Alpha Ouédraogo, administrateur général de la CIF (à gauche), et Jaya Arunachalam, président de l’ ICNW.
Photo: IRU

Les principes de Raiffeisen –<br />un « modèle de l’avenir »

Le rôle des coopératives dans la réalisation d’un développement durable a été l’un des principaux aspects discutés lors de la Conférence internationale Raiffeisen, tenue à Bonn, en Allemagne, le 3 mai. « L’idée Raiffeisen – un modèle d’avenir » a abordé différentes questions dans le contexte de l'Année internationale des coopératives proclamée par les Nations unies, et a examiné les perspectives d’avenir des coopératives, notamment dans le contexte du développement rural.

La manifestation, organisée par l'Union internationale Raiffeisen (IRU), a d'abord et avant tout mis l’accent sur les objectifs principaux que le mouvement coopératif devrait poursuivre en 2012, à savoir sensibiliser davantage les coopératives, promouvoir leur formation et encourager les gouvernements à créer pour elles un cadre approprié. Piet Moerland, président de l’Association européenne des banques coopératives (AEBC) et président de la Rabobank aux Pays-Bas, a souligné qu’avec plus de 900 000 coopératives dans le monde qui appliquaient avec succès les principes de Friedrich Wilhelm Raiffeisen, le concept représentait « un modèle d’avenir ayant de l’avenir ». Loin d’être inefficaces et non rentables, les banques coopératives, dont la sienne, avaient prouvé qu’elles étaient plus stables que des institutions commerciales durant la crise financière et qu’en même temps elles étaient viables dans le Sud ; un citoyen sur trois au Honduras est membre d’une coopérative et les coopératives approvisionnent 30 millions de personnes en électricité au Bangladesh.

Un modèle à potentiel immense

Dans son message vidéo adressé à la conférence, Madame Pauline Greene, présidente de l’Alliance coopérative internationale (ACI) a déclaré que les coopératives étaient « axées sur les gens et non sur le profit ». Le Secrétaire de l’ACI, Général Charles Gould, a qualifié les coopératives de « modèle d’entreprise sérieux » sur lequel il conviendrait de s’appuyer, parallèlement au concept d’actionnariat, dans une économie plus diversifiée. Les 300 plus grandes coopératives dans le monde ont réalisé un chiffre d’affaires de 1 300 milliards de dollars en 2011. « La question clé aujourd’hui est de savoir comment nous allons utiliser l’année 2012 pour construire une plateforme, renforcer la compréhension du modèle coopératif et faire en sorte que les gens prennent conscience de leur capacité d'en faire plus ».

Il semble également que les coopératives s’intègrent mieux dans la philosophie récemment défendue par la coopération au développement (CD). Hans-Jürgen Beerfeltz, Secrétaire d’État au ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), a dit des coopératives qu’elles étaient un élément essentiel de la coopération au développement. « Il n'est pas possible de développer des pays de l’extérieur, mais il faut se concentrer sur l’éradication des causes de la pauvreté », a déclaré Beerfeltz. « La coopération au développement n’est plus une aide fournie par des donateurs généreux, mais un investissement dans des opportunités meilleures ». L’une des vertus des coopératives est qu’elles sont profondément enracinées dans la société civile parce qu’elles sont des entreprises privées axées sur les besoins plutôt que sur l’appât du gain.

Une alternative éthique aux banques commerciales

En Afrique de l’Ouest, le Centre d’innovation financière a été lancé en 2000 afin d’aborder les questions concernant les réseaux de coopératives d’épargne et de crédit. En 2007, le Centre est devenu la Confédération des institutions financières (CIF) représentant six grands réseaux utilisant le modèle de crédit Raiffeisen et opérant au Bénin, au Burkina Faso, au Mali, au Sénégal et au Togo. La CIF compte environ trois millions de membres, dont 34 pour cent environ sont des femmes. Alpha Ouédraogo, administrateur général de la CIF, a expliqué les difficultés liées à l’accumulation dans un contexte dans lequel l’épargne était virtuellement inexistante. Des banques coopératives rurales et urbaines se sont parfois alliées pour former des coopératives ayant pour vocation d’assister les pauvres. Les coopératives sont depuis devenues des agences fournissant des services financiers complets visant à générer de la croissance. Ouédraogo note cependant qu'« elles constituent une alternative éthique aux banques commerciales. Le financement coopératif est un mouvement basé sur la solidarité ».

