Préparation d’un repas pour la famille, Gafati, Niger, 2017.
Photo: ©FAO/Andrew Esiebo

Proposition d’adaptation radicale des systèmes alimentaires

Selon un groupe d’experts internationaux, le « Groupe de Milan », Il ne sera pas possible d’atteindre les objectifs de développement durable sans une profonde transformation des systèmes alimentaires. Des chercheurs de l’université de Lancaster au Royaume-Uni notent en outre que la production alimentaire mondiale serait suffisante pour satisfaire aux besoins nutritionnels en 2050 à condition que la société s’adapte en profondeur.

« Il n’y aura pas de développement durable sans une profonde transformation des systèmes alimentaires », soulignent les chercheurs du Groupe de Milan. Ils appellent à une transformation profonde des systèmes alimentaires pour relever les Objectifs de développement durable (ODD) et les objectifs de l’Accord de Paris. Aussi, les scientifiques proposent une nouvelle approche décrite dans l’article Food systems for sustainable development: proposals for a profound four-part transformation, qui a été publié dans la revue Agronomy for Sustainable Development en août 2018.
 
Le Groupe de Milan, une équipe informelle d’experts réunie à Milan/Italie en 2015 par le Secrétaire général des Nations unies, a élaboré une stratégie qui repose sur les quatre piliers suivants :

• une évolution drastique des modèles de consommation vers une alimentation saine et raison-née ;
• une plus grande contribution de la production agricole et des filières alimentaires au dévelop-pement durable ;
• une atténuation du changement climatique générée par de nouvelles pratiques agricoles ;
• un ensemble d’actions visant à la renaissance des territoires ruraux.
 
Les chercheurs soulignent que la mise en œuvre de cette transformation repose sur un renouvel-lement de la gouvernance des systèmes alimentaires. Bien que la gouvernance locale et nationale joue un rôle important dans ce contexte, les auteurs insistent sur la nécessité de mettre en place un cadre et des processus de gouvernance à l’échelle mondiale. Selon les experts du Groupe de Milan, c’est à la science de créer les bases nécessaires à cette transformation, et les zones rurales ont un rôle majeur à jouer pour un développement réussi.
 
« Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 ne pourra pas se réaliser sans des ruralités floris-santes. L’interdépendance des zones rurales et urbaines devrait être davantage reconnue et donner lieu à un nouveau contrat social rural/urbain, », affirme Patrick Caron, premier auteur de l’article, chercheur au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le dé-veloppement) et président du Groupe d’experts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition. « Ce serait la base d’une civilisation qui rémunère ses campagnes et leurs habitants pour les fonctions qu’ils exercent et les biens publics qu’ils fournissent aux sociétés, à la planète et aux économies.  »

Réaliser la sécurité alimentaire pour tous

En cas d’adaptation radicale de la société, la production alimentaire mondiale actuelle serait suffisante pour couvrir les besoins nutritionnels de l’humanité en 2050, peut-on lire dans un article publié par des chercheurs de l’université de Lancaster. En même temps, les chercheurs préviennent qu’une augmentation de 119 pour cent de cent de cultures comestibles sera nécessaire d’ici à 2050 si la société ne renonce pas à ses habitudes alimentaires actuelles.
 
Ils ont analysé l’offre mondiale et régionale de produits alimentaires et ont déterminé dans quelle mesure la réduction des quantités de produits destinés à l’alimentation humaine qui sont affouragées aux animaux et, dans une moindre mesure, la réduction du gaspillage permettraient d’augmenter l’offre de produits alimentaires.  

Les scientifiques en sont arrivés à la conclusion que la production alimentaire actuelle était suffisante pour nourrir la population mondiale attendue de 9,7 milliards de personnes en 2050, ce qui requerrait cependant des changements importants des conditions socioéconomiques de nombreuses personnes et une évolution radicale des choix alimentaires individuels. Cela exigerait notamment de remplacer la plupart des produits carnés et laitiers par des produits de substitution à base de plantes et une plus grande acceptation de consommer directement les aliments destinés à l’alimentation humaine dont on nourrit actuellement les animaux. Il faudrait en outre limiter la production de biocombustibles. 

(ile)
 
Pour en savoir plus (en anglais) :
 
Lire l’article Food systems for sustainable development: proposals for a profound four-part transformation publié dans la revue Agronomy for Sustainable Development: https://link.springer.com/article/10.1007/s13593-018-0519-1
 
Lire l’article Current global food production is sufficient to meet human nutritional needs in 2050 provided there is radical societal adaptation publié dans la revue Elementa: Science of the Anthropocene: www.elementascience.org/articles/10.1525/elementa.310/