Irrigation par siphon en Tunisie. <br/>Photo:© FAO

Irrigation par siphon en Tunisie.
Photo:© FAO

Une meilleure gestion des ressources en eau permettrait de réduire de moitié le déficit alimentaire mondial

Une gestion améliorée de l’eau d’irrigation pourrait réduire de moitié le déficit alimentaire mondial d'ici à 2050 et atténuer certains des effets préjudiciables des changements climatiques sur les rendements des cultures.

La gestion de l’eau agricole est une approche largement sous-estimée quant à ses possibilités de réduire la sous-alimentation et la malnutrition et d’accroître la résilience des petits exploitants aux changements climatiques. C’est là l’une des principales conclusions d’une étude récente de l’Institut de recherche sur le climat de Potsdam (PIK)/Allemagne.
 
Dans cette étude, les scientifiques de Potsdam démontrent que si tous les agriculteurs adoptaient des méthodes bien connues de gestion de l’eau, la production alimentaire mondiale pourrait augmenter de 41 pour cent. Ils ont systématiquement étudié les possibilités qui existent à l’échelle mondiale de produire davantage d’aliments avec les mêmes apports d’eau en optimisant l’utilisation des eaux pluviales et les méthodes d’irrigation. Les investissements dans la gestion de l’eau agricole permettrait de réduire considérablement la faim tout en compensant l’accroissement de la population. Les scientifiques font néanmoins remarquer que la transposition de ces conclusions dans la pratique exigerait des solutions locales spécifiques qui continuent d’être un défi.

Pour pouvoir évaluer l’impact des techniques de gestion de l’eau agricole, le modèle PIK s’appuie sur des données pluviométriques et climatiques s’étendant sur une période allant de 1901 à 2009 et simule différents scénarios d’amélioration des techniques d’irrigation, de conservation de l’humidité des sols et de collecte de l’eau pluviale.  Selon le scénario le plus optimiste, la production pourrait augmenter « de plus de 55 pour cent dans de nombreux bassins hydrographiques situés au Moyen-Orient, en Asie centrale, en Chine, en Australie, en Afrique australe ainsi qu’en Amérique du Nord et du Sud », disent les chercheurs.

Le mulching et des systèmes d’irrigation au goutte-à-goutte pour faire face aux impacts du changement climatique  

Les scientifiques ont examiné un grand nombre d’options concrètes, très différentes, de gestion de l’eau allant de solutions simples et peu coûteuses destinées aux petits exploitants à des technologies industrielles. La collecte de l’eau de ruissellement excédentaire, dans des citernes par exemple, permettant de disposer d’apports d’eau supplémentaires pour l’irrigation pendant les périodes sèches est une méthode traditionnelle couramment utilisée dans certaines régions comme dans la zone sahélienne en Afrique, mais est trop peu employée dans d’autres régions semi-arides, et notamment en Asie et en Amérique du Nord. Le mulching est une autre option. Cette méthode consiste à simplement recouvrir le sol  en laissant les résidus de culture en place sur le champ, ce qui réduit l’évaporation, ou à le couvrir de grandes bâches en plastique. Enfin, le passage à des systèmes d’irrigation au goutte-à-goutte est une contribution majeure au potentiel mondial d’amélioration de la gestion de l’eau.
 
Dans le contexte actuel de changements climatiques, la gestion de l’eau revêt de plus en plus d’importance pour réduire les risques alimentaires.  La raison est que le réchauffement de la planète risque d’accroître les sécheresses et de modifier les régimes de précipitations, ce qui rendrait les disponibilités en eau encore plus critiques qu’auparavant. L’étude admet un effet fertilisant modéré du CO2, les plantes absorbant le CO2 et pouvant ainsi bénéficier de concentrations de CO2 plus élevées dans l’air, mais l’importance d’un tel effet reste à prouver. Partant de cette hypothèse, l’étude montre que, dans la plupart des scénarios servant de base aux politiques climatiques, la gestion de l’eau peut compenser une grande partie des impacts climatiques régionaux sur la production agricole. Si, dans un scénario de statu quo, les émissions de gaz à effet de serre par les combustibles fossiles ne sont pas réduites du tout, une gestion améliorée de l’eau ne suffira cependant pas à compenser les effets préjudiciables des changements climatiques.
 
Article : Jaegermeyr, J., Gerten, D., Schaphoff, S., Heinke, J., Lucht, W., Rockström, J. (2016): Integrated crop water management might sustainably halve the global food gap. Environmental Research Letters 11, 025002 [doi: 10.1088/1748-9326/11/2/025002]

(pik/scidev/wi)