Un groupe de productrices d’agricultrices appréciant une variété d’arachide lors d’une visite à la station de recherche de l’ICRISAT lors d’une journée paysanne.
Photo: ICRISAT

Renforcer les capacités des femmes – Booster l’économie rurale

“L’autonomisation des femmes revêt une importance cruciale pour éradiquer la faim et la pauvreté” a dit le Secrétaire générale des Nations unies, Ban Ki-Moon à l’occasion de la journée internationale de la femme rurale célébré le 15 Octobre. Cela est démontré dans la pratique par l’Institut International de Recherche sur les Cultures des Zones Tropicales Semi-Arides (ICRISAT) à travers l’exemple de la chaine de valeur arachide en Afrique de l’Ouest.

L’arachide demeure une ressource principale pour les petits exploitants agricoles au Mali, au Niger et au Nigeria. Les études récentes dans ces pays montrent que l’arachide est plantée sur environ 36 pour cent de la superficie totale cultivée au Mali, 15 pour cent au Niger et 34 pour cent au Nigeria.  La culture représente 64 pour cent du revenu en espèces des ménages au Mali, 66 pour cent au Niger et 54 pour cent au Nigeria.

L’arachide est généralement considérée comme une culture des femmes en Afrique de l’Ouest, 85 pour cent des parcelles privées/individuelles au Mali et 35 pour cent au Niger appartenant à des femmes. Au Nigeria, les femmes participent peu aux activités de production de l’arachide, toutefois, les activités locales de transformation de l’arachide sont dominées par celles-ci.

Une approche pour améliorer la chaîne de valeur arachide dans la région de Dosso au Niger
 
Au cours des dix dernières années, l’ICRISAT et ses partenaires ont mis en place de manière réussie des systèmes de semences d’arachide à base communautaire qui incluent les femmes dans la région de Dosso au Niger grâce au soutien financier du Fonds commun pour les produits de base (CFC) via le Projet de semences d’arachide en Afrique de l’Ouest.  La Fondation Bill et Melinda Gates a soutenu l’initiative à travers le Projet Tropical Legumes II (Légumineuses tropicales II). Les agriculteurs, pris individuellement, et des groupes de femmes ont été formés ou leurs capacités ont été renforcées en matière de production de semences et ont été initiés à la gestion des micro-entreprises et à la commercialisation. A présent, ils produisent des semences de qualité. Les agriculteurs qui ont accès à ces semences de qualité produisent des graines de qualité. Bien que les interventions aient été relativement couronnées de succès en ce qui concerne le sous-secteur de la production, ceux de la transformation et de la commercialisation constituent les principaux maillons faibles de la filière arachide.
 
Les forces, faiblesses, opportunités et menaces ont été étudiées pour montrer que les principales options d’amélioration concernent : l’approvisionnement constant des transformateurs en graines de grande qualité ; le manque d’équipements appropriés pour transformer l’arachide en huile, tourteaux ou pâte ; le manque de formation en commercialisation ; le manque d’accès au crédit pour le fonds de roulement ou le commerce ; et la mauvaise qualité des liens avec les commerçants qui peuvent vendre les produits.
 
Par conséquent, une expérience économique pilote a été mise au point pour  l’amélioration de la filière arachide. Quatre groupes ont été mis sur pied dans la région de Dosso, chacun comptant environ 100 transformatrices. L’approche sectorielle a l’avantage d’aider les agriculteurs/transformateurs à mettre en commun la demande de matières premières et à vendre les produits transformés de manière collective. Les villages participants sont Moussa Dey, Guidan Gaba, Sambera et Gaya qui ont été retenus sur la base des quantités importantes d’huile d’arachide, de tourteaux et de pâte transformés. Quatre autres villages ont été retenus comme sites témoins, car ils comportent les mêmes caractéristiques socioéconomiques que les villages couverts par le projet, mais avec la différence que l’arachide y est transformée manuellement.
 
Amélioration de l’accès aux équipements de Transformation

Une évaluation des besoins en matière d’équipements a montré que le manque de décortiqueuses et de machines de transformation constituait les principales contraintes. A titre expérimental, le Projet TL II a fourni deux décortiqueuses mécaniques et deux petites machines de transformation d’huile à chacun des cinq groupes. Une analyse de rentabilité ex-ante des équipements a montré que le rendement de l’utilisation des décortiqueuses et des machines de transformation était plus élevé. Les décortiqueuses ont permis aux transformatrices d’économiser en moyenne 2,7 minutes de temps par kg d’arachide décortiquée et ont réduit les coûts de 2,5 F CFA par kg. En outre, l’utilisation des équipements de transformation réduit le temps de 0,75 minute et le coût de 6,25 F CFA par kg. S’agissant de l’extraction d’huile, les transformatrices ont gagné en moyenne 5,5 minutes et 18,75 F CFA par kg d’arachide décortiquée transformée. L’utilisation des décortiqueuses et des machines de traitement de l’huile par les transformatrices contribue à réduire le temps de la main-d’œuvre de 22,2 minutes et les coûts de 27,5 F CFA/kg d’arachide décortiquée.
 
