de possibilités de posséder des parcelles forestières (leur proportion est actuellement de 33 %) et par conséquent de renforcer leur position économique dans la société. Chaque année, les 7 000 ménages urbains (soit plus ou moins l’équivalent de 33 000 personnes) utilisant des fourneaux améliorés économisent, globalement et par an, environ 733 tonnes de charbon de bois d’une valeur totale de 101 000 euros, soit l’équivalent de 14 euros par ménage (ce qui correspond à une réduction de 18 pour cent des dépenses en charbon de bois).

Approvisionnement en énergie. Sur le total de 7 000 hectares boisés, 800 peuvent être exploités chaque année. Ce chiffre, ajouté à l’efficacité des technologies utilisées, permet de produire un total de 3 500 tonnes de charbon de bois, ce qui veut dire que, notamment dans Antsiranana, la capitale régionale, environ 33 000 personnes (30 % de la population de la ville) peuvent bénéficier d’un approvisionnement durable en énergie domestique.

Renforcement des capacités locales. Les prestataires de services locaux (par ex. les ONG et les petites entreprises privées) sont de plus en plus capables de donner des conseils professionnels et d’assurer un soutien continu aux groupes cibles concernés. La plupart des premiers participants ont aujourd’hui acquis suffisamment de compétences pour assurer les travaux de boisement de manière indépendante. Les réseaux créés au niveau des villages ont les droits de décisions des parties prenantes concernées au niveau local, notamment pour des questions importantes telles que la planification de l’utilisation des sols. Dans certaines municipalités, la production réglementée de charbon de bois est devenue une source de recettes fiscales.

La voie à suivre
Malgré certaines avancées dans la fourniture de sources d’énergie de remplacement, l’utilisation du bois énergie continuera de prédominer en Afrique subsaharienne. Dans ce secteur, la diversification des sources est essentielle pour réduire la pression exercée sur les forêts naturelles, notamment en ce qui concerne la production de charbon de bois. Par conséquent, les bonnes pratiques existantes et ayant fait leurs preuves, par exemple l’approche RVI à Madagascar, permettent une plus large diffusion pour un impact à grande échelle. Pour cette raison, la coopération allemande au développement évalue actuellement la faisabilité de l’élargissement de cette approche à d’autres pays africains.

Les plantations de bois énergie sont également très prometteuses en matière de réhabilitation et de valorisation des terres dégradées. Elles procurent par ailleurs un revenu durable à la population rurale qui, de ce fait, est nettement moins touchée par les phénomènes météorologiques extrêmes qui menacent les récoltes annuelles. Dans ce contexte, l’approche RVI a été présentée en marge de la 11ème Conférence des parties (COP 11) de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification qui s’est tenue en septembre 2013 en Namibie et qui a examiné des approches innovantes de lutte contre la dégradation des terres et de renforcement de la résilience des populations rurales grâce à la production durable de bois énergie. À cette occasion, il a été convenu que les forêts plantées pour la production de bois énergie offraient un potentiel sous-exploité de contribution à la réalisation de ces objectifs.
 

Les facteurs de réussite, d’un coup d’œil
Bonne gouvernance – les innovations incluent l’adoption de politiques tournées vers l’avenir, par ex. « Vision 2020 ».
Subsidiarité – les services techniques n’ont plus à faire ce qu’ils n’ont pas les moyens de faire. Des ONG spécialement formées comblent le fossé entre l’autorité exécutive et le groupe cible.
Décentralisation – Les fonctions de gestion sont assumées par ceux qui sont directement concernés.
Légalisation – l’approche facilite les dispositions de propriété foncière/ d’utilisation des sols (décret communal).
Sécurité foncière – au lieu de compter sur la propriété et la gestion communautaires seules, l’attribution de titres de propriété individuelle est l’élément essentiel de l’approche.
Efficacité des technologies sur l’ensemble de la filière – quadruple la production à égalité de matière première.
Simplicité – ne nécessite aucune institution communautaire et aucun règlement de gestion complexes comparativement à la gestion communautaire des forêts.
Officialisation – légalisation d’organismes représentatifs de groupes d’utilisateurs assurant un revenu aux collectivités ; administration des forêts par l’intermédiaire de taxes et droits légaux.
Retombées économiques rapides et tangibles.
Habilitation, dévolution – transfert des droits et obligations des utilisateurs aux groupes d’utilisateurs selon des normes de qualité fixées conjointement.
Renforcement des capacités – garantie d’amélioration de la qualité, de gestion efficace et de mise en œuvre durable.

Les points de vue exprimés dans le présent article sont ceux des auteurs et non ceux de leur institution.

Klaus Ackermann
Klaus.Ackermann@giz.de
Lisa Kirtz
Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH
Eschborn, Allemagne

Christian Andriamanantseheno
Steve Sepp

ECO-Consult
Oberaula, Allemagne