Femme entrepreneure présentant son entreprise.
Photo: Wibke Ott/giz

Un plaidoyer pour l’égalité des chances dans les zones rurales du Cameroun

Dans les zones rurales du nord du Cameroun, des stations de radio produisent une série d’émissions sur les femmes microentrepreneures en produits forestiers non ligneux (PFNL). Dans 50 émissions, des femmes parlent de leur entreprise et des difficultés de s’affirmer dans une société dominée par les hommes. Le programme PFNL est soutenu par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (giz).

Racontez votre propre expérience – c’est sous cette devise que des femmes entrepreneures expliquent, aux heures de grande écoute, comment elles gèrent leur entreprise de PFNL. Cinq stations de radio différentes produisent une série de dix émissions donnant à ces femmes, trop souvent marginalisées et mises à l’écart, un moyen de se faire entendre et de partager leurs expériences avec les auditeurs. 

« Les expériences de femmes entrepreneures volontaires vivant en milieu rural suscitent ainsi tout l’intérêt qu’elles méritent, » déclare Désiré Tchigankong, chef du bureau du projet à Maroua, capitale de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Ce sont les femmes, elles-mêmes, qui expliquent aux auditeurs comment elles créent et gèrent leur entreprise.

La plupart des femmes de la région sont des entrepreneures potentielles puisque la collecte et la transformation des produits forestiers non ligneux sont considérées comme des « travaux de femmes ».   

Comme sources de revenu complémentaire, les PFNL ne suffisent généralement pas pour leur permettre de gagner leur vie. Toutefois, ces produits ont un potentiel considérable et certains sont même connus dans le monde entier. Le beurre de karité, le moringa et l’huile de neem ont trouvé leur place sur les étagères des pharmacies des pays occidentaux. Malheureusement, ces produits ne sont pas encore « Made in Cameroun ».   

Défier les conditions défavorables 


Les « femmes d’affaires », comme les appelle Désiré Tchigankong, travaillent dans des conditions difficiles. Le nord du pays a un climat aride ; la situation sécuritaire y est tendue ; la société est patriarcale ; et les institutions religieuses interprètent les textes sacrés au détriment des femmes. Un manque de perspectives économiques aggrave la situation d’une région dans laquelle les trois quarts de la population vivent dans la pauvreté absolue.  

Dans ce contexte, le Projet Forêt et Environnement (ProFE), de la GIZ, soutient les micro-entreprises. Cinq réseaux de femmes comptant environ 2 000 membres reçoivent des conseils techniques et organisationnels. Parallèlement, une révision du cadre juridique et un soutien matériel de la mécanisation visent à améliorer les opportunités économiques des femmes.

Les radios comme agents du changement 


Des modèles de rôles traditionnels et de l’entrepreneuriat féminin à la protection de l’environnement – les programmes radio ont une grande diversité de thèmes à exploiter. « Toutefois, l’approche de l’école d’entrepreneuriat de transformation est celle qui ressort du lot en matière de contenu. Les « femmes d’affaire sont expertes dans ce domaine, » explique Bertrand Haiwe, qui travaille comme conseiller junior à Maroua depuis 2016.

En plus des problèmes économiques, la population de la région est exposée depuis des années aux exactions de Boko Haram. À une trentaine de kilomètres de la frontière avec le Nigeria, les habitants de Mokolo ont très souvent été la cible des islamistes. Selon le Groupe de crise international (International Crisis Group), le conflit a déjà fait plus de 2 000 victimes et au moins 7 000 femmes et filles ont subi des violences sexuelles de la part du groupe terroriste. 

Les autres stations radio sont moins exposées, mais elles sont tout aussi éloignées. Bangao est à Meskine, Radio Labar à Maga, et Bon Berger émet depuis Kaélé. Woila FM est la seule station radio installée dans la capitale de la région, Maroua. 

De l’idée au concept


En janvier 2019, Wibke Ott et son collègue Bertrand Haiwe, qui travaillent tous les deux pour le projet ProFE de la GIZ, ont élaboré le concept radio. Lors d’une réunion de démarrage participative, ils ont fait se rencontrer des journalistes radio, des membres de réseaux de femmes, des femmes entrepreneures, des membres de ONU FEMMES et d’autres acteurs de la société civile. 

Le groupe s’est rapidement mis d’accord sur le fait que les radios étaient le bon moyen de donner aux femmes entrepreneures la possibilité de se faire entendre. « Ici, dans le nord du pays, la radio est la plus importante source d’information », fait remarquer Bertrand Haiwe.

Pour préparer les journalistes à leur travail et accroître l’intérêt pour la justice sociale dans les zones rurales, Wibke Ott a mis au point deux formations de sensibilisation au genre. « Avec des méthodes de pédagogie féministe, j’ai voulu mettre l’accent sur l’expérience des participantes. Ainsi, les gens ont plus de chances de s’engager pour la justice sociale, » a-t-elle expliqué.

À ce jour, les deux experts de la GIZ sont satisfaits des résultats de leurs travaux. « Les radios sont une source incroyable de motivation, » déclare Bertrand Haiwe. Après le projet pilote, les thèmes doivent être fermement intégrés dans les horaires de diffusion. « Nous sommes confiants que les radios poursuivront leurs émissions et espérons que la GIZ continuera de coopérer avec elles et de les soutenir, » résume Wibke Ott.

Auteurs :
Wibke Ott, Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (giz) GmbH, Yaoundé/Cameroun
Sven Schuppener, Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (giz) GmbH, Yaoundé/Cameroun (sven.schuppener@giz.de)