L’Égypte a connu une hausse de 19 pour cent des prix des denrées alimentaires entre février 2010 et février 2011, hausse à laquelle elle a fait face en subventionnant les produits alimentaires de base.
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Afrique : Les facteurs internes sont déterminants

La hausse des prix de 2010/2011 est la deuxième à avoir durement touché les pays africains et leurs populations, pauvres pour beaucoup, depuis les augmentations des prix mondiaux des denrées alimentaires de 2007/2008. Le présent article examine son importance et son impact, et propose des contre-mesures nécessaires.

L’Afrique dépense déjà, annuellement, plus de 50 milliards de dollars US en importations de denrées alimentaires et compte tenu des hausses des prix mondiaux de ces dernières, on devrait constater une nouvelle escalade de la valeur totale des importations. Il est largement admis que ces augmentations de prix ont des conséquences dramatiques sur la macroéconomie des pays africains en raison de l’inflation des prix des denrées alimentaires, de l’accroissement des déséquilibres des balances courantes et de l’aggravation des déséquilibres budgétaires liés aux subventions alimentaires publiques. On considère également qu’elles ont un impact important sur les ménages individuels des pays africains compte tenu de l’augmentation des prix des denrées vivrières de base et d’autres produits alimentaires tels que le sucre et l’huile végétale, et qu’elles ont de ce fait une incidence négative sur la nutrition et les niveaux de pauvreté.

Examen approfondi de la balance commerciale

La situation particulière de certains groupes de pays doit être examinée pour vérifier cette hypothèse.

Seulement 12 des 47 pays de l’Afrique subsaharienne (ASS) sont des exportateurs nets de produits alimentaires bruts (non transformés). Les pays ASS à revenu moyen ont une production alimentaire excédentaire alors que les pays ASS à faible revenu sont des importateurs nets de denrées alimentaires. Mais si on tient compte des cultures commerciales et des matières premières agricoles, les pays ASS sont d’importants exportateurs de produits agricoles alors qu’ils importent essentiellement des céréales. Par conséquent, si on tient compte de tous les produits alimentaires et agricoles importants, la plupart des pays ASS et des pays africains à faible revenu sont des exportateurs nets de produits agricoles (Ng/Aksoy 2008). Autrement dit, les importations nettes de produits alimentaires ne sont pas si élevées que ça par rapport aux importations totales. Seuls le Bénin, la Guinée-Bissau et le Sénégal sont vulnérables en termes de produits alimentaires bruts si on compare les importations nettes aux importations totales. Cependant, le Bénin et la Guinée-Bissau exportent d’autres produits et le Sénégal exporte des quantités considérables de produits alimentaires transformés.

Les pays exportateurs de pétrole et les États fragiles sont particulièrement affectés

Les pays exportateurs de pétrole constituent un cas particulier dans la mesure où l’expansion du secteur pétrolier a pesé sur la compétitivité de la production alimentaire et agricole. Des pays tels que l’Algérie et le Nigeria, mais aussi l’Angola et le Soudan, ont négligé toutes les branches de l’agriculture, pas seulement celle qui concerne la production alimentaire. Les trois pays ASS producteurs de pétrole, notamment le Soudan (Nord et Sud), ont été très durement touchés par la hausse des prix mondiaux des denrées alimentaires. Comme d’autres pays nord-africains, l’Algérie pourra utiliser ses réserves en devises pour importer et subventionner des produits alimentaires, mais il y a des limites à une telle politique, si bien qu’à un moment donné la population va souffrir, puis protester. De février 2010 à février 2011, l’Égypte a connu une inflation de 19 pour cent des prix des denrées alimentaires (Banque mondiale, avril 2011) et elle a subventionné l’alimentation de base pour environ 85 pour cent de sa population ; il en a résulté une situation d’instabilité qui crée d’importantes difficultés macroéconomiques et de graves problèmes d’adaptation au niveau des ménages. C’est dans les pays tels que le Soudan (République du Soudan et Sud-Soudan), qui exportent du pétrole et sont en situation post-conflictuelle (avec une infrastructure désorganisée, de faibles institutions et des sous-secteurs agricole et industriel négligés), que la situation est la pire. Les augmentations des prix mondiaux des produits alimentaires ont une incidence considérable sur ces pays qui doivent réduire le montant extrêmement élevé des subventions aux carburants et aux produits alimentaires pour maintenir la stabilité macroéconomique, cette décision étant par ailleurs considérée comme nécessaire pour financer les systèmes de protection sociale des segments les plus pauvres de la population.

