Des femmes PAP contribuant à la construction du canal quaternaire de leurs parcelles.
Photo: Sâabèsèlè Jean Augustin Somda

Soutenir les exploitations familiales : une voie à suivre dans la lutte contre la pauvreté en Afrique.

Un projet mis en œuvre au Burkina Faso a clairement démontré ce que le soutien apporté aux exploitations familiales permettait d’obtenir en termes de réduction de la pauvreté et de développement rural. Un facteur de succès important a été le transfert des terres aux exploitants, associé à une politique de sécurisation des droits fonciers adaptée à leurs besoins.

Le Burkina Faso est un pays enclavé de l’Afrique de l’ouest, d’une superficie de 274 200 km². Son économie est essentiellement basée sur l’exploitation minière, le commerce et surtout l’agriculture qui occupe plus de 80 pour cent de la population. Cette forte place de l’agriculture dans l’économie, conjuguée à la pauvreté ambiante des populations rurales, pose un problème de choix de politique agricole. Faut-il privilégier l’agro-investissement ou plutôt la petite exploitation familiale ? Le Burkina Faso a opté de faire cohabiter les deux modèles soit dans les mêmes projets soit dans des projets différents.

Cette option est critiquée par les organisations de la société civile qui préfèrent que le pays recentre ses efforts sur le développement de l’agriculture familiale, gage de sécurité alimentaire, de bonne qualité nutritionnelle et de dynamisme de l’économie locale. Cette thèse semble confirmée par les impacts déjà visibles du projet de développement de l’agriculture (PDA) du Millenium Challenge Account-Burkina Faso (MCA-BF) qui s’est uniquement consacré à soutenir les petits exploitants agricoles à Di, dans la vallée du Sourou, au Burkina Faso. Ce projet fait aujourd’hui la fierté du pays et les avantages pour les populations sont nombreux.

Un projet pour le peuple

Le Projet « Développement de l’agriculture » (PDA) est l’un des quatre projets du compact signé en juillet 2008 entre le gouvernement burkinabè et le Millenium Challenge Corporation (MCC). Il a été conçu pour cibler l’agriculture familiale comme moteur de la croissance économique dans la zone de la Vallée du Sourou (Nord-Ouest du pays) à travers l’amélioration de l’accès au marché, l’amélioration de la productivité et la production animale, la réduction des pertes post récolte et un meilleur accès aux intrants agricoles/de production, la prestation de services d’aide à l’entreprise et l’accès au crédit. Fruit de la coopération entre les États-Unis d’Amérique et le gouvernement burkinabè, le PDA est la composante phare des projets du MCA-BF placés sous la tutelle du premier ministre burkinabè. Le PDA a été mis en œuvre dans trois villages de la commune de Di (OUE, BOUNA DI) entre juillet 2009 et juillet 2014. 

Dans le cadre du PDA, les autorités burkinabè et le Millenium Challenge Acount ont opté pour une méthode participative et concertée impliquant les populations tout au long de la mise en œuvre du projet. Aussi des cercles concentriques ont été mis en place pour désigner les bénéficiaires. Les premiers bénéficiaires ont été les personnes affectées par le projet (PAP). Ce sont celles qui possédaient ou utilisaient les terres qui ont fait l’objet de l’aménagement. La deuxième tranche de bénéficiaires a concerné les femmes et les jeunes issus de ménages affectés, mais qui ne sont pas directement affectés eux-mêmes. Ces personnes ont été organisées en 114 groupements de 20 femmes chacun et 20 groupements de jeunes. Le troisième niveau de bénéficiaires a concerné les ménages de trois villages riverains de la zone du projet, mais qui ne sont pas affectés. Enfin, le dernier niveau a concerné les résidents de la région de la Boucle du Mouhoun. Cette région du pays compte six  provinces et est la région dans laquelle le projet a été réalisé. En dehors des PAP qui avaient de plein droit reçu une parcelle sur le nouveau périmètre, tous les autres types de bénéficiaires devaient faire une demande de parcelle.
Il faut noter que les populations locales ont été associées et responsabilisées tout au long de la mise en œuvre du projet. Les représentants des villages ont siégé dans toutes les instances de décisions pouvant porter atteinte aux intérêts des populations. 

Une autre vision de l’accompagnement des populations rurales

Le Projet « Développement de l’Agriculture » a consacré une vision novatrice de l’accompagnement des populations dans le cadre des aménagements agricoles au Burkina Faso. Tout d’abord, le PDA a, dans son processus, respecté les dispositions juridiques et les politiques nationales et internationales en matière d’aménagement de périmètres agricoles, notamment la politique opérationnelle 4.12 de la Banque mondiale sur la réinstallation involontaire, la stratégie de croissance accélérée et de développement durable du Burkina Faso, le code de l’environnement, le code des investissements, etc. C’est ainsi que les populations affectées par le projet ont bénéficié d’une part des compensations financières pour pertes de récoltes sur les terres aménagées par le projet. Cette compensation a pris en compte la superficie perdue par le ménage, les spéculations produites et le temps mis par le projet pour aménager et redistribuer les terres. D’autre part, elles ont reçu des compensations terre contre terre (une terre naturelle prise, une terre aménagée rendue) à la fin des travaux.