Le Secrétaire général de l’IRU, Paul Armbruster, a expliqué qu’en Équateur des programmes de formation étaient réalisés à l’intention de chargés de crédit et gestionnaires de banque et qu’un système d’épargne supervisé par le gouvernement était en train d’être mis en place avec le soutien de l’IRU et du BMZ. D’autres secteurs d’activité incluent « des systèmes d’alerte précoce » contre les risques financiers, des logiciels spéciaux pour les institutions de crédit, la formation de diffuseurs, des programmes de mobilisation des populations et les secteurs des coopératives artisanales et agricoles. Au niveau macro, les travaux en cours visent à créer des associations de coopératives et à établir des cadres juridiques et des dispositifs similaires, également avec la participation de l’Allemagne.

La Bank im Bistum Essen e.G., en Allemagne, est engagée dans le secteur de la microfinance depuis cinq ans environ. Le directeur de la division de la gestion durable, Michael Sommer, a expliqué que les clients souhaitant investir des fonds dans le secteur avaient permis d’octroyer des microcrédits à des marchandes qui avaient formé une coopérative afin de soutenir la création de petites entreprises leur appartenant en propre. À l’heure actuelle, environ 20 000 femmes adhèrent à la coopérative et ses membres ne sont pas seulement des commerçantes, mais travaillent également comme boulangères et dans d’autres professions. L’ordre de grandeur des microcrédits est de 550 USD et la période de remboursement est de 12 mois. « Seule une approche intégrée s'appuyant sur des structures coopératives faisant le lien entre des individus et des institutions peut parvenir à de tels résultats », a déclaré Sommer.

Encourager l’entrepreneuriat

Selon Jaya Arunachalam, président du Réseau coopératif des femmes de l'Inde (Indian Cooperative Network for Women – ICNW), le monde est en train de « connaître un nouveau type de leadership ayant la sagesse de vouloir survivre ensemble selon le modèle de l’individu collectif plutôt que de celui d’une personne dictant aux autres ce qu’elle doit faire ». L’ICNW, membre de l’IRU, qui est l'aile chargée du crédit du Forum des femmes ouvrières (Working Women’s Forum – WWF), a été créé en 1978 afin de soutenir les femmes vivant dans l’extrême pauvreté en s'inspirant d’idéaux coopératifs visant à réduire la pauvreté. L’ICNW octroie des crédits à bas taux d’intérêt aux femmes et encourage ainsi leur entrepreneuriat. Le programme de crédit de l'ICNW s'étend actuellement à plus d’un demi-million de femmes entrepreneurs pauvres et peut se féliciter d’un taux de récupération de 98,74 pour cent dans les bidonvilles urbains et dans les zones rurales. Des formations sont également dispensées afin de permettre aux femmes d’acquérir de nouvelles qualifications ; les femmes devenues entrepreneurs à part entière transmettent ensuite leur savoir aux autres.

Les coopératives établies dans les régions rurales du Sud continuent d’être confrontées à d’importants problèmes. C’est ce qu’a expliqué Peter Püspök, président du conseil d’administration de l'Oikokredit Austria, résumant ainsi les résultats de l’un des groupes de travail de la conférence. Ainsi, par exemple, les acquisitions de terres à grande échelle recueillent bien plus de fonds que les programmes de microcrédits. Le soutien apporté par le Nord est important. Püspök souligne cependant que « le Nord doit étudier très soigneusement les besoins du Sud. Les règles appliquées dans une économie de subsistance sont différentes de celles régissant l’économie mondiale ».

Auteur : Michael Gardner, journaliste, Bonn/Allemagne