Commercialisation de l’huile d’arachide, des tourteaux et de la pâte d’arachide
L’accès aux arachides transformées constitue un défi majeur dans la région de Dosso. Il n’existe aucun marché garanti pour les transformateurs d’arachide dans la région de Dosso. Ceux-ci vendent quatre principaux types de produits transformés, notamment l’huile d’arachide, la pâte, les gâteaux, Kuli Kuli, Digadigué (pâte d’arachide utilisée dans la préparation de sauces) et les noix grillées.
 
Tous les transformateurs ciblent le marché local en vendant leurs produits aux commerçants qui approvisionnent les marchés urbains dont les principaux exemples sont ceux de Gaya, Dosso, Niamey, Baleyara et Malanville (Bénin). Souvent, compte tenu du manque de coordination entre les transformateurs ou de l’absence d’une action collective, les transformateurs vendent les produits en tant que particuliers et ne peuvent donc pas négocier avec les commerçants. Ceci contribue à la faiblesse du volume de la transformation et des ventes ultérieures de produits arachidiers, ce qui, à son tour, empêche l’accumulation du capital.
 
Ce faible niveau d’activités constitue une source de griefs de la part des commerçants. Aussi, dans certains villages, les transformateurs mélangent souvent de l’huile de palme à l’huile d’arachide. Cette pratique réduit considérablement la qualité de l’huile et crée un élément dissuasif important pour l’achat de l’huile d’arachide.
 
Afin de résoudre le problème du faible niveau d’accès aux marchés, le projet a contacté deux grands commerçants dans la zone urbaine de Niamey qui ont manifesté chacun de l’intérêt pour acheter 5 000 litres d’huile d’arachide par semaine, ce qui se traduit par une demande en graines (matière première) d’environ 1 800 tonnes de graines d’arachide décortiquées par an. 
 
Equipes de gestion au niveau du groupement féminin
 
La durabilité de ces interventions est assurée par une équipe de gestion au sein de chaque groupe, notamment la présidente de l’association féminine, le trésorier et le commissaire aux comptes. Ces équipes ont été créées ou renforcées (le cas échéant) et initiées à la gestion des petites entreprises. En outre, au sein de chaque groupe, un homme et une femme ont été initiés à l’utilisation des équipements de décorticage et de transformation et formés pour effectuer les petites réparations courantes. Le soutien technique pour l’utilisation des équipements de transformation a été assuré au cours de l’année 2011/12 par un partenaire, CDMA, un fournisseur d’équipements de transformation.
 
Des formulaires de collecte de données très simples ont été remis aux opérateurs d’équipements afin de recueillir des informations sur l’utilisation des équipements, les coûts et les recettes générées. Ces formulaires sont collectés sur une base mensuelle par l’équipe du projet.

Autonomisation des femmes pour un meilleur accès à des variétés d’arachide adaptées au Mali
 
En raison de l’importance dans la nutrition et comme source de revenus, l’arachide est une culture idéale pour vaincre la malnutrition et  la pauvreté. Dans le cadre des changements climatiques actuels et futurs, les sélectionneurs ciblent déjà des caractéristiques spécifiques afin de mettre au point de nouvelles variétés de cultures dont la performance sera meilleure dans les conditions de changements climatiques.
 
Par conséquent, l’ICRISAT travaille en partenariat avec un large éventail de partenaires, notamment des institutions publiques et des ONG, afin d’autonomiser les femmes individuellement ou en groupes pour qu’elles aient accès à ces variétés adaptées et résilientes aux changements climatiques.

Au Mali, vingt-deux nouvelles variétés, neuf de cycle court et tolérantes à la sécheresse, cinq résistantes aux maladies foliaires et huit tolérantes à la contamination par l’aflatoxine ont été testées dans le cadre d’essais-mères dans 40 villages, associant 1 450 agriculteurs (dont 85 % de femmes). Les lignées prometteuses ont été sélectionnées aux fins d’évaluation plus approfondie dans un essai de comparaison pendant la campagne agricole suivante. En plus de l’évaluation, les femmes ont été formées à la production de semences d’arachide de meilleure qualité.
 
L’association féminine de Wacoro a produit au total neuf tonnes de semences de la variété préférée Fleur 11 (Alason) et a été mise en rapport avec une société privée locale de distribution de semences, Faso Kaba, en vue de la certification. D’autres groupes de femmes ont été initiés aux bonnes pratiques de  production de semences de qualité dans le cadre du projet TL II.

Pour plus d’amples informations, veuillez contacter:
Agathe Diama
Responsable Régionale de l’Information Afrique de l’Ouest et du Centre
International Crops Research Institute for the Semi-arid Tropics (ICRISAT)