Les États fragiles tels que la Sierra Leone, l’Érythrée, la Côte d’Ivoire, le Liberia, le Tchad, la Guinée et le Soudan, définis par la Banque africaine de développement comme des pays en situation post-conflictuelle ayant déjà pris des mesures de réforme et de reconstruction (voir Barungi et al. 2011), ont des problèmes bien particuliers (faible développement humain, déficience des institutions, solde négatif du budget et de la balance courante, et déficit de la balance commerciale des céréales – voir encadré). Notamment en ce qui concerne ces pays, l’évaluation de la balance commerciale des céréales est difficile en raison du manque de données et d’informations fiables, de problèmes de projection et de déficits méthodologiques, mais ces mesures ont une très forte incidence sur les fluctuations des prix intérieurs des produits alimentaires et sur les anticipations inflationnistes.

Solde céréalier
Le solde céréalier peut être défini comme la différence entre la production de céréales et les besoins en céréales, ou encore comme la différence entre les disponibilités céréalières et les besoins en céréales. Les disponibilités céréalières tiennent compte de la production de céréales, mais aussi des importations de céréales, des prélèvements éventuels sur les stocks de céréales,  et des exportations de céréales. Ces définitions sont simples, mais les données et les problèmes méthodologiques de calcul du solde céréalier sont complexes, notamment dans les pays fragiles en conflit. Cette situation est propice à la spéculation.

Insécurité alimentaire. Selon les évaluations de la FAO (mars 2011), à l’échelle mondiale, 21 des 29 pays touchés par l’insécurité alimentaire sont africains. Ces pays ont besoin d’une aide alimentaire externe dans la mesure où ils n’ont pas les moyens nécessaires pour faire face aux graves problèmes signalés d’insécurité alimentaire. Cependant, tous les types d’insécurité alimentaire ne sont pas les mêmes (FAO 2011, Barungi et al. 2011). Certains pays (par exemple le Zimbabwe, en mars 2011) connaissent un déficit exceptionnel de production/ disponibilités alimentaires globales. D’autres, l’Érythrée, la Sierra Leone, le Niger et la Somalie, par exemple, ont un manque d’accès généralisé à la nourriture. D’autres encore, comme l’Éthiopie, le Malawi, la République démocratique du Congo, le Bénin, la Guinée, le Kenya, le Soudan et l’Ouganda, pour ne citer qu’eux, souffrent d’une grave insécurité alimentaire locale. Certains de ces pays sont des états fragiles. Outre les conflits régnant dans le pays et/ou la région, les principaux facteurs sont l’instabilité politique, la mauvaise gouvernance, les faiblesses stratégiques et institutionnelles, et le manque d’adaptation à la sécheresse et au changement climatique. Mais pour les pays enclavés, les interdictions d’exporter décidées par les pays voisins et la forte dépendance aux importations de pétrole et de denrées alimentaires jouent également un rôle.

Pour les pays fragiles souffrant d’insécurité alimentaire, l’impact des augmentations des prix mondiaux des produits alimentaires est considérable, mais cette situation est imputable à différentes causes dont l’importance est réelle. L’accroissement de la production, la planification des importations nécessaires et des niveaux de stockage, la réorientation de la production et de la consommation sur les céréales produites localement et la mise en place de systèmes de protection sociale en faveur des pauvres (pour qu’ils puissent acheter des céréales) sont des stratégies envisageables pour faire face aux augmentations des prix mondiaux des denrées alimentaires grâce à une action à long terme.

Effets de transmission et impacts

Les augmentations des prix mondiaux des denrées alimentaires pendant la période 2007/2008 sont riches d’enseignements pour comprendre les effets et les impacts de l’actuelle flambée des prix des produits alimentaires. Si on compare les prix internationaux et intérieurs sur la base de 83 prix de produits alimentaires dans 12 pays africains (voir encadré), l’augmentation moyenne des prix intérieurs entre juin 2007 et juin 2008 a été de 63 pour cent en termes de dollars US, soit l’équivalent d’une augmentation moyenne de 71 pour cent des prix sur le marché international. Les prix des produits alimentaires sur le marché intérieur n’ont progressé que de 25 à 39 pour cent en Afrique du Sud, au Ghana et au Cameroun, mais de plus de 150 pour cent en Éthiopie et au Malawi. Dans les pays où l’augmentation des prix a été très forte, des facteurs intérieurs tels que les déficits d’approvisionnement et les carences de la politique gouvernementale ont dû jouer un rôle considérable. En Afrique, les augmentations des prix intérieurs sont nettement plus fortes dans les pays enclavés que dans les États côtiers, ce qui est de toute évidence dû aux problèmes considérables de transport et de commercialisation et aux interdictions d’exporter dans la région. La spéculation sur le marché intérieur peut également jouer un rôle.

