Kaligueta, 15 ans, vit dans le département de Boussouma, dans la région du Centre-Nord, au Burkina Faso. Elle vient de participer à une réunion de sensibilisation à la COVID-19. Photo: Plan International

Mettre l'accent sur les filles et les jeunes femmes

La pandémie de COVID-19 pose également un problème considérable au secteur des ONG. Alors que la propagation de la maladie doit être maîtrisée, les programmes existants doivent être poursuivis autant que possible. À cet égard, Plan International met l’accent sur les personnes les plus touchées par la crise : les femmes et les filles.

En tant que crise mondiale, la pandémie de COVID-19 a un impact sur la vie de tous les habitants de la planète. Cependant, les filles et les femmes sont les plus gravement touchées, en particulier celles qui vivent dans les zones de crise. Non seulement parce que davantage de femmes exercent une profession qui les expose à des risques plus élevés d'infection par le coronavirus, par exemple dans le domaine de la santé et des soins infirmiers, mais aussi parce que les problèmes, les inégalités et les relations de pouvoir existants sont aggravés dans les situations de crise. Les filles et les jeunes femmes sont particulièrement touchées par les effets secondaires à long terme de la pandémie, qui sont pourtant décisifs en ce qui concerne leurs possibilités de participer.

L'expérience acquise lors de l'épidémie à virus Ebola en Afrique de l'Ouest dans les années 2014-2016 et lors de la pandémie de COVID-19 donne à penser que la crise actuelle aura un impact social et économique considérable sur la vie des femmes et des filles. En temps de crise, les filles et les jeunes femmes courent généralement un risque plus élevé d'être victimes de violence à caractère sexiste, d'être forcées à se marier très jeunes, d'avoir des enfants en bas âge ou d'abandonner les études. Cela réduit leurs chances de mener la vie qu’elles souhaiteraient mener – encore plus qu'avant la pandémie. C'est pourquoi Plan International accorde toujours une attention particulière aux besoins spécifiques des filles et des femmes lors de la mise en œuvre de ses mesures d’aide et de protection pour répondre à la COVID-19.

Hygiène : kits de dignité et stations de lavage des mains

Dans ses programmes transnationaux, l’organisation Plan International met l'accent sur des activités sensibles et spécifiques au genre pour répondre à ces besoins. Elle insiste tout particulièrement sur l'hygiène et la lutte contre les infections. En fournissant et en distribuant des « kits de dignité » (contenant du savon, des gants ou des brosses à dents, mais aussi des articles d'hygiène menstruelle), Plan International aide non seulement les habitants des pays à faible revenu à respecter des normes d'hygiène minimales et à réduire le risque d'infection en cas de confinement strict ou d'interruption des chaînes d'approvisionnement, mais répond également aux problèmes auxquels les adolescentes et les femmes sont confrontées pendant leurs menstruations.

Grâce aux réseaux sociaux, lorsqu’ils sont disponibles, et à des appareils de radio fonctionnant à l'aide de manivelles ou à l'énergie solaire, les communautés et les bénéficiaires des projets ont accès à l'information et aux messages de sensibilisation. Des stations de lavage des mains sans contact, actionnées par pédale et comprenant du savon, sont en cours d'installation dans les institutions et les établissements publics essentiels, tels que les centres de santé, les écoles, les points de distribution ou les espaces adaptés aux enfants. Avec le matériel et le savon fournis, les ménages et les établissements peuvent construire des robinets à bascule (tippy taps) pour se protéger du virus grâce au lavage des mains.

Dans les zones du projet, les agents de santé reçoivent un équipement de protection comprenant, entre autres, du savon, des désinfectants, des masques et des gants. En outre, les membres des comités communautaires et des ONG partenaires locales sont formés à la prévention des infections et à la gestion de la COVID-19. Afin d'aider les filles et les jeunes femmes à exercer leurs droits en matière de santé sexuelle et reproductive et leur droit à l'autodétermination, les services de santé concernés sont renforcés et équipés de manière à mieux répondre aux besoins des adolescentes et des jeunes femmes.

Les mesures de distanciation physique font que les outils qui aident généralement les filles et les femmes à revendiquer leurs droits, à s'autonomiser ou à obtenir un soutien en cas d'urgence, sont difficilement accessibles. Par exemple, elles ne peuvent pas assister aux rencontres entre mères, participer aux activités des clubs de filles, aux groupes d’épargne ou à d'autres rassemblements sociaux similaires. En outre, il est désormais pratiquement impossible de revendiquer quoi que ce soit auprès des décideurs politiques. Il n'y a plus ni événements, ni rassemblements, ni manifestations. Parallèlement, la société dans son ensemble, les politiciens et les autorités accordent moins d'attention aux sujets qui ne sont pas directement liés à la crise du coronavirus, si bien que la volonté et les capacités des organes responsables à s'engager sur d'autres questions s’en trouvent réduites. Il est d’autant plus difficile d’attirer l’attention sur les effets cachés de la pandémie de Covid-19 sur les filles et les femmes.

Protection contre la violence genrée

En temps de crise, toutes les formes de violence genrée augmentent, en particulier la violence domestique. En raison de mesures de protection telles que le confinement, les filles et les femmes sont plus fréquemment victimes d'agressions violentes au sein de la famille. Avec la pandémie de COVID-19, il est plus difficile, voire impossible, de mettre fin à ces situations de violence.

