Installation d'un système solaire pour la réfrigération du lait de vache dans le cadre d'un projet pilote en Tunisie. <br/>Photo: Université de Hohenheim/Victor Torres Toledo

Installation d'un système solaire pour la réfrigération du lait de vache dans le cadre d'un projet pilote en Tunisie.
Photo: Université de Hohenheim/Victor Torres Toledo

Réfrigération du lait par l'énergie solaire à l'intention des petits éleveurs africains

Des chercheurs de l'Université de Hohenheim en Allemagne sont en train de développer un dispositif fonctionnant à l'énergie solaire pour la réfrigération du lait à l'intention des petits éleveurs d'Afrique et pour l'alimentation stratégique des vaches laitières en Tunisie et au Kenya. Ces deux projets font partie de "EINEWELT", initiative spéciale du Ministère allemand du développement.

Souvent en Afrique, les petits éleveurs ne possèdent qu'un petit nombre de vaches et ne sont pas reliés au réseau électrique. Ne disposant pas de moyens de réfrigération, ils ne commercialisent qu'une partie du lait qu'ils produisent. Cette lacune est sur le point d'être comblée grâce à un nouveau système de réfrigération fonctionnant à l'énergie solaire et reposant également sur le concept d'alimentation stratégique ; deux solutions développées par des scientifiques de l'Université de Hohenheim à Stuttgart, au sud de l'Allemagne.

Ces activités de recherche relèvent de deux sous-projets sur les trois mis en œuvre à l'Université de Hohenheim et qui font partie d'un grand projet conduit par le Ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement (BMZ).

"En Afrique, de nombreux petits producteurs de lait sont loin d'avoir pleinement exploité les potentialités de leur exploitation. En Tunisie, par exemple, 85 pourcent des producteurs de lait ont moins de dix vaches et n'ont souvent pas accès au réseau électrique ; leur accès aux marchés est fréquemment restreint," précise le Professeur Joachim Müller du département de Génie agricole pour les zones tropicales et subtropicales au sein de l'Université.

Travaillant conjointement avec le Professeur Karlheinz Köller du département de Génie des procédés en production végétale, le Professeur Müller est à la recherche d'options pour apporter un appui spécifique à la chaîne de valeurs dans le secteur laitier en Afrique. Les deux chercheurs soutiennent que l'un des aspects cruciaux réside dans la réfrigération du lait.
 
Les scientifiques expliquent que la réfrigération permet d'augmenter la production de lait car elle donne aux éleveurs la possibilité de traire leurs vaches deux fois par jour. Par ailleurs, la réfrigération permet de préserver la qualité du lait, ce qui garantit l'obtention de prix avantageux. Ce qui, à son tour, permet d'améliorer l'accès des éleveurs aux marchés et leur permet également de produire du fromage et d'autres produits laitiers ; c'est là le message que les deux scientifiques ont adressé aux participants à un atelier tenu à l'Université de Hohenheim au début du mois de janvier.
 
Toutefois, pour qu'il y ait réfrigération, il est indispensable de disposer de l'électricité. Les scientifiques ont donc pensé qu'à défaut de réseau électrique, la réfrigération pouvait être envisagée en faisant appel à l'énergie solaire. C'est dans ce contexte qu'ils ont mis au point un dispositif de réfrigération solaire à l'Université de Hohenheim lequel est actuellement en train d'être installé et testé dans l'un des Centres appelés Centres d'Innovations Vertes en Tunisie.

Transfert de technologie : le système de réfrigération à l'essai

"Dans notre dispositif, de la glace est d'abord fabriquée grâce à l'énergie solaire," précise le doctorant Victor Torres Toledo en expliquant le principe. "Nous disposons ensuite la glace dans un récipient que nous plaçons au milieu de bidons de lait spéciaux de 30 litres. Ce qui permet de réfrigérer le lait de l'intérieur pendant une douzaine d'heures, évitant ainsi la formation de germes."

Dix prototypes de ce dispositif de réfrigération solaire sont actuellement à l'essai en Tunisie. En ce moment, des tests sont effectués au niveau local afin de déterminer les potentialités du dispositif dans les conditions de terrain. Les chercheurs comptent ensuite étendre le système au Kenya et l'adapter aux conditions spécifiques du pays.

Nutrition animale: le rendement des vaches laitières est déterminé par l'alimentation

L'optimisation de l'alimentation animale constitue le second volet de l'appui aux producteurs africains de lait; c'est ce qu'a soutenu au cours de l'atelier la Professeure Uta Dickhöfer de la section Nutrition animale et gestion des pâturages au sein du département des zones tropicales et subtropicales. "C'est l'alimentation qui détermine le rendement des vaches laitières, la qualité et la composition du lait et, par conséquent, son prix, a expliqué la Professeure Dickhöfer. "Et c'est dans les zones tropicales et subtropicales que nous sommes confrontés à des défis majeurs. Car elles connaissent des fluctuations saisonnières considérables au niveau de la qualité et de la quantité de l'alimentation."

Cependant, les petits éleveurs africains ont des difficultés pour disposer des aliments concentrés dont l'utilisation est courante en Europe. De plus, il manque souvent aux scientifiques allemands les données de base sur les besoins en énergie et en alimentation des variétés locales d'animaux d'élevage et des aliments disponibles.

L'alimentation stratégique à la place des aliments concentrés pour tous

La distribution systématique d'aliments concentrés à toutes les vaches n'est pas rentable et nécessiterait d'énormes capitaux. "Il est plus logique de dispenser une alimentation stratégique adaptée aux besoins réguliers des animaux et visant l'amélioration de la productivité de chaque bête prise individuellement et de l'ensemble du troupeau," soutient la Professeure Dickhöfer. L'éleveur ne donne qu'une petite quantité d'aliment concentré à des bêtes particulières. De cette façon, il est possible d'obtenir des résultats intéressants avec relativement peu d'alimentation animale et il est possible de mieux exploiter les potentialités du troupeau, explique l'experte.

Toutefois, selon la Professeure Dickhöfer de nombreuses questions restent en suspens. Il manque encore aux scientifiques de Hohenheim de nombreuses données sur l'élevage et sur l'alimentation des races locales dans les zones tropicales et subtropicales. La Professeure Dickhöfer et son équipe entendent d'abord mener des expériences en Tunisie et au Kenya afin d'établir la taille et la structure des troupeaux de bétail ainsi que leur fertilité. "Si nous intégrons ensuite les données relatives au rendement laitier des différentes races en fonction de l'alimentation, nous serons à même de déterminer les influences sur le rendement des troupeaux" estime-t-elle.
 
(Université de Hohenheim/wi)
 
Pour de plus amples informations:
Le site web de l'Université de Hohenheim (exclusivement en allemand)