Deux études examinent les tendances des prix et les effets de transmission
Une étude de l’IFPRI (Institut international de recherche sur les politiques alimentaires) (voir Minot 2010) examine le lien qui existe entre les prix internationaux et intérieurs des denrées alimentaires de juin 2007 à juin 2008. L’analyse porte sur 12 pays (Cameroun, Éthiopie, Ghana, Kenya, Malawi, Mali, Mozambique, Rwanda, Sénégal, Afrique du Sud, Tanzanie et Zambie) et s’appuie sur 83 séries de prix concernant huit produits alimentaires de base (haricot, manioc, maïs, millet, bananes plantain, riz, sorgho et blé). Les résultats diffèrent considérablement d’un pays à l’autre en ce qui concerne les augmentations des prix sur le marché intérieur en pourcentage de l’augmentation des prix mondiaux. Pour les denrées alimentaires de base commercialisées sur le marché international (maïs et blé, par exemple), les augmentations des prix sur le marché intérieur sont fortes par rapport à l’augmentation des prix mondiaux. Les augmentations des prix sur le marché intérieur sont particulièrement sensibles dans les pays enclavés. Un autre exercice s’appuyant sur des données de prix de produits alimentaires sur une période de 5 à 10 ans, examine le lien existant entre les prix intérieurs et les prix internationaux dans neuf pays (ceux de la liste ci-dessus moins le Cameroun, le Mali et l’Ouganda) pour quatre produits alimentaires de base (maïs, riz, sorgho et blé) à partir de 63 séries de prix de produits alimentaires de base. La part des importations de denrées alimentaires de base dans la consommation intérieure a un impact considérable sur le lien entre prix intérieurs et prix internationaux.


Denrées alimentaires importées/locales. Les augmentations de prix ont été les plus fortes pour le maïs (87 %), le blé (65 %) et le riz (62 %). Les augmentations ont été considérablement moindres (de l’ordre de 9 à 12 %, respectivement) pour les denrées locales telles que la banane plantain et le manioc. Cela montre bien que les effets de transmission sont considérablement plus forts pour les produits commercialisés sur les marchés internationaux. Toutefois, si l’exercice économétrique porte sur une période de plus longue durée (5 à 10 ans) et non plus sur une période d’un an (juin 2007 à juin 2008), les résultats sont très différents (Minot 2010). Dans cette analyse à long terme, 62 séries de prix intérieurs du maïs, du riz et du blé dans neuf pays ASS ont été comparées, entre elles et avec les prix internationaux respectifs (voir encadré en haut). Sur ces 62 prix, seulement 13 font ressortir un lien à long terme dans la mesure où les prix intérieurs étaient influencés par les prix internationaux. Seulement 6 des 13 prix en question avaient une élasticité de transmission significative à long terme, ce qui donne à entendre qu’en moyenne 0,54 pour cent de la fluctuation des prix internationaux était transmis aux prix intérieurs. Même en Éthiopie, au Malawi et au Mozambique, pays dans lesquels la proportion des prix liés aux prix internationaux était la plus forte, la part des prix ainsi liés était inférieure à 40 pour cent. Pour la Zambie, l’Ouganda et le Kenya, il n’y a aucune indication de prix ayant un lien à longue échéance avéré avec les prix/marchés internationaux. En ce qui concerne les denrées concernées, 10 pour cent seulement des prix du maïs avaient un lien significatif avec les prix internationaux du maïs, alors que près de la moitié des prix intérieurs du riz étaient liés aux prix internationaux du riz (Minot2010). L’explication est simple : les pays africains sont tout proches de l’autosuffisance en ce qui concerne le maïs mais sont très dépendants des importations de riz (notamment certains pays d’Afrique de l’Ouest). Les importations de maïs ne représentent que 5 pour cent de la consommation intérieure africaine (hormis au Mozambique où ce pourcentage est plus élevé). En ce qui concerne le riz, la situation est différente dans la mesure où les importations représentent plus de 50 pour cent de la consommation intérieure au Ghana et au Mozambique (Minot 2010).

