Les experts de Cirad espère que l’élimination des glossines entraînera une évolution des systèmes d’élevage.
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Nouveaux modèles pour mieux cibler l’éradication des mouches tsé-tsé

La trypanosomiase animale africaine constitue encore aujourd’hui le principal obstacle au développement de l’élevage en Afrique subsaharienne. Pour combattre cette maladie, on dispose désormais de méthodes efficaces d’élimination des glossines qui la transmettent.

Au Sénégal, le gouvernement a lancé une vaste campagne de lutte contre la trypanosomiase animale fondée sur l’éradication des glossines qui transmettent cette redoutable maladie.  Elle comprend le piégeage des mouches, le traitement insecticide du bétail, mais aussi des lâchers aériens de mouches mâles stériles dans sa phase d’éradication.

Pour mieux cibler les lieux où déployer le dispositif de lutte, les chercheurs du Cirad – institut de recherche français -  et ses partenaires ont utilisé des modèles de distribution d’espèces, capables de caractériser très précisément l’habitat d’une espèce et de prévoir, à partir de données environnementales, ses lieux de prédilection. Avec pour résultats une campagne de lutte plus efficace et une réduction substantielle des coûts.

Des modèles de distribution d’espèces pour optimiser la lutte intégrée

Pour mettre en œuvre cette lutte intégrée, il est indispensable de bien connaître l’écologie de la population de glossines riveraines, Glossina palpalis gambiensis, qui sévit dans la région ouest-africaine. Selon les chercheurs du CIRAD, cette connaissance permet de mieux cibler les sites où seront déployés les pièges insecticides et lâchés les insectes stériles, mais aussi de suivre plus efficacement le déclin des populations de glossines. L’utilisation de modèles de distribution d’espèces peut être particulièrement intéressante à cet égard.

Les chercheurs ont utilisé trois types de modèles : une Enfa (Ecological niche factorial analysis), un modèle de régression logistique régularisée et un modèle Maxent (Maximal entropy), ce dernier s’étant révélé le meilleur pour prédire les sites de prédilection des glossines.
Selon des experts du CIRAD ces modèles leur ont permis, en combinant des indicateurs environnementaux à forte résolution spatiale et temporelle (images Landsat ETM+ et Modis), de caractériser très précisément l’habitat de l’espèce ― sa niche écologique ― et de prévoir les lieux favorables à sa survie.
Ils ont ainsi déterminé que cette glossine vit dans des habitats permanents à fort couvert arboré, naturel ou anthropique, où les conditions macroclimatiques de température et d’hygrométrie sont tempérées.

Mieux cibler la lutte et réduire les coûts

Les chercheurs ont pu, grâce à cette étude, cibler les habitats où les pièges imprégnés d’insecticides sont les plus efficaces, avec pour résultat une réduction rapide de la densité des glossines. Ils ont pu également déterminer le nombre de mâles stériles nécessaire pour ensuite éradiquer les glossines restantes, puis paramétrer directement la machine automatique embarquée à bord du gyrocoptère qui effectue les lâchers, à partir de l’étendue des habitats favorables aux glossines prédite par le modèle.

Enfin, la localisation de ces habitats leur a permis d’évaluer précisément l’impact de la campagne de lutte sur les densités de glossines. En définitive, l’utilisation de modèles de distribution d’espèces a eu pour résultat une réduction substantielle des coûts du programme de lutte.

Les chercheurs pensent que ce programme d’éradication permettra d’intensifier l’élevage tout en préservant l’environnement. Il s’est accompagné d’une étude socio-économique pour évaluer ses retombées financières. Il en ressort que, pour un coût global d’environ 6 400 euros par kilomètre carré, les ventes de produits animaux (lait et viande) par les éleveurs pourraient augmenter de près de 2 800 euros par kilomètre carré et par an, avec, dans le même temps, une réduction de 45 pour cent de la taille du troupeau.

Cirad et ses partenaires prévoient que l’élimination des glossines entraînera une évolution des systèmes d’élevage. Les élevages traditionnels, fondés sur des bovins trypanotolérants, devront s’intensifier en adoptant des races améliorées, jusqu’alors impossibles à élever car sensibles à la trypanosomiase, comme les zébus locaux mieux conformés, pour la production de viande et de lait, ou les bovins exotiques, pour la production laitière.

(CIRAD/wi)

Pour en savoir plus :

Dicko A., Lancelot R., Seck M.T., Guerrini L., Sall B., Lo M., Vreysen M.J.B., Lefrançois T., Fonta W.M., Peck S.L., Bouyer J., 2014. Using species distribution models to optimize vector control in the framework of the tsetse eradication campaign in Senegal. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 111 : 10149-10154. Doi : 10.1073/pnas.1407773111

Bouyer F., Seck M.T., Dicko A., Sall B., Lo M., Vreysen M.J.B., Chia E., Bouyer J., Wane A., 2014. Ex-ante benefit-cost analysis of the elimination of a Glossina palpalis gambiensis population in the Niayes of Senegal. PLoS Neglected Tropical Diseases, 8 : e3112 (12 p.)