Une coalition mondiale de chercheurs demande des changements profonds et durables des activités humaines pour freiner le réchauffement de la planète.
Photo : OSU

Des chercheurs mondiaux déclarent une situation d’urgence à l’échelle de la planète

Une coalition mondiale de chercheurs prévient que « des souffrances humaines indicibles » sont inévitables sans des changements profonds et durables des activités humaines qui contribuent aux émissions de gaz à effet de serre et à d’autres facteurs liés au changement climatique.

« Depuis 40 ans d’importantes négociations ont lieu à l’échelle mondiale et malgré tout nous avons continué de faire comme si de rien n’était et avons été incapables de faire face à cette crise, » déclare William J. Ripple, professeur d’écologie à l’université d’État de l’Oregon – collège de foresterie, à Corvallis/États-Unis, qui ajoute que le réchauffement climatique est une réalité et qu’il progresse plus vite que de nombreux scientifiques l’avaient prévu.

Dans un document publié en novembre dans la revue en ligne BioScience, les auteurs principaux, William Ripple et son collègue Christopher Wolf, ainsi que plus de 11 000 chercheurs signataires de 153 countries, déclarent une urgence climatique.

Les scientifiques désignent six domaines dans lesquels l’humanité doit prendre des mesures immédiates pour ralentir les effets du réchauffement de la planète : 

1. Énergie. Mettre en œuvre des pratiques de conservation majeures ; remplacer les combustibles fossiles par des sources d’énergie renouvelables à faible émission de carbone ; ne plus exploiter les réserves de combustibles fossiles ; mettre fin aux subventions accordées aux compagnies de combustibles fossiles ; et imposer des taxes carbone suffisamment élevées pour restreindre l’utilisation des combustibles fossiles.

2. Polluants à courte durée de vie. Réduire sans tarder les émissions de méthane, de suie, d’hydrofluorocarbures et d’autres polluants climatiques à courte durée de vie. On pourra ainsi potentiellement réduire la tendance au réchauffement à court terme de plus de 50 pour cent sur les prochaines décennies.

3. Nature. Restaurer et protéger les écosystèmes tels que les forêts, les pâturages, les tourbières, les zones marécageuses et les mangroves, et permettre à une plus grande proportion de ces écosystèmes d’atteindre leur potentiel écologique de séquestration du dioxyde de carbone, un important gaz à effet de serre. 

4. Nourriture. Consommer plus de végétaux et moins de produits d’origine animale. Le changement d’alimentation réduirait considérablement les émissions de méthane et d’autres gaz à effet de serre et libérerait des terres agricoles pour cultiver des produits destinés à la consommation humaine plutôt qu’à la consommation animale. Il est également crucial de réduire les déchets alimentaires – selon les chercheurs, au moins un tiers de la production alimentaire finit à la poubelle.

5. Économie. Convertir l’économie actuelle en une économie à zéro carbone pour lutter contre la dépendance de l’homme à la biosphère et se fixer des objectifs autres que ceux qui sont axés sur la croissance du produit intérieur brut et la poursuite de l’abondance. Réduire l’exploitation des écosystèmes pour maintenir la durabilité à long terme de la biosphère.

6. Population. Stabiliser la population mondiale, qui augmente actuellement de plus de 200 000 personnes par jour, en adoptant des approches garantissant la justice sociale et économique.
Selon ce document, « l’atténuation du changement climatique et d’adaptation à ce changement, dans le respect de la diversité humaine, impliquent des transformations majeures de la façon dont notre société mondialisée fonctionne et interagit avec les écosystèmes naturels. » « La montée récente des préoccupations exprimées par les gouvernements, les citoyens et les jeunes générations ne peut que nous encourager. » 

Des mesures urgentes sont nécessaires pour stopper une nouvelle augmentation des émissions de gaz à effet de serre

Ces dernières décennies, de multiples assemblées mondiales ont convenu que des mesures urgentes sont essentielles, mais les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter rapidement. Tel est le constat des scientifiques qui notent au passage d’autres signes inquiétants liés aux activités humaines : augmentation soutenue de la production de viande par habitant, de la perte de couverture forestière à l’échelle mondiale et du nombre de passagers des lignes aériennes.

Selon le document, il y a malgré tout des signes encourageants – notamment la réduction des taux mondiaux de natalité et le ralentissement des pertes forestières en Amazonie brésilienne, ainsi que l’augmentation de la production d’électricité d’origine éolienne et solaire – mais même ces mesures sont teintées d’inquiétude.   

« La température à la surface du globe, le contenu thermique des océans, les conditions climatiques extrêmes et leurs coûts, le niveau de la mer, l’acidité des océans et les superficies incendiées aux États-Unis suivent tous une courbe ascendante, » déclare William Ripple. « À l’échelle de la planète, on assiste à une accélération de la fonte des glaces, comme le montrent la réduction de la superficie minimale de la banquise arctique en été, de la calotte glaciaire au Groenland et dans l’Antarctique, et de l’épaisseur des glaciers. Tous ces changements rapides soulignent l’urgence des mesures à prendre. » 

(OSU/wi)

Référence :
William J Ripple, Christopher Wolf, Thomas M Newsome, Phoebe Barnard, William R Moomaw : World Scientists’ Warning of a Climate Emergency; 1919, dans BioScience, biz088: doi.org/10.1093/biosci/biz088

Plus d’informations (en anglais) :

Site de l’université d’État de l’Oregon – Collège de foresterie:
today.oregonstate.edu/news/world-scientists-declare-climate-emergency-establish-global-indicators-effective-action

Site de l’Alliance of World Scientists:
https://scientistswarning.forestry.oregonstate.edu/