Mère éléphant et son éléphanteau dans un parc national, au Congo. Les animaux sauvages remplissent des fonctions importantes dans les forêts. Les éléphants, par exemple, sont d’importants disséminateurs de graines.
Photo: ©G DA CRUZ PANTOJA/Shutterstock

Il faut accorder plus d’attention à la défaunation

La perte d’une faune abondante et variée affaiblit les piliers fondamentaux du développement durable mondial. Les chercheurs nous exhortent à accorder plus d’attention à la défaunation dans la recherche interdisciplinaire, la politique forestière et la conservation des forêts.

En avril 2021, des chercheurs nous ont prévenus : l’appauvrissement de la faune freine la réalisation des objectifs de développement durable (ODD). Une nouvelle publication de chercheurs du Centre universitaire de Lund pour les études de durabilité (LUCSUS), en Suède, et de l’Institut Leibniz pour la recherche sur la faune sauvage et de zoo (Leibniz-IZW), en Allemagne, examine les liens qui existent entre la défaunation des forêts tropicales et les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies. 

La défaunation est un processus qui se manifeste actuellement dans les forêts tropicales et dont on parle peu. Il fait non seulement allusion à la disparition d’espèces animales due aux phénomènes d’extinction régionaux et mondiaux, mais aussi aux circonstances selon lesquelles certaines espèces sont nettement moins abondantes et ne peuvent assumer leurs fonctions écologiques lorsque leur nombre est trop limité. La défaunation menace les fonctions écologiques essentielles et compromet le bien-être humain à différents niveaux. 

La réalisation de ces ODD est particulièrement menacée par la défaunation : 

  • Nutrition et faim « zéro » (ODD 2) : la viande d’animaux sauvages est une importante source d’alimentation pour les populations qui vivent dans les forêts tropicales, ou à proximité immédiate, et qui en dépendent pour se nourrir. La défaunation accroît la faim, réduit l’accès à une alimentation saine, nutritive et suffisante pendant toute l’année, et aggrave la malnutrition des enfants. Comme les animaux des forêts tropicales jouent un rôle clé dans la pollinisation, la réduction du nombre d’insectes, de chauves-souris ou d’oiseaux peut également menacer la production de produits forestiers non ligneux tels que les fruits ou les arbres porteurs de noix – autre pilier de la sécurité alimentaire et de la santé dans les régions tropicales.
     
  • Bonne santé et bien-être (ODD 3) : les 18 derniers mois ont montré que la consommation de viande d’animaux sauvages peut avoir une importance mondiale pour la santé publique car les animaux sauvages sont porteurs et peuvent transmettre de nombreuses zoonoses potentiellement mortelles. Par ailleurs, une faune forestière riche et résiliente a souvent une grande importance culturelle et est une source d’inspiration dans l’art et la littérature – sans compter qu’elle contribue à atteindre la cible 3.4 « promouvoir la santé mentale et le bien-être » de l’ODD 3.
     
  • Lutte contre le changement climatique (ODD 13) : les forêts comptent parmi les plus importants puits de carbone terrestres et le maintien et la protection des écosystèmes forestiers en bonne santé sont essentiels pour atténuer le changement climatique. Les communautés fauniques intactes jouent un rôle majeur pour le maintien des fonctions écosystémiques des forêts en raison des multiples interactions écologiques entre les végétaux et les animaux. De récentes études ont établi l’existence d’un lien direct entre la diversité de la faune et les capacités de stockage du carbone : lorsque le nombre d’arbres à grosses graines dispersées par les animaux diminue, les forêts stockent moins de carbone. 
     
  • Vie terrestre (ODD 15) : l’appauvrissement de la faune des forêts tropicales mondiales est directement lié à la capacité future de protéger et d’utiliser durablement les écosystèmes forestiers terrestres et leur biodiversité. Par conséquent, la défaunation est une menace directe pour les cibles de l’ODD 15, par exemple la cible 15.2 (D’ici à 2020, promouvoir la gestion durable de tous les types de forêt, mettre un terme à la déforestation, restaurer les forêts dégradées et accroître considérablement le boisement et le reboisement au niveau mondial) et la cible 15.5 (Prendre d’urgence des mesures énergiques pour réduire la dégradation du milieu naturel, mettre un terme à l’appauvrissement de la biodiversité et, d’ici à 2020, protéger les espèces menacées et prévenir leur extinction). 

Selon les chercheurs, il faut accorder une plus grande attention à la défaunation dans divers domaines de recherche. Comme les conséquences de la défaunation tropicale sont considérables, mais aussi très complexes – comme le montre le dilemme de la viande d’animaux sauvages – il faut intensifier la recherche interdisciplinaire pour bien comprendre les implications du processus. Il importe de concevoir des approches de préservation globales et localisées pour atténuer la défaunation et inverser le processus. Les systèmes socio-économiques locaux ont un rôle important à jouer pour la réussite des stratégies de préservation. 

La défaunation a en grande partie été négligée par les politiques de préservation des forêts et les stratégies de gouvernance forestière doivent directement s’attaquer à ce problème, par exemple en incluant la faune dans le financement climatique mondial axé sur la forêt. Enfin et surtout, les chercheurs déclarent que l’application de mesures effectives visant à freiner et contrôler le commerce mondial dont la faune tropicale fait l’objet constitue un élément majeur de la lutte contre la défaunation des écosystèmes forestiers.

(IZW/ile)

Pour plus d’informations, consulter le site de l’IZW (en anglais) 

Publication:
Krause T, Tilker A (2021): How the loss of forest fauna undermines the achievement of the SDGs. Ambio. DOI: 10.1007/s13280-021-01547-5
 

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