À Ibadan (sud-ouest du Nigéria), le Centre national des ressources génétiques et de la biotechnologie a été créé pour recueillir et conserver de précieuses ressources génétiques alimentaires et agricoles et s’assurer qu’elles sont utilisées de manière durable.
Photo: © Nora Castaneda-Alvarez/Crop Trust

La conservation des espèces – une police d’assurance-vie

Sans diversité mondiale des cultures et sans conservation de cette diversité, il n’y aurait pas de sécurité alimentaire et nutritionnelle. C’est pourquoi il faut faire des efforts pour préserver autant d’espèces et de variantes génétiques que possible. Tels ont été les principaux messages délivrés lors de la Journée de la diversité des plantes cultivées, qui était axée sur le thème de la sécurité alimentaire et de la diversité des plantes cultivées.

Le 27 septembre 2022, à l’invitation du Fonds fiduciaire pour la diversité des cultures (Crop Trust), des chercheurs, des spécialistes et des politiciens se sont réunis à Bonn/Allemagne pour examiner le rôle que l'agro-biodiversité peut jouer dans la sécurité alimentaire. Pour Joachim von Braun, professeur de changement économique et technologique et membre du conseil d’administration de Crop Trust, il n’est plus à démontrer que nos systèmes alimentaires sont sous pression. Depuis quelques années déjà, le nombre de personnes souffrant de la faim va en augmentant. Cela est dû aux multiples crises qui ont secoué le monde : pandémie de Covid-19, changement climatique, guerres et conflits, mais aussi augmentation du coût de l’énergie, surendettement des pays et destruction de la nature. C’est ce qui explique qu’en 2021, dans le monde, 3,1 milliards de personnes n’ont pas eu les moyens de consommer de la nourriture saine. Et ce nombre devrait augmenter en 2022.

Les trois plantes cultivées que sont le blé, le riz et le maïs représentent plus de 60 pour cent des ressources alimentaires mondiales alors qu’il y a tellement d’autres options. De multiples plantes cultivées, souvent oubliées ou négligées, pourraient enrichir les repas de nombreuses personnes et leur assurer une alimentation plus saine et plus diversifiée. Certaines variétés non utilisées sont mieux adaptées au changement climatique et résistent par conséquent à la chaleur, à la sécheresse et même, dans certains cas, aux ravageurs. Ces caractéristiques leur permettent d’avoir de meilleurs rendements dans les conditions extrêmes et font que, souvent, il est plus facile de les stocker et les transformer, et qu’elles sont plus riches en nutriments. Il est important de résoudre le paradoxe selon lequel les petits exploitants agricoles de l’hémisphère sud produisent des aliments et souffrent de la faim. En plus d’autres facteurs, la redécouverte de variétés anciennes et la mise au point de nouvelles variétés peuvent contribuer à surmonter la pauvreté et la faim.

75 pour cent de la diversité des plantes cultivées a déjà disparu

De plus, les anciennes plantes cultivées sont génétiquement très variables, ce qui explique leur forte résilience, alors que les variétés modernes à haut rendement sont génétiquement très homogènes. Il est clair que les variétés modernes expliquent en partie les résultats de l’agriculture industrielle qui a facilité la prospérité et le développement de nombreuses parties du monde. Mais en plus du changement climatique, qui annule actuellement ces réussites, un autre aspect du problème devient évident : la perte des espèces elles-mêmes et, au sein des espèces, le recul de la diversité génétique dû au fait que quelques variétés seulement sont actuellement cultivées à grande échelle.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime qu’entre 1900 et 2000, environ 75 pour cent de la diversité des plantes cultivées a disparu. Les coupes à blanc des forêts tropicales, la dégradation des pâturages ou la transformation de paysages naturels en espaces d’urbanisation entraînent la disparition d’une multitude d’autres espèces sauvages. Cette disparition d’espèces et de variétés à l’échelle mondiale est considérable et pose un problème. Selon Stefan Schmitz, directeur général de Crop Trust, leur conservation est une police d’assurance-vie pour l’humanité.

