Mathilde, reine des Belges

Mathilde, reine des Belges, s’exprimant lors de la session « Droit à une éducation de qualité ».
Photo: © European Union

« Notre monde, notre dignité, notre avenir »

Les Journées européennes du Développement, qui se sont tenues à Bruxelles/Belgique, début juin, ont été l’événement phare de l’Année européenne du développement déclarée par la Commission européenne pour 2015.

Les Journées européennes du Développement se sont tenues à Bruxelles/Belgique, début juin, avec pour devise « Notre monde, notre dignité, notre avenir ». Elles ont été l’événement phare de l’Année européenne du développement déclarée par la Commission européenne pour 2015, avec la même devise. Au cours de plus de 130 sessions, environ 5 000 participants ont examiné des questions brûlantes liées au développement et soulevées par un large éventail de thèmes intersectoriels allant de la citoyenneté, l’inclusion, le genre et les droits de l’homme, au financement, à la croissance, à l’emploi, à la migration et au commerce, en passant par l’alimentation, l’éducation, la santé, le climat et l’énergie. 

« Passer à la vitesse supérieure ou disparaître »

Pas moins de 13 sessions étaient axées sur le sujet de l’alimentation et de la sécurité alimentaire et plus d’une fois le rôle clé joué par les petites exploitations agricoles et les exploitations familiales dans ce contexte a été souligné. Après tout, à l’heure actuelle, les petites exploitations agricoles concernent environ 2,8 milliards de personnes et représentent de 30 à 60 pour cent du produit intérieur brut des pays les moins développés du monde. Les participants à la session Small-scale farming and sustainable food systems (petite agriculture et systèmes alimentaires durables) ont souligné qu’à condition de soutenir ce modèle, des millions de familles pourraient vivre décemment de leur travail. 

 « Il faut traiter les petites exploitations agricoles comme des entreprises et nous avons besoin d’une stratégie permettant d’améliorer leur sort ou de les faire disparaître, » a déclaré M. Shenggen Fan, directeur général de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires  (IPFRI) à Washington. Il est injuste qu’ils continuent de travailler sur des exploitations ne leur permettant pas de subvenir à leurs besoins. De plus, ils risquent de perpétuer le cycle insécurité alimentaire – pauvreté – production non durable, du fait, par exemple, de leur obligation à gérer des terres déjà dégradées. Au niveau stratégique, il faut supprimer les subventions inacceptables telles que celles qui sont accordées pour l’eau et les engrais et utiliser au contraire ces ressources pour aider les petits exploitants agricoles à produire plus de denrées alimentaires – et surtout des denrées alimentaires plus nutritives – et à accéder aux marchés.

Ces demandes ont été soutenues par Mme Adriana Opromolla, chargée de plaidoyer international chez Caritas Internationalis. Mme Opromolla a présenté les résultats d’une étude internationale sur la sécurité alimentaire réalisée auprès des 160 membres de la confédération Caritas, résultats selon lesquels les principales causes de l’insécurité alimentaire sont le manque de ressources telles que les terres et les semences, l’absence de financements/prêts, la difficulté d’accéder aux marchés, la faible productivité agricole et l’impact du changement climatique. Il ressort toutefois du rapport qu’il existe des différences considérables d’un continent à l’autre. Alors qu’en Afrique subsaharienne les principaux problèmes sont la faible productivité et le changement climatique, en Asie c’est surtout au manque de gouvernance et à la difficulté d’accéder aux ressources qu’il faut donner la priorité. En Amérique latine et dans les Caraïbes, les principaux problèmes sont les prix des aliments, la spéculation et le manque d’infrastructures. Enfin, au Moyen-Orient, les principales difficultés sont liées aux conflits et au manque d’eau potable.

Renforcer les coopératives

Une autre solution permettant d’autonomiser les petits exploitants agricoles consiste à les aider à s’organiser. C’est ce que fait Caritas, par exemple, en Éthiopie, comme l’a expliqué M. Abdelghani Sourji, consultant senior en agriculture et en développement rural. L’État ayant incité les agriculteurs à créer des coopératives à un rythme très accéléré, le pays compte environ 30 000 coopératives agricoles mais beaucoup d’entre elles manquent d’infrastructure et de ressources. Caritas les aide non seulement à construire des installations de stockage pour le grain à acheter et à vendre et pour les moyens de production, mais aussi à construire l’infrastructure nécessaire pour les unions de coopératives.  Ces unions offrent des services à leurs membres, par exemple sous forme de semences améliorées, de services techniques et de services de prêts/crédits. Les coopératives sont gérées comme des entreprises et doivent par conséquent faire des bénéfices et subvenir à leurs besoins. M. Sourij a également déclaré que Caritas avait aidé à créer un fonds de garantie dans lequel le risque est partagé à 50-50 avec une banque coopérative. Par ailleurs, l’organisation a lancé un programme de développement des actifs visant à aider les petits exploitants les plus pauvres à acheter de petits ruminants et des semences. En raison des grandes sécheresses se produisant tous les trois ou quatre ans, de nombreux agriculteurs de la région dans laquelle le projet est mis en œuvre sont forcés de vendre leurs biens et de dépendre de l’aide alimentaire.