Pour en sortir, il faut que les filles et les femmes qui en sont victimes puissent faire connaître leur situation à des personnes extérieures, par exemple à l'école, lors de visites à domicile de travailleurs sociaux qualifiés ou lors d'activités de loisirs organisées, dans les clubs de filles et de jeunes, par exemple. Toutefois, les restrictions de contacts ont extrêmement réduit ces possibilités. En raison du confinement, on nous rapporte des faits alarmants, par exemple une augmentation des appels à l'aide via les lignes d'assistance téléphonique, en Amérique latine et dans la région des Caraïbes où la violence domestique était un problème grave même avant la crise.

Par le biais de messages informatifs véhiculés par les membres du personnel, les partenaires et les bénévoles, si possible, mais aussi par les médias, tels que Facebook, les programmes radio et les affiches, Plan International sensibilise les personnes des communautés participant au projet aux risques de violence sexuelle et genrée pour les enfants, les filles et les femmes. L'organisation sensibilise les membres des comités communautaires, en particulier ceux qui sont responsables de la protection des enfants, ainsi que les représentants des communautés, aux risques liés à la COVID-19. Par ailleurs, des services de conseil en matière de violence domestique ou sexuelle ainsi que de protection de l'enfance sont en cours de création ou d'expansion. Ces services comprennent des lignes d'assistance téléphonique ou des mentors communautaires qui peuvent rapporter de tels cas.

Assurer une sécurité de revenu et empêcher la détresse économique

En période de crise économique, le risque d'exploitation et d'abus (prostitution, travail forcé) augmente. Des services d'aide inconditionnelle sous forme de transferts d'argent ou de bons pour les jeunes filles et les femmes, ainsi que pour les personnes appartenant à des groupes très exposés, comme les ménages dirigés par des femmes, contribuent à assurer l'approvisionnement en produits alimentaires et non alimentaires. En outre, la distribution de rations alimentaires, en particulier pour les ménages ayant des enfants de moins de cinq ans, contribue à la sécurité alimentaire.

De nombreuses femmes travaillant dans le secteur de la restauration ou des services perdent leurs revenus en raison des mesures de protection contre la COVID-19. Des solutions créatives et le développement de possibilités de revenu à court terme doivent fournir des sources de revenu alternatives aux femmes et aux adolescentes touchées – par exemple en leur permettant de commencer à produire des serviettes hygiéniques ou des masques faciaux. Cela peut non seulement améliorer leur situation financière, mais aussi les aider à surmonter les pénuries d'approvisionnement et les problèmes d'accès aux articles d'hygiène qui sont devenus très rares ou coûteux en raison de la pandémie.

Lorsque les familles disposent d’un revenu sûr, il est possible d'empêcher les mariages précoces. L'expérience montre que les parents ont souvent recours au mariage précoce comme mécanisme de survie en raison de leur détresse économique. Pendant la crise Ebola, le nombre de mariages d'enfants a augmenté de 65 pour cent dans les zones les plus touchées de la Sierra Leone. Au stade de la planification de toutes les activités, les filles et les femmes sont consultées afin de pouvoir prendre en compte leur point de vue lors de la mise en œuvre des mesures. Ce faisant, nous nous assurons que les problèmes et les obstacles sont réduits et que les activités répondent aux besoins réels.

Une approche coordonnée

En tant qu'organisation non gouvernementale internationale, nous devons bien entendu chercher à empêcher la propagation du virus dans les pays où sont mis en œuvre les programmes et prendre soin des personnes touchées par la maladie, mais nous devons également poursuivre les programmes existants. Pour s’assurer que les projets en cours peuvent se poursuivre et que les structures existantes peuvent être utilisées pour mettre en œuvre les mesures de protection contre la COVID-19, toutes les activités basées sur la COVID-19 sont coordonnées avec les projets en cours. Elles sont axées sur les activités standards existantes adaptées au contexte, si nécessaire, et coordonnées avec celles d'autres parties prenantes telles que les autorités locales, les organisations locales, comme les clubs de femmes ou de jeunes, ou les comités communautaires. Cela suppose l’ajout de programmes dans les pays où nous sommes déjà actifs dans le domaine de l'aide humanitaire. Dans la région du lac Tchad, par exemple, le travail avec les victimes de la violence sexiste du groupe terroriste Boko Haram est élargi de manière à inclure la violence domestique, un problème que la pandémie de COVID-19 et le confinement ont considérablement aggravé. Pour réduire les risques d’infection, les formations et les conseils qui, auparavant, avaient lieu et étaient prodigués dans des groupes plus importants sont désormais remplacés par des activités de porte-à-porte.

Comme Plan International est partie prenante du secteur des ONG internationales depuis de nombreuses années, l'organisation est en mesure d'utiliser un large réseau de structures existantes dans les pays du programme lors de la mise en œuvre des mesures de lutte contre la COVID-19. La confiance de la population et de nombreuses années – voire des décennies – d'expérience dans les communautés nous aident à planifier les activités en fonction des besoins et à les réaliser efficacement. En outre, Plan International publie depuis de nombreuses années des rapports sur la situation des filles et des jeunes femmes en situation de crise (« Girls in Crisis ») afin de donner la parole à celles qui sont concernées et de prendre en compte leurs besoins spécifiques dans les programmes.

La COVID-19 est un problème mondial – également pour le secteur des ONG. Même si les impacts à long terme sur le travail programmatique ne peuvent pas encore être pleinement évalués, il est important de réagir de manière proactive et flexible aux nouvelles situations et circonstances. Pour cela, la cohésion, l'échange et la transparence sont fondamentaux.

Anabela Brandao est attachée de presse à Plan International, Hambourg/Allemagne.
Contact: anabela.brandao@plan.de

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