Des surfaces agricoles marquées par la salinisation des sols.
Photo: ©S.Narongrit99/Shutterstock

Des solutions adaptées aux sites pour les sols salins

L’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a dévoilé une nouvelle carte des sols touchés par la salinisation à l’occasion d’un colloque mondial ; l’occasion pour les experts internationaux d’exposer la façon dont l’exploitation agricole peut être relancée sur des sols salins.

L’objectif d'une agriculture durable pour nourrir le monde nécessite la mise en place de systèmes agroalimentaires résilients, durables et plus efficaces : voici les propos tenus mi-octobre 2021 par Qu Dongyu, directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), à l’occasion du Colloque mondial sur les sols touchés par la salinisation. Les sols salins, qui représentent environ 8 % des surfaces agricoles mondiales, pourraient compromettre l’ambition d’éradiquer la faim d’ici 2030.

Les cartes publiées pour présenter l’étendue des sols salins ont été nombreuses dans le passé. Toutefois, elles se distinguaient de la nouvelle carte en raison des divergences fondamentales dans leur définition. Par ailleurs, les pays avaient fourni des données inégales qui n’avaient pas réellement permis d’englober systématiquement toutes les régions. Le travail de fond réalisé pour établir la nouvelle carte et présenté à la FAO par Christian Omuto à l’occasion du colloque a pour l'essentiel consisté à déterminer les différents degrés de salinisation et à harmoniser les données des différents pays afin d’obtenir une vision réelle de la situation mondiale. D'après ce travail, environ 833 millions d’hectares de terres agricoles présentent une salinité trop élevée, le plus souvent dans les régions arides ou semi-arides. Cela représente 8,4 % des surfaces agricoles utiles de la planète. Plus de 1,5 milliard de personnes sont ainsi menacées par la dégradation des sols et par la perte ou limitation de la production de denrées alimentaires. 

Asad Sarwar Quereshi de l’International Center for Biosaline Agriculture (ICBA ou Centre international pour l’agriculture biosaline) situé aux Émirats arabes unis a exposé les multiples raisons de cette forte salinité. Outre l’érosion de la roche mère et la teneur en sel des eaux souterraines, la forte salinité dans le sol trouve également son origine dans la mauvaise gestion de l’irrigation, la mauvaise qualité de l’eau utilisée à cette fin et la gestion peu satisfaisante des surfaces agricoles dont la déclivité est inadaptée. 

Par ses travaux de recherche, Sharhabil Musa Yahaya de l’Université Ahmadu Bello (Nigeria) a démontré qu’un paillis de balles de riz et de paille de riz réduit le degré de salinisation du sol et peut concrètement améliorer la récolte de riz. Environ deux tonnes de balles et de paille ont été réparties sur un champ de riz d’un hectare dans le cadre de ces travaux. La balle et la paille sont suffisamment abondantes dans la région et ces déchets ne sont pas utilisés actuellement. Les mesures effectuées dans le sol jusqu'à 20 cm de profondeur ont prouvé que l’humidité du sol pour les plants de riz y était nettement supérieure. Par ailleurs, les balles et la paille ont dégagé du calcium et du potassium dans le sol, supplantant ainsi le sodium contenu dans le sel. 

Au-delà de ces pratiques agricoles, Asad Sarwar Quereshi est d'avis que la politique a également sa part de responsabilité. L’irrigation est systématiquement associée au drainage afin que les sels accumulés dans la zone racinaire soient à nouveau éliminés par lessivage. Les pays concernés devraient donc introduire une politique de prix pour l’eau et l’énergie afin d'améliorer l’efficacité de l’irrigation. Subventionner le gypse comme engrais afin de permettre le lessivage du sel et conseiller davantage les agriculteurs constituent d'autres options possibles. Elles permettraient par exemple aux sols dont la salinité commence à augmenter de redevenir plus fertiles.

Dans les terres légèrement salines, il est recommandé de cultiver des plantes alimentaires qui tolèrent le sel dans une certaine mesure. Dans les sols très salins, la culture de plantes halophytes pourrait être une solution. La salicorne (Salicornia) et l’arroche (Atriplex) poussent également dans les estrans et les zones salines intermédiaires. Avec de telles plantes « biosalines », les cultivateurs pourraient produire de la biomasse utilisable comme fourrage ou pour la production de biogaz. Ils en tireraient des revenus supplémentaires tout en améliorant la santé des sols à long terme et en empêchant l’accélération de l'érosion.

Les solutions doivent être adaptées à chaque région. La nouvelle carte des sols touchés par la salinisation de la FAO a été établie à cette fin.

Roland Krieg, journaliste, Berlin

Global Map of Salt-affected Soils (GSASmap)

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