C’est toujours en Indonésie que se trouvent les tourbières les plus profondes. Ici, dans l’île de Kalimantan Tengah, Indonésie. <br/> Photo: Nanang Sujana/CIFOR

C’est toujours en Indonésie que se trouvent les tourbières les plus profondes. Ici, dans l’île de Kalimantan Tengah, Indonésie.
Photo: Nanang Sujana/CIFOR

Une nouvelle carte révèle d’autres tourbières tropicales

Selon une nouvelle étude effectuée au Centre de recherche forestière internationale (CIFOR), les pays tropicaux possèdent trois fois plus de tourbe qu’on le pensait auparavant, ce qui présente de nouvelles possibilités et de nouveaux problèmes dans la lutte contre le changement climatique.

Des conclusions récentes du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) et de six autres instituts de recherche contestent le point de vue de longue date selon lequel l’Asie est le continent dans lequel se trouve la majeure partie des tourbières tropicales et révèlent au contraire que c’est à l’Amérique du Sud que revient ce privilège. Les résultats de l’étude ont été présentés lors du Global Landscapes Forum organisé en mai à Jakarta, Indonésie.
 
La cartographie réalisée par les chercheurs sur 146 pays tropicaux et subtropicaux a montré l’existence de 1,7 million de kilomètres carrés (km2) de tourbières et 4,7 millions de km2 de zones humides.
 
L’étude montre que la combinaison de zones étendues de dépôts profonds dans des pays tels que le Pérou, l’Équateur et l’Argentine, et de vastes tourbières peu profondes en Amazonie brésilienne, explique la place de l’Amérique du Sud comme principal dépositaire des stocks de tourbe tropicale (44 pour cent en superficie et en volume). L’Asie possède plus d’un tiers – 38 pour cent – de la superficie et du volume de tourbe tropicale, l’Indonésie étant le pays dans lequel on trouve les tourbières les plus profondes.
 
C’est dans le Bassin du Congo, en Afrique, que se trouvent les dépôts de tourbe les plus étendus connus à ce jour dans les zones tropicales. Dans son ensemble, l’Afrique possède plus de tourbe qu’on le pensait antérieurement, mais les conditions climatiques expliquent que, de tous les continents, c’est elle qui en possède le moins.
 
« Ces conclusions font partie d’un document évolutif auquel n’importe qui peut accéder et ajouter des commentaires et qui sera actualisé à mesure que de nouvelles données seront disponibles, » déclare Daniel Murdiyarso, chercheur principal au CIFOR et co-auteur du document. « La carte constitue un important point de départ pour divers travaux à venir sur les tourbières et les zones humides. » 
 
Modélisation et cartographie
 

Les chercheurs ont mis au point une technique unique en son genre – appelée « modèle de système expert » – pour produire une carte très détaillée sur l’emplacement, l’étendue et la profondeur des tourbières. Cette carte fournit des données comparables, transparentes et cohérentes pour tous les pays et continents.
 
Le modèle associe diverses sources de données et diverses méthodes, analyse le renouvellement de l’eau et mesure les changements d’humidité du sol enregistrés sous forme d’images satellites et de reliefs – canaux, vallées et pentes – favorables aux inondations.
 
Les auteurs de l’étude estiment que les tourbières d’Amérique du Sud et d’Afrique ont été précédemment sous-déclarées, dans la mesure où l’accès au sol est plus difficile et où elles n’ont pas été exposées au même niveau de destruction humaine qu’en Asie du sud-est, ce qui les a tenues à l’écart des feux de la rampe internationaux.
 
Nouvelles opportunités
  

L’existence d’un plus grand nombre de dépôts de tourbe tropicale présente un certain nombre d’opportunités et de problèmes pour les populations et pour la planète.
 
En plus d’être d’importants sites de biodiversité, les tourbières jouent un rôle crucial dans la régulation et l’atténuation du changement climatique. Si elles sont mal gérées – c’est-à-dire asséchées et brûlées afin de dégager de l’espace pour des activités agricoles – elles peuvent libérer d’énormes quantités de carbone dans l’atmosphère. Les fumées toxiques produites peuvent également avoir des conséquences catastrophiques pour la santé. 
 
La carte est conçue pour aider les pays à limiter ces menaces 
 
« Conformément à l’Accord de Paris, les pays signataires du traité des Nations Unies sur le climat sont tenus de présenter leurs contributions décidées au niveau national (NDC), et notamment leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, » déclare Daniel Murdiyarso, qui ajoute : « Les pays possédant des tourbières tropicales peuvent utiliser la carte pour déterminer où des travaux d’aménagement du territoire pourraient être la cause de problèmes et comment une intervention politique pourrait améliorer l’approche de statu quo à l’endroit identifié. »
 
Les tourbières identifiées sur la carte en Amérique du Sud et en Afrique et actuellement relativement intactes, sont déjà confrontées à la menace d’un accroissement des périodes de sécheresse, du nombre d’incendies et des travaux prévus d’aménagement du territoire (concessions d’exploitation forestière et construction de routes, par exemple).
 
Les chercheurs soulignent que d’autres études sont nécessaires sur le terrain dans le cadre des travaux en cours du CIFOR sur les tourbières, pour tester les conclusions du modèle, recueillir plus d’informations sur les régions montagneuses et vérifier si les tourbières identifiées sont actuellement perturbées. 

(CIFOR/wi)
 
Pour en savoir plus sur ce sujet, visiter le site du CIFOR

Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie.

Document évolutif sur les tourbières mondiales