Membres de l’équipe du projet SysCom mesurant la longueur des épis de maïs dans le cadre d’un essai sur le terrain à Chuka, Kenya.
Photo: FiBL

L’agriculture biologique fait aussi bien que l’agriculture conventionnelle

Dans le cadre d’un projet à long terme au Kenya, l’Institut de recherche de l’agriculture biologique installé en Suisse a examiné le potentiel de l’agriculture biologique et de l’agriculture conventionnelle en ce qui concerne la fertilité du sol, l’apparition d’organismes nuisibles et de maladies, et la rentabilité. Les premiers résultats sont en faveur de la mise en œuvre des mesures politiques nécessaires pour soutenir l’adoption de pratiques d’agriculture biologique à grande échelle.

L’agriculture est la source principale de moyens de subsistance pour environ 80 pour cent de la population africaine et elle assure un emploi à environ 70 pour cent des habitants les plus pauvres du continent. En Afrique sub-saharienne, la principale forme d’activité agricole est la polyculture simultanée. En Afrique orientale et australe, l’agriculture mixte à base de maïs est le système de production alimentaire le plus important, mais la productivité est très faible et est considérée comme une des raisons de la persistance de la pauvreté rurale dans la région. Cette faible productivité a été attribuée à un certain nombre de facteurs, notamment à la faible fertilité et à la dégradation à long terme des sols due à la déforestation, au surpâturage, à la culture continue et intensifiée sans reconstitution des éléments nutritifs du sol, et à la faible adoption de stratégies de gestion durable des ressources. Il y a un besoin évident d’inverser le déclin de la fertilité du sol et la dégradation des ressources naturelles.

Les impacts positifs de l’agriculture biologique sur la fertilité du sol et la biodiversité, mais aussi sur la productivité et la rentabilité, la santé des végétaux, l’efficacité dans l’utilisation des ressources et l’atténuation du changement climatique, ont déjà été démontrés dans les milieux tempérés, mais pas encore en conditions tropicales. C’est ce pour quoi a été lancé le programme Farming Systems Comparison (SysCom). Ce programme vise à combler l’actuel manque d’informations en évaluant les performances de différents systèmes agricoles sur le long terme. Après six années de culture dans des champs expérimentaux, les premiers résultats sont aujourd’hui disponibles.

Les essais sur le terrain

Dans le cadre de l’étude, en 2007, des sites permanents ont été créés dans deux régions des hauts plateaux du centre du Kenya (Thika et Chuka) au climat subhumide. Ces essais sur le terrain s’appuient sur une rotation des cultures (6 saisons/3 ans) de maïs et de différents légumes et sont organisés de manière à pouvoir comparer des systèmes de culture biologique et conventionnelle avec de faibles et hauts niveaux d’intrants, respectivement représentatifs de la culture irriguée commerciale et de la culture pluviale de subsistance. En principe, les niveaux d’apports dans les traitements à faible niveau d’intrants tiennent compte de la disponibilité des ressources de l’exploitation comme facteur déterminant, alors que dans le cas de traitements à niveau élevé d’intrants, les exigences des cultures et la rentabilité sont les principaux facteurs déterminants et nécessitent l’utilisation d’intrants achetés sur le marché (par ex. biopesticides pour l’agriculture biologique) et d’eau d’irrigation. Ainsi, les essais en pleins champs servent à comparer quatre types de traitement : culture conventionnelle à haut niveau d’intrants (Conv-High), culture biologique à haut niveau d’intrants (Org-High), culture conventionnelle à faible niveau d’intrants (Conv-Low) et culture biologique à faible niveau d’intrants (Org-Low).

Résultats du projet et conclusions à ce jour

Les premiers résultats sur six ans de l’étude à long terme montrent que, comparativement à l’approche classique, la culture biologique peut améliorer la fertilité du sol et la rentabilité économique (voir diagrammes).

