De gauche à droite: Tanja Samrotzki (animatrice), Francisco Marí (Bread for the World), Stefanie Kirse (MSC), Andrea Weber (Metro AG) et Gunther Beger (BMZ).
Photo: Lennart Funck/GIZ

Pour une gestion durable et équitable de la pêche

La petite pêche artisanale est la ressource alimentaire et la base d’existence de millions de personnes en Afrique. Or, les populations de poissons et l’écosystème maritime sont soumis à des pressions de plus en plus fortes. Dans le cadre de son « Dialogue sur l'innovation – l'avenir des zones rurales en Afrique », le ministère allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) a invité des experts et des personnes intéressées à un débat sur les scénarios d’action pour une pêche durable.

Le poisson n’est pas seulement une importante source de protéines, il est aussi une source de revenus importante. Et, pour de nombreux pays d’Afrique, il constitue également le principal produit d’exportation. Or, en maints endroits, la petite pêche artisanale est compromise non seulement par les grandes flottes de pêche, mais aussi par les nombreuses menaces qui pèsent sur l’écosystème marin. Que peut-on faire pour assurer la pérennité des ressources de pêche et pour organiser la pêche de manière plus durable en Afrique ?

C’est cette question qui était à l’ordre du jour du 4e « Dialogue sur l'innovation – l'avenir des zones rurales en Afrique » placé sous le thème « Des mers vides ou un grand potentiel ? Pistes d’action pour une pêche durable », auquel la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) a, dans le cadre de l’Initiative « UN SEUL MONDE sans faim » du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), convié des experts et des personnes intéressées à Berlin, en Allemagne, au début du mois de novembre 2019. 

La hausse de la consommation menace les stocks de poissons

Depuis des années, la consommation de poisson et de produits de la pêche ne cesse d’augmenter. Alors qu’en 1961, la consommation de poisson par habitant s’élevait à neuf kilogrammes, elle atteignait déjà 20,5 kilogrammes en 2017, et la tendance est à la hausse. Les experts estiment qu’environ 30 pour cent des mers du monde sont surpêchées. D’ici à 2050, il faut s’attendre en même temps à ce que les stocks de poissons diminuent de 25 pour cent de plus sous l’effet du réchauffement de l’eau.

Nicole Franz, experte de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a donné quelques chiffres supplémentaires. Ainsi, en 2016, la pêche et la production aquicole ont atteint le chiffre record de 171 millions de tonnes à l’échelle mondiale, alors que ce chiffre n’était que de 16 millions de tonnes en 1961. À l’heure actuelle, 47 pour cent des poissons proviennent de l’aquaculture, secteur qui emploie 19,3 millions de personnes. Le reste provient de la pêche maritime et de la pêche en eaux douces qui procure un emploi à 40,3 millions de personnes. Selon l’experte, la tendance à la hausse de l’aquaculture a également des incidences directes sur l’alimentation. En effet, une partie du poisson qui était auparavant réservé à la consommation humaine est désormais amenée en quantités croissantes à des usines de fabrication de farine de poisson, ce qui s’explique par le fait que l’huile ou la farine de poisson est de plus en plus utilisée dans les systèmes de production animale.

« En outre, l’Afrique est actuellement un exportateur net de poisson et de produits de la pêche, ce qui est aussi problématique pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle de ces pays », ajoute Madame Franz en mettant l’accent sur l’importance du poisson comme source de protéines. De plus, c’est là que la petite pêche artisanale représente un facteur économique important.

La majeure partie des personnes qui vivent de la pêche est concentrée en Afrique. Et 50 pour cent des personnes travaillant dans le secteur de la petite pêche artisanale sont des femmes, explique Francisco Mari, expert de « Brot für die Welt » chargé des questions d’alimentation mondiale, de commerce agricole et de politique maritime. « Elles vendent le poisson, le transforment, gagnent l’argent qu’elles avancent aux pêcheurs pour leur permettre d’acheter le carburant dont ils ont besoin pour aller pêcher en mer », rapporte l’expert en politique maritime.

Diminuer la concurrence

Mais leurs bases d’existence sont menacées par la pêche industrielle. « En une seule journée, un chalutier européen ou asiatique extrait considérablement plus de poisson de la mer qu’une embarcation mauritanienne ou sénégalaise peut en retirer en une année entière avec le même nombre de personnes à bord », explique Thilo Hoppe, chargé de la politique de développement pour « Brot für die Welt ». Cette concurrence est rude pour les petits artisans pêcheurs locaux. Le secteur est en outre confronté à de nombreux autres problèmes, de la pêche illégale et la pollution des mers aux effets préjudiciables déjà évoqués du changement climatique en passant par les menaces que représentent la construction de ports maritimes et les projets touristiques. La priorité devrait aller à l’élimination de la faim et, partant, à la préservation de la diversité des espèces vivant dans les mers.

Supprimer les subventions

Le BMZ attache lui aussi une grande importance à la pêche. Certes, ce ne sont encore que 60 millions d’euros du budget total de quelque 10 milliards d’euros du BMZ qui vont au secteur de la pêche, mais avec le plan à dix points de 2016 intitulé « Protection des mers et pêche durable », le ministère a fait part de son intention de renforcer l’engagement de la politique allemande de développement dans les domaines de la gestion des zones économiques côtières et de la protection des mers. Un élément important de ce plan vise à préserver cette base d’existence qu’est la pêche pour les populations vivant dans les zones côtières ainsi qu’à promouvoir la transformation et la commercialisation durables et socialement responsables du poisson. Le soutien apporté aux pays partenaires dans la lutte contre la pêche illégale est également inscrit au programme.

Günther Beger, directeur de la division Questions fondamentales; économie, commerce, développement rural au BMZ, entrevoit encore un autre domaine d’action. « Les subventions représentent un tiers de la valeur économique totale du poisson. Il s’agit de subventions dont la plus petite partie seulement est versée dans les pays africains, le reste l’étant dans les pays industrialisés », explique Beger. Cela fait que l’écart entre les petits pêcheurs dans les pays partenaires et la grande pêche industrielle se creuse encore davantage.

Saisir l’impulsion donnée par l’Année internationale de la pêche artisanale et de l’aquaculture

 « Il existe suffisamment de lignes directrices pour les différentes approches de solution. Il importe à présent de travailler ensemble à leur mise en œuvre », a conclu l’experte de la FAO, Madame Franz. Les Nations unies ont déclaré 2022 Année internationale de la pêche et de l’aquaculture. Il faut espérer que ce secteur non seulement attirera l’attention de tous, mais que des actions concrètes suivront.

Marijke Lass, journaliste, Berlin/Allemagne