Un paysage de dégradation des sols après des inondations, Malawi.

Un paysage de dégradation des sols après des inondations, Malawi.
Photo: ©FAO/Luca Sola

Réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les terres et l’alimentation

Selon le dernier rapport du GIEC, les terres sont soumises aux pressions des êtres humains et du changement climatique, mais elles sont aussi un élément de la solution. Une meilleure gestion des terres peut ainsi contribuer à faire face au changement climatique. La réduction des émissions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs, y compris les terres émergées et l’alimentation, est essentielle pour contenir le réchauffement mondial en deçà de 2°C, voire 1,5°C.

Les terres émergées représentent une ressource fondamentale indique le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans son Rapport spécial sur le changement climatique et les terres émergées publié le 8 août 2019. Selon lui, ce n’est qu’en réduisant les émissions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs, y compris les terres émergées et l’alimentation, que l’on pourra contenir le réchauffement mondial bien en deçà de 2 °C. En même temps, les terres émergées sont déjà soumises à la pression croissante des activités humaines, à laquelle s’ajoute le changement climatique. 

Une mobilisation générale pour la durabilité, associée à des mesures immédiates, offre les meilleures chances de faire face au changement climatique, disent les auteurs. Parmi les conditions à remplir figurent une faible croissance démographique, une réduction des inégalités, une meilleure nutrition et une diminution du gaspillage alimentaire. 

Nous pourrions ainsi instaurer un système alimentaire plus résilient et mettre davantage de terres à la disposition de la bioénergie, tout en protégeant les forêts et les écosystèmes naturels. À l’inverse, si nous n’agissons pas rapidement dans ces domaines, il faudra davantage de terres pour la bioénergie, ce qui exigera des décisions délicates concernant l’utilisation des terres et la sécurité alimentaire, préviennent les experts du GIEC.

Nous savons maintenant que même un réchauffement planétaire limité à environ 1,5 °C entraînera une augmentation des risques liés aux pénuries d’eau dans les zones arides, aux dommages causés par les incendies, à la fonte du pergélisol et à l’instabilité du système alimentaire. Si le réchauffement climatique atteint 2 °C, nous savons que les risques liés à la fonte du pergélisol et à l’instabilité du système alimentaire seront très élevés.

Le rôle important des terres émergées dans le système climatique

Ce rapport montre qu’une meilleure gestion des terres peut contribuer à faire face aux changements climatiques, mais n’est pas la seule solution. Les terres émergées jouent un rôle important dans le système climatique. D’une part, l’utilisation des terres contribue aux émissions de CO2, de l’autre les processus terrestres naturels aident à faire face aux changements climatiques. L’agriculture, la foresterie et d’autres types d’utilisation des terres représentent 23 per cent de nos émissions de gaz à effet de serre. Parallèlement, les processus terrestres naturels absorbent une quantité de dioxyde de carbone équivalant presque au tiers des émissions dues aux combustibles fossiles et à l’industrie.

Les terres doivent rester productives pour maintenir la sécurité alimentaire en dépit de la croissance démographique et des effets néfastes du changement climatique sur la végétation qui ne cessent de croître. Nous ne disposons donc que d’une marge de manœuvre limitée pour tirer parti des terres émergées afin de faire face au changement climatique, par exemple par la mise en place de cultures énergétiques et le boisement. À cela s’ajoute qu’il faut du temps pour que les arbres et les sols stockent efficacement le carbone. Les auteurs soulignent que la bioénergie doit être gérée avec soin si l’on veut éviter de mettre en péril la sécurité alimentaire et la biodiversité et de favoriser la dégradation des sols.

Lorsque le sol est dégradé, il devient moins productif : il est plus difficilement cultivable et perd de sa capacité à absorber le carbone. Ce phénomène exacerbe le changement climatique, lequel exacerbe encore la dégradation des sols à de nombreux égards.  

Agir sur le système alimentaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre

La sécurité alimentaire sera de plus en plus compromise par le changement climatique à venir en raison de la baisse des rendements, en particulier dans les régions tropicales. Les réponses au changement climatique dans le cadre du système alimentaire résident dans une diminution du gaspillage d’aliments et dans un changement des régimes alimentaires.

Le rapport indique qu’environ un tiers des aliments produits sont perdus ou gaspillés. Les causes de ces pertes et gaspillages sont très différentes selon qu’il s’agit d’un pays développé ou d’un pays en développement et elles varient considérablement d’une région à l’autre. Une diminution de ces pertes et du gaspillage réduirait les émissions de gaz à effet de serre et améliorerait la sécurité alimentaire.

L’adoption de régimes alimentaires équilibrés riches en aliments d’origine végétale tels que les céréales secondaires, les légumineuses, les fruits et les légumes, et les aliments d’origine animale produits de façon durable dans des systèmes à faibles émissions de gaz à effet de serre offrent de bonnes possibilités d’adaptation aux changements climatiques et de limitation de ces changements, indiquent les auteurs du rapport.

En outre, la gestion des risques et la réduction des vulnérabilités des terres et du système alimentaire permettent d’accroître la résilience des populations en cas de phénomènes extrêmes. Pour la mettre en place, il est possible de passer par des modifications du régime alimentaire ou une diversification des cultures de manière à enrayer la dégradation des terres et à améliorer la capacité d'adaptation aux extrêmes climatiques ou à la variabilité des conditions météorologiques. Les politiques qui ne portent pas sur les terres et l’énergie, mais sur les transports et l’environnement, par exemple, peuvent contribuer elles aussi très sensiblement à la lutte contre le changement climatique. Il importe d’agir rapidement pour plus d'efficacité et pour éviter des pertes.

(GIEC/ile)