Voici une présentation détaillée des facteurs examinés :

Productivité et rentabilité

  • Dans les systèmes à haut niveau d’intrants, les rendements sont les mêmes pour la culture biologique que pour la culture conventionnelle. Les rendements du maïs en grain et du maïs nain sont semblables sur les deux sites, tous les ans, sauf la première année à Thika.
  • Les systèmes biologiques à faible niveau d’intrants ont montré que les rendements de maïs intercalé avec des haricots étaient semblables à ceux des systèmes conventionnels, alors qu’à Thika, pour le maïs cultivé seul, les rendements ont été de 1,7 à 3,2 fois inférieurs à ceux des systèmes conventionnels.  
  • Le système biologique à haut niveau d’intrants s’avère plus rentable que le système conventionnel à haut niveau d’intrants après les quatre premières années. Compte tenu du prix plus élevé des produits biologiques certifiés, la marge brute a été plus forte pour la culture biologique à partir de la quatrième année.
  • Fertilité du sol
  • La culture biologique à haut niveau d’intrants a amélioré la fertilité du sol en accroissant son pH et sa teneur en potassium, calcium et magnésium comparativement à la culture conventionnelle à haut niveau d’intrants.
  • Les systèmes de culture biologique ou conventionnelle, qu’ils soient à haut ou faible niveau d’intrants, ont des effets similaires sur la teneur du sol en carbone organique.

Organismes nuisibles et maladies

  • Aucune différence notable n’a été constatée entre les systèmes biologiques et conventionnels en ce qui concerne les maladies (bigarrure du maïs, brûlure des feuilles de maïs et mildiou du maïs).
  • Aucune différence notable n’a été constatée entre les systèmes biologiques et conventionnels en ce qui concerne les organismes nuisibles (pucerons et insectes perceurs de tiges de maïs), sauf à Chuka en 2010, où les dégâts causés par les insectes perceurs de tiges ont été plus importants dans le système conventionnel que dans le système biologique, et en 2011 et 2012, où c’est l’inverse qui a été constaté.
  • Toutefois, les termites sont constamment et considérablement plus nombreuses dans les systèmes biologiques que dans les systèmes traditionnels. Sur la population totale, la présence de termites bénéfiques a plus été constatée dans les systèmes biologiques alors que celle de termites destructrices l’a plus été dans les systèmes conventionnels. Toutefois, dans les deux systèmes, les dégâts causés par les termites sont similaires.

Synthèse

Ces premiers résultats de l’étude à long terme réalisée au Kenya témoignent du potentiel qu’a l’agriculture biologique d’améliorer la fertilité du sol et les revenus des agriculteurs en Afrique sub-saharienne. Parallèlement, ses rendements sont du niveau de ceux de l’agriculture conventionnelle. Cela indique que dès que la phase initiale de conversion est passée, les systèmes biologiques commencent à offrir des avantages économiques substantiels par rapport aux systèmes classiques.

Il importe maintenant d’observer les résultats à moyen et long terme. C’est pourquoi il est prévu de poursuivre le programme SysCom en réalisant d’autres études axées sur ces aspects au cours des prochaines années.

Au sujet de « SysCom »
L’étude à long terme réalisée dans le cadre du programme « SysCom » compare les systèmes d’agriculture biologique et conventionnelle à conditions identiques. Réalisée par l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), Suisse, elle est mise en œuvre en coopération avec des partenaires locaux du Kenya : le centre international de physiologie et d’écologie des insectes (International Centre of Insect Physiology & Ecology – icipe), l’organisation kenyane de recherche sur l’agriculture et l’élevage (Kenya Agricultural & Livestock Research Organization – KALRO), l’université Kenyatta (KU), le réseau kenyan de l’agriculture biologique (Kenya Organic Agriculture Network – KOAN), l’institut kenyan de l’agriculture biologique (Kenya Institute of Organic Farming – KIOF) et l’institut sur la biologie et la fertilité des sols tropicaux du CIAT (Tropical Soil Biology and Fertility Institute of CIAT – TSBF-CIAT). Cette étude est financée par Biovision, la Direction suisse du Développement et de la Coopération, le service de Développement du Liechtenstein et le Fonds de placement axé sur un développement durable, de la banque Coop.
Pour en savoir plus, voir : www.systems-comparison.fibl.org


Noah Adamtey
Coordinateur de projet
Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL)
Frick, Suisse
noah.adamtey@fibl.org