Raisons des augmentations tendancielles des prix

Le fait d’avoir généralement constaté de fortes augmentations tendancielles de tous les prix intérieurs des produits alimentaires de juin 2007 à juin 2008 alors que les augmentations des prix internationaux n’ont été répercutées à l’Afrique que dans une relativement faible mesure sur le long terme peut s’expliquer par un certain nombre de facteurs. Premièrement, les augmentations des prix des denrées alimentaires ont coïncidé avec des augmentations des prix des carburants. Deuxièmement, l’ASS (en Afrique orientale, australe et occidentale) faisait l’objet de restrictions à l’exportation des céréales. Troisièmement, certains facteurs stratégiques étaient à l’origine de pénuries de devises (subventions aux carburants et interventions sur les marchés des changes et le commerce privé). Quatrièmement, dans certains pays, les mauvaises récoltes ont eu une incidence sur le bilan céréalier. Cinquièmement, il semble que ce qu’on appelle les effets de seuil ait joué compte tenu des augmentations considérables de prix aujourd’hui reconnues et mesurables en Afrique (Minot 2010). Sixièmement, il suffit qu’un pays soit en conflit, par exemple la Côte d’Ivoire, pour que les voies d’approvisionnement et de distribution de toute la région soient fortement perturbées et qu’il y ait des hausses de prix au Burkina Faso, au Mali et au Niger (Banque mondiale, avril 2011). En conséquence, en Afrique, les hausses des prix intérieurs sont régulièrement plus fortes dans les pays enclavés que dans les pays côtiers.

Des ajustements et des changements stratégiques sont nécessaires

Les différences entre prix locaux et prix internationaux sont une chose. Mais les fortes divergences des prix locaux dans un même pays en sont une autre. À Tamale (dans le nord du Ghana), le prix moyen du riz local à la tonne (entre juin 2007 et juin 2008) était de 438 dollars US (USD) mais il a atteint 734 USD à Kumasi (centre du Ghana). Les frais de transport, les frais administratifs et les coûts à l’importation ne peuvent, seuls, justifier cette différence. Les circuits de commercialisation, les structures commerciales et la puissance du marketing peuvent avoir joué un rôle, de même que les taxes locales, d’ailleurs.

La question qui se pose est de savoir comment agir, comment réagir et comment les ajustements nécessaires sont effectués en fin de compte. Les pays touchés, leurs gouvernements, leurs exploitants agricoles, leurs exportateurs et importateurs, les organisations humanitaires, les ménages et les consommateurs répondent à ces évolutions de prix à court terme, à moyen terme et à long terme, par une modification des politiques économiques et sectorielles, un changement du mix de production, une adaptation des budgets des ménages et des préférences des consommateurs, et une réorientation des pratiques commerciales. Il est toutefois regrettable qu’on ne dispose pas encore de preuves suffisantes des réponses et des réactions de ces acteurs dans les pays africains. Il n’existe pas de données sur la réaffectation des terres et des ressources aux cultures vivrières depuis 2007/2008 ou sur les changements des préférences des consommateurs dans les zones urbaines et rurales. Et on ne dispose pas non plus d’informations suffisantes sur les changements stratégiques après les augmentations des prix des denrées alimentaires.

Incidence sur la pauvreté et la nutrition

Il ressort des données disponibles que le nombre de ménages extrêmement pauvres augmente pendant ces hausses de prix, mais que cette augmentation varie considérablement d’un pays à l’autre. Compte tenu de la hausse des prix des denrées alimentaires en 2010/2011, le Sud-Soudan voit diminuer son potentiel de réduction de la pauvreté de 9 à 18 pour cent par rapport au niveau de 2009 (voir Barungi et al. 2011). Les estimations de la Banque mondiale montrent que l’augmentation des prix alimentaires a des effets négatifs nets dans la mesure où elle accroît le nombre de consommateurs nets vivant sous le seuil de pauvreté de 1,25 dollar US bien plus qu’elle ne profite aux producteurs nets en les faisant passer au-dessus de ce seuil de pauvreté (Banque mondiale, février 2011). Le nombre de pauvres augmente fortement.

Outre leur incidence sur la pauvreté, les augmentations des prix alimentaires ont de graves conséquences nutritionnelles. Elles ont des effets négatifs sur la santé des enfants en bas âge et les femmes enceintes, sur les taux de scolarisation des enfants, sur le temps de travail des enfants et sur leur charge de travail, ainsi que de graves répercussions sur la productivité des travailleurs dans les zones rurales. Elles peuvent également avoir une incidence négative sur la situation sociale, culturelle et environnementale. L’exemple du Nigeria, pays dont les importations de denrées alimentaires ont considérablement augmenté, montre que les conséquences nutritionnelles des augmentations des prix des denrées alimentaires peuvent être graves et qu’elles peuvent entraîner une réduction des apports nutritionnels, une plus forte consommation d’aliments riches en hydrates de carbone et une carence en protéines, ainsi qu’une consommation accrue de produits alimentaires favorisant l’obésité. Toutefois, le fait d’interrompre la scolarité des enfants pour les faire travailler et, pour les ménages, de vendre des actifs de production (bétail, par exemple) est également une conséquence des augmentations des prix des denrées alimentaires dans le pays et ailleurs en Afrique (Eliade 2010; Banque mondiale, février 2011). Les bonnes récoltes de cultures locales (maïs, sorgho, millet, manioc), le soutien stratégique de l’agriculture du pays et la stabilité des conditions du marché et des cadres d’approvisionnement en riz peuvent toutefois limiter les impacts sur les pauvres.