Produire plus avec moins

« Nous devons investir plus dans la sécurité nutritionnelle, » a souligné M. Jean-Pierre Halkin, chef de l’unité Développement rural, Sécurité alimentaire et Nutrition à la Direction générale Développement et Coopération de la Commission européenne. « Nous devons également faire en sorte que l’agriculture et le système alimentaire soient plus durables tout en utilisant moins de ressources. » D’ici à 2050, les pays en développement auront des besoins alimentaires deux fois supérieurs à ceux d’aujourd’hui. Par conséquent, il faut donner la priorité à la production d’aliments plus nutritifs et à une réduction de l’utilisation de l’eau et d’autres moyens de production. Il n’existe pas de solution unique à ce problème. Les participants à la session Feeding the planet together (nourrir la planète ensemble) se sont mis d’accord sur la nécessité de faire entrer en ligne de compte l’amélioration des technologies, l’adoption de meilleurs mécanismes de financement, l’amélioration de l’éducation, une plus grande facilité d’accès aux marchés et la bonne gouvernance.

« Nous n’avons pas besoin d’une révolution verte en Afrique. Cette solution avait été envisagée à un moment donné, alors que l’énergie était bon marché, » a déclaré Patrick Caron, directeur général délégué à la recherche et à la stratégie du Centre français de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). « Le contexte est différent aujourd’hui et les solutions qui étaient bonnes hier ne le sont plus aujourd’hui et ne le seront plus demain. » M. Caron appelle à une révolution agricole mondiale, une révolution technologique intelligente qui contribuerait au développement et qui serait durable. Les experts ont déclaré que la nécessité de voir la productivité augmenter est incontestable. Parallèlement, le problème du gaspillage doit être résolu dans la mesure où, à l’échelle mondiale, un tiers de la production alimentaire est perdue. Des mesures sont nécessaires, non seulement pour accroître la disponibilité des produits alimentaires, mais aussi pour protéger l’environnement.

Un vote des participants a montré qu’une majorité considérait que la lutte contre le changement climatique et l’accent mis sur le développement durable étaient les meilleurs moyens d’atteindre la sécurité alimentaire. Les experts ont considéré que si l’amélioration des technologies était clairement importante, ils avaient des doutes quant à l’efficacité d’une mécanisation accrue en Afrique subsaharienne où de nombreuses exploitations agricoles sont bien trop petites pour que les tracteurs aient une quelconque utilité. Par contre, une mécanisation accrue associée à plus de technologie pouvait contribuer à attirer les jeunes à l’agriculture ; 350 millions de jeunes vont intégrer le marché du travail africain au cours des 15 années à venir et d’autres secteurs de l’économie n’offrent aucune perspective d’emploi.

Un engagement ferme à éliminer la malnutrition

Avec 160 millions d’enfants présentant un retard de croissance et des millions d’autres souffrant de déficiences en micronutriments, la malnutrition à l’échelle mondiale reste un problème de développement à résoudre de toute urgence. La malnutrition est une des causes de la moitié de la mortalité infantile au niveau mondial. Toutefois, jusqu’à maintenant, seulement un pour cent  de l’aide publique au développement sert à lutter contre ce problème, comme le souligne Mme Melinda Gates, fondatrice et co-présidente de la Fondation Bill-et-Melinda-Gates. Au cours de la session Joining forces to make undernutrition history (unir nos forces pour que la sous-alimentation ne soit plus qu’une vieille histoire), plusieurs initiatives ont été présentées. Thomas Silberhorn, secrétaire d’État du ministère allemand du Développement, a présenté l’initiative One World – No Hunger (un monde sans faim) prise l’année dernière par le gouvernement allemand et qui bénéficie d’un soutien annuel de 1,4 milliard d’euros. M. Silberhorn a expliqué que le programme avait deux principaux objectifs : lutter dès aujourd’hui contre la faim et la malnutrition en mettant l’accent sur les femmes et les mères allaitantes, et s’assurer que les générations à venir auront de quoi manger en agissant sur les chaînes de valorisation de la production alimentaire de la ferme à la table.

Le Nigeria occupe la deuxième place mondiale en ce qui concerne les décès dus à la malnutrition et aux retards de croissance. Mme Zouera Youssoufou, directrice générale de la Fondation Dangote du Nigeria, a expliqué que grâce à sa dotation de 1,25 milliard de dollars US, la fondation a fait une percée dans la lutte contre la malnutrition. Elle a donné en exemple