Pour préserver la diversité, des banques de gènes ont été créées pour protéger autant d’espèces que possible. On en compte 1 750 qui, à elles toutes, contiennent environ 7,4 millions d’échantillons de différentes plantes. À elle seule, la Réserve mondiale de semences du Svalbard contient plus d’un million de variétés de semences provenant de la quasi-totalité des pays du monde. Cette réserve est un entrepôt mondial de semences situé dans l’île de Spitzberg et géré par le Crop Trust, le gouvernement norvégien et le Centre nordique de ressources génétiques (NordGen). L’exemple de la Syrie montre à quel point cette réserve est importante. Dans ce pays, en effet, une banque de semences contenant un grand nombre de plantes cultivées a été détruite au cours de bombardements. Heureusement, des semences identiques avaient été stockées dans la Réserve mondiale de semences du Svalbard, ce qui a évité que ces espères rares soient à jamais perdues.

Protection des banques de semences

C’est pourquoi des experts ont soulevé la question de la sécurité des banques de semences lors de la Journée de la diversité des plantes cultivées. En effet, beaucoup de ces banques de semences sont situées dans l’hémisphère sud et sont constamment sous-financées. Elles sont menacées par un large éventail de catastrophes, comme le montre l’exemple de la Syrie, et ont besoin d’un soutien financier. De plus, elles ont besoin d’être liées aux banques de gènes. C’est ce qu’expliquent les experts, qui font valoir que c’est le seul moyen de s’assurer qu’un nombre optimal d’espèces différentes et d’exemplaires correspondants sont protégés à l’échelle mondiale. Ils ajoutent que ces espèces doivent être mises à la disposition d’autant d’agriculteurs, d’obtenteurs et de chercheurs que possible.

De nombreuses ressources naturelles inutilisées dorment au fond des tiroirs des banques de semences ; c’est pourquoi il faut intensifier la recherche, réactiver des variétés ou en produire de nouvelles. Pour cela, il faut disposer d’un financement suffisant, y compris au niveau multilatéral, pour promouvoir la recherche et le développement. Il y a encore des pays dans lesquels l’investissement dans la recherche et le développement est quasiment inexistant. Il reste encore beaucoup à faire, notamment quand il s’agit d’assurer un juste partage des avantages offerts par la diversité des plantes et des données qui la concernent.

Changer le comportement des consommateurs

Et enfin, il est essentiel que les habitants de la planète changent leur comportement de consommateurs. À l’heure actuelle, partout dans le monde, les aliments mauvais pour la santé sont bien moins chers que ceux qui sont bons pour la santé. Une alimentation saine est donc une question d’argent. Et on continue de manger trop de viande dans de nombreux pays. Obtenues à partir d’anciennes variétés, des plantes cultivées ont été redécouvertes ; elles sont riches en protéines et peuvent jouer un rôle important en favorisant le passage à une alimentation plus végétale. On bouclerait ainsi la boucle car si les consommateurs demandaient une alimentation végétale plus diversifiée, les producteurs pourraient fournir des aliments végétaux plus durables et plus sains.  

Améliorer la résilience des systèmes alimentaires est un défi mondial. Selon Stefan Schmitz, la conservation de la diversité des plantes cultivées offre la possibilité de contribuer grandement à ce résultat et de sortir des millions de personnes de la pauvreté.

Patricia Summa, rédactrice, Rural 21

Le Fonds fiduciaire pour la diversité des cultures (Global Crop Diversity Trust – Crop Trust) est une organisation internationale à but non lucratif qui fait campagne pour la conservation durable et l’utilisation mondiale de la diversité des plantes cultivées. Le Crop Trust appuie le maintien des plus importantes collections de ressources génétiques végétales dans des banques de semences ainsi que la disponibilité mondiale de ces ressources naturelles, et il fournit des informations et une assistance technique concernant ces questions.

Pour en savoir plus, consulter le site de Crop Trust

Rural 21, Dossier spécial "Biodiversité"

 

 

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