La filariose lymphatique est l’une des maladies tropicales négligées ciblées par la nouvelle initiative de l’OMS. <br/>Photo: Centre des maladies tropicales négligées

La filariose lymphatique est l’une des maladies tropicales négligées ciblées par la nouvelle initiative de l’OMS.
Photo: Centre des maladies tropicales négligées

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Environ 1,5 milliard de personnes dans le monde souffrent de ce que l’on appelle les maladies tropicales négligées (MTN) qui mettent en péril la santé des plus pauvres parmi les pauvres et qui pourraient être facilement maîtrisées s’il existait une volonté politique suffisante et que l’on déployait les moyens nécessaires à cet effet. En mai de cette année, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) lancera une initiative axée sur les stratégies nationales ciblant des MTN individuelles adoptées par les pays affectés.

Selon la définition donnée par l’OMS, l’expression  « maladies tropicales négligées » fait référence à un groupe de 17 maladies transmissibles, qui sont endémiques dans 149 pays tropicaux et subtropicaux et qui  «  affectent principalement des populations vivant dans la pauvreté, n’ayant pas accès à des services d’assainissement adéquats, exposés à des vecteurs favorisant la transmission des infections et vivant en contact avec des animaux domestiques et du bétail ». Ces maladies comprennent des pathologies bien connues telles que la dengue, la maladie du sommeil et la lèpre, mais également des maladies moins connues telles que la cécité des rivières (onchocercose) et la filariose lymphatique. Ce sont ces dernières maladies qui sont ciblées par l’Initiative ESPEN  (Expanded Special Project for the Elimination of Neglected Tropical Diseases -  Projet spécial élargi pour l’élimination des maladies tropicales négligées). « Nous voulons atteindre 145 millions de personnes dans 26 pays d’ici à 2016 », souligne la directrice pour les maladies transmissibles du Bureau régional de l'Organisation mondiale de la Santé pour l'Afrique, Magda Robalo, qui a expliqué l’objectif ambitieux de cette Initiative, d’une durée prévue de cinq ans,  lors d’une manifestation qui s’est tenue en mars, à Berlin, sous l’égide du réseau allemand de lutte contre les maladies tropicales négligées. Au lieu d’initiatives de lutte contre des maladies individuelles, telles que le Programme africain de lutte contre l’onchocercose (APOC) arrivé à terme en décembre 2015, il est prévu à l’avenir d’adopter une approche intégrée de lutte contre des maladies multiples qui « mettra les pays à la place du conducteur » et leur offrira ainsi une grande autonomie pour définir leurs priorités.

Le continent africain supporte environ 40 per cent de la charge mondiale de morbidité imputable aux maladies tropicales négligées. Dans chacun des 47 pays, au moins deux MTN sont endémiques, et ESPEN a besoin d’un budget annuel de dix millions de dollars US pour financer ses opérations.  Toutefois, à ce jour, le projet ne dispose à cet effet que de deux millions de dollars US.  En s’appuyant sur l’exemple de la maladie du ver de Guinée, Magda Robalo a démontré  de quelle façon les moyens financiers ont été bien investis pour lutter contre les maladies tropicales négligées.  Alors qu’en 1986 on recensait encore 3,5 millions de cas, en 2015, le nombre de cas notifiés était tombé à 22 en 2015, et la maladie est actuellement en voie d’être éradiquée. La courbe des chiffres relatifs au nombre de personnes survivant au VIH/sida témoigne également des succès qui peuvent être obtenus quand il existe une volonté politique, quand la question intéresse l’opinion publique  et, avant tout, quand des moyens suffisants sont mis à disposition et que les bons médicaments peuvent être mis au point.

Cependant, ces différents facteurs continuent généralement de poser problème quand il s’agit de lutter contre les MTN, même si un certain nombre de bons médicaments existent et sont disponibles, a expliqué Professeur Achim Hörauf, directeur de l’Institut de microbiologie médicale, d’immunologie et de parasitologie de l’université de Bonn, Allemagne. Lors du colloque de Berlin, Hörauf a évoqué l’ivermectine, un médicament utilisé pour traiter la cécité des rivières et la filariose lymphatique.  En outre, de nombreux médicaments sont aujourd’hui mis gracieusement à disposition par l’industrie pharmaceutique.
 
Toutefois, la façon dont vivent les parasites, et donc également la durée et le type de thérapie, contrarient souvent les efforts des chercheurs en médecine. L’ivermectine, par exemple,  ne tue que les larves des vers (appelées microfilaires) qui provoquent la cécité des rivières. Mais, aussi longtemps que des vers femelles adultes vivent sous la peau des personnes touchées, et ils peuvent y rester jusqu’à 17 ans, les programmes de lutte contre ce vecteur doivent être poursuivis de façon systématique. « Il faut que chaque année des thérapies atteignent des gens, même dans les endroits les plus reculés », note  Hörauf.

C’est là l’un des plus grands défis auxquels il faut faire face quand on combat les maladies tropicales négligées « qui commencent souvent là où la route s’arrête » comme le dit Professeur Martin Kollmann, conseiller principal pour les MTN à la Christoffel Blindenmission (mission chrétienne pour les aveugles, CBM). Les efforts déployés pour maîtriser les maladies de façon permanente ne seront pas couronnés de succès si on ne renforce pas en même temps les systèmes de santé. Le renforcement des capacités dans les pays touchés, qui doit inclure les communautés rurales et doit surtout soutenir les services de santé périphériques, devrait ici être prioritaire pour pouvoir finalement atteindre le but d’une couverture sanitaire universelle. Magda Robalo a clôturé l’événement  en donnant un pronostic optimiste : « Si Coca Cola parvient à pénétrer jusqu’au village le plus reculé, pourquoi ne serions-nous pas capable d’en faire autant avec les soins de santé ?

Author: Silvia Richer, editeur, Rural 21