Des interventions publiques sont nécessaires

Au niveau national, l’application de stratégies proactives de développement agricole et agro-industriel est la plus grande priorité, l’infrastructure, le stockage, la valeur ajoutée, la transformation et les politiques commerciales étant des aspects stratégiques connexes. Ce concept stratégique peut également contribuer, opportunément et efficacement, à réorienter les ressources foncières et autres vers les cultures vivrières. Pour jouer sur les facteurs d’augmentation des prix intérieurs des denrées alimentaires, il est conseillé d’adopter des stratégies visant à améliorer les conditions de production et de commercialisation de céréales locales, ainsi que des stratégies de mise en place de systèmes de protection sociale et de réduction des subventions aux carburants et au blé. Les politiques en matière d’infrastructure, de fiscalité, de commerce local et de marketing sont importantes compte tenu des différences des prix intérieurs d’un pays. Les augmentations des prix mondiaux des denrées alimentaire sont souvent des impacts très localisés et des facteurs tels que la géographie, les systèmes de transport et l’accès aux marchés jouent également un rôle. L’accès au marché intérieur est un problème majeur, c’est pourquoi l’amélioration des TIC (technologies de l’information et de la communication) peut faire beaucoup. Des mesures macroéconomiques sont nécessaires pour s’assurer que l’inflation des prix alimentaires n’accélère pas les anticipations inflationnistes dans un pays.

Le commerce régional des céréales est important, surtout pour l’Afrique. Les conditions de production et d’approvisionnement peuvent considérablement varier entre les pays côtiers et les pays enclavés. Ces derniers ont été durement touchés par les interdictions d’exporter imposées en Afrique occidentale, orientale et australe. Au niveau régional africain, il faut que les gouvernements s’engagent à mettre en place une infrastructure régionale, des systèmes régionaux d’informations sur les principaux marchés céréaliers et des structures régionales de commercialisation des denrées de base. Toujours au niveau régional africain, il faut que les pays prennent des engagements commerciaux et appliquent des règles commerciales pour éviter les interdictions d’exporter décrétées par les pays ayant des excédents alimentaires au moment des flambées des prix et des pénuries locales. Il importe également d’intensifier les efforts de mise en œuvre du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA). Les initiatives régionales africaines visant à accélérer le développement des agro-industries et à intensifier les activités connexes de R&D sont importantes en tant que stratégies à long terme (Yumkella et al. 2011; Wohlmuth2011). Les céréales africaines peuvent être privilégiées dans ce contexte.

En Afrique, les pays en conflit, les pays souffrant d’insécurité alimentaire, les pays fragiles et les pays exportateurs de minerais et de pétrole ont leurs propres problèmes de fourniture de produits alimentaires à leurs citoyens à des prix raisonnables, c’est pourquoi ils doivent prendre des initiatives spécifiques. Dans tous, il y a un besoin urgent de programmes de sécurité sociale, de réduction de la pauvreté et de soutien nutritionnel. Ces programmes sont importants pour les pays importateurs nets et exportateurs nets de produits alimentaires. Il est important d’accroître les revenus des pauvres (en nature ou sous forme de versements en espèces) pour faire face aux problèmes des fortes augmentations des prix des denrées alimentaires.
Par ailleurs, la création de Centres régionaux d’aide humanitaire peut être envisagée pour les régions d’Afrique touchées par la sécheresse, sujettes aux catastrophes et souffrant d’un déficit infrastructurel. Les politiques STI (Science, Technologie et Innovation) sont importantes au niveau national et régional, ainsi que tout au long de la filière agricole-agroindustrielle pour améliorer la productivité et la situation en matière de sécurité alimentaire (Wohlmuth 2011). Il y a un besoin urgent d’approches nationales et régionales d’adaptation au changement climatique. Il est nécessaire de définir des objectifs, des cibles et des mesures stratégiques à court, moyen et long terme au niveau national et régional de l’Afrique pour surmonter les faiblesses structurelles responsables des augmentations des prix intérieurs des denrées alimentaires.

Dr Karl Wohlmuth
Institut d’économie mondiale et de gestion internationale
Université de Brême
Brême, Allemagne
wohlmuth@uni-bremen.de