Volume 18 - No 2/2011: Initiatives en faveur de la sécurité alimentaire, Exploitation responsable des forêts, Populations migrantes

Initiatives en faveur de la sécurité alimentaire
La crise mondiale à laquelle la flambée des prix des denrées alimentaires a donné lieu en 2007/2008 et les émeutes de la faim qui ont suivi dans plus de 30 pays ont suscité une prise de conscience mondiale. Le thème de la sécurité alimentaire et de la faim a été remis à l’ordre du jour politique et a également été réinscrit au programme des Sommets du G8 et du G20 de ces trois dernières années. Un plan d’action devait être dressé et l’Organisation des Nations unies a été invitée à procéder à une réforme de son Organisation pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO. Elle devait également restaurer le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) et le doter de nouvelles et vastes attributions. En outre, un grand nombre d’initiatives ont été lancées au niveau mondial, régional et national afin de remédier à ce problème grandissant de la faim dans le monde.

Le temps est donc venu de se demander ce que ces efforts de réforme et ces initiatives nous ont apporté à ce jour. Vont-ils vraiment dans la bonne direction et suffiront-ils pour réduire à long terme le nombre de personnes souffrant de la faim, comme l’exige l’Objectif du Millénaire pour le développement n°1? Ce sont là certaines des questions auxquelles les auteurs de notre premier thème phare se sont efforcés d’apporter une réponse.

Exploitation responsable des forêts

Plus de 13 millions d’hectares de forêt sont perdus chaque année, dont près de 90 pour cent dans les zones tropicales. La faune et la flore voient disparaître avec eux leur habitat, de vastes superficies sont livrées à l’érosion et l’une des fonctions majeures de la forêt, à savoir la protection du climat, est perdue en même temps. C’est pour attirer l’attention sur cette évolution que l'année 2011 a été proclamée l'Année internationale de la forêt par l'Assemblée Générale des Nations unies.

Ce n’est pas sans raison que l’on a retenu pour devise «Des forêts pour les gens», car les forêts ne sont pas seulement étroitement liées à la stabilité de l’environnement, mais aussi aux moyens d’existence des populations rurales. Environ 1,6 milliard de personnes dans le monde vivent dans la forêt et en tirent leurs moyens d’existence. Pour ces personnes, la forêt ne représente pas seulement un milieu de vie et un milieu culturel, mais également une source importante de ressources et de revenus. En décrétant l’année des forêts, les Nations unies plaident non seulement pour la protection de ces dernières, mais aussi pour le développement de concepts d’exploitation durable, grâce auxquels les fonctions diversifiées des forêts peuvent être préservées à long terme et leurs ressources être exploitées de façon à contribuer à la lutte contre la pauvreté.

Il est cependant plus facile d’exiger une exploitation durable des forêts que de la mettre en œuvre: d’une part, le bois représente une ressource précieuse qui permet de gagner beaucoup d’argent, en particulier quand il est possible de contourner une législation compliquée et des réglementations sévères. De l’autre, la forêt joue un rôle dans de nombreux domaines de la vie et de la politique; or, plus le nombre d’acteurs exigeant un droit de codétermination est important, plus il devient difficile de concevoir la politique. Néanmoins, nos auteurs sont convaincus, que cela n’est pas un hasard si la notion de «durabilité» a vu le jour dans le contexte de la forêt, il y a plus de 200 ans déjà.


Populations migrantes

Quand la population croît, les terres, et donc aussi les possibilités de produire des denrées alimentaires et de réaliser des revenus, deviennent plus rares, et de plus en plus de personnes se décident à quitter leurs villages d’origine. L’exode rural vers les villes n’est pourtant qu’une face de la médaille; les mouvements migratoires des populations sont bien plus complexes que les statistiques veulent bien le laisser croire à premier abord. Mais qu’impliquent ces migrations pour l’avenir des zones rurales et pour les populations restées au pays ? Et, que se passe-t-il quand les migrants, souvent après de nombreuses années d’absence, s’en retournent dans leurs villages ?

Il est bien connu que, dans de nombreux pays en développement, les transferts de fonds en provenance de l’étranger sont plus importants que les dépenses de l’Aide publique au développement (ODA) et que ces fonds contribuent à améliorer les conditions de vie des personnes restées au pays. Mais cela aussi n’est qu’une face de la médaille. En effet, quand une grande partie de la population productive s’en va, la production agricole dans les villages d’origine, et avec elle la situation alimentaire, s’en trouve rapidement menacée; de plus, ce ne sont pas seulement les migrants qui, en partant, se privent d’un réseau social stable, mais c’est la structure sociale des villages tout entière qui se met souvent à vaciller. Il s’agit donc là d’un thème complexe qui a besoin de politiques intelligentes si l’on veut éviter les répercussions négatives.