Deuxièmement, le PDA a mis en place (et pour la première fois dans ce type de projet au Burkina Faso), un bureau spécifique d’accompagnement, de suivi et d’orientation des personnes affectées par le projet. Un consultant a ainsi été recruté et installé à Di (dans la zone du projet) avec pour mission de représenter le projet et l’ensemble de ses opérateurs auprès des populations affectées. Ce consultant participe à toutes les activités du projet et a accès à tous les opérateurs intervenant dans le projet. Cette solution a facilité la collecte et le traitement des plaintes des bénéficiaires, elle a aussi permis de réduire le nombre d’intervenants entre le projet et les populations, toutes choses qui facilitent la compréhension des méthodes du projet et des besoins des populations. Cette méthode a aussi permis aux populations d’avoir un cadre d’écoute permanent sur leurs préoccupations et une résolution rapide de ces dernières. La fonction de ciment social de ce consultant a été une des clés de la réussite du projet car il a réussi à contenir et résoudre les différents conflits avec l’aide du projet.

La troisième source de satisfaction dans l’accompagnement du projet a été constatée dans la mise en valeur des terres aménagées. Les populations ont bénéficié de la part du projet de plusieurs formations sur des thèmes variés en lien avec la production agricole, la conservation et la commercialisation des produits. Elles ont ensuite bénéficié pendant deux campagnes agricoles (une sèche et une humide) de la prise en charge complète des besoins en labours, engrais et semences. Cette solution a permis à chaque producteur de constituer une sorte de fond de roulement sur les gains des deux premières campagnes agricoles, ce qui les a dispensés pour une grande partie de recourir à des prêts bancaires pour la mise en valeur de leurs parcelles.
Enfin, le PDA a construit trois marchés modernes dans trois villages de la région de Boucle du Mouhoun pour permettre la commercialisation des produits issus de l’agriculture.

Un exemple pour la sécurisation foncière au Burkina Faso

Le PDA a aménagé 2 240 ha et l’ensemble de ces terres a été entièrement remis aux petits exploitants agricoles. Aucune terre n’a été attribuée à un agro-investisseur. L’attribution des terres a concerné prioritairement les PAP qui se composaient de 1 445 personnes. Par la suite les terres ont été attribuées aux groupements de femmes et de jeunes. Dans un troisième temps, des attributions de terres ont été faites aux ménages des trois villages riverains de la zone du projet (464 ménages) et enfin l’attribution a été ouverte aux résidents dans la région de la Boucle du Mouhoun (500 ménages). Ce transfert des terres aux exploitants a été accompagné par une politique de sécurisation foncière adaptée afin de protéger durablement les petits exploitants familiaux. Ces droits ont donc fait l’objet d’une protection différenciée. Un titre foncier a été délivré sans frais à chaque PAP et un bail emphytéotique de cinquante ans a été délivré à chaque ménage attributaire mais non PAP. 

Avant de procéder au transfert des terres aménagées aux exploitants, les terres ont fait l’objet d’une immatriculation au nom de l’État, d’un morcellement en parcelles et d’un bornage. Ce processus a nécessité que tous les droits traditionnels sur ces terres soient purgés par le paiement des compensations aux propriétaires et exploitants antérieurement installés dans la zone du projet, et la déclaration d’utilité publique de la zone conformément à la loi 034-2009 portant régime foncier rural au Burkina Faso et à la politique opérationnelle 4.12 de la Banque mondiale. Il faut noter enfin que les terres aménagées ne faisaient l’objet d’aucun titre foncier avant l’installation du projet, les propriétaires terriens ne détenant aucun document juridique sur ces terres dont ils avaient hérité de leurs parents ou qu’ils avaient reçu en don.

Un accompagnement aux impacts positifs sur la vie des populations

Une étude commanditée par la Welthungerhilfe en février 2016, qui consistait à comparer le PDA à un autre projet d’aménagement agricole au Burkina Faso ayant des méthodes et des cibles différentes (Bagrépole), a montré que le projet « Développement de l’agriculture » impactait positivement la vie des populations dans la zone du projet. La production agricole a augmenté, la production du maïs étant passée de moins de 2 tonnes à l’hectare à près de 4 tonnes, par exemple. Les productions de tomates et d’oignons ainsi que d’autres légumes sont devenus importantes pendant les saisons sèches car elles génèrent des revenus pour les ménages et garantissent ainsi une plus grande sécurité alimentaire et nutritionnelle. Le projet génère des activités, lutte contre l’émigration des jeunes qui jadis partaient en Côte d’Ivoire ou au Mali. Le PDA contribue à l’amélioration du taux de scolarisation des enfants des ménages concernés et augmente aussi le taux de fréquentation des centres de santé.

Aussi, avec la construction par le projet de trois marchés modernes dans la région, le commerce est devenu une activité phare. Cependant un souci important demeure sur la qualité des routes pour désenclaver cette zone si riche pour le pays.

Conclusion

Le projet développement de l’agriculture est une première au Burkina Faso aussi bien dans sa conception que dans sa mise en œuvre. L’accompagnement des populations a été judicieux et leurs droits ont été durablement protégés par un régime de sécurisation foncière adapté aux besoins des populations. Mais les projets de ce type doivent mieux intégrer le volet désenclavement pour s’assurer que les productions pourront être convenablement acheminées vers les marchés locaux, nationaux et internationaux.

Sâabèesèlè Jean Augustin Somda
Doctorant à l’université Ouaga II
Chargé de projet au Bureau d’Etudes et de Recherches pour le développement (BERD)
Ouagadougou, Burkina Faso
somdaaugust1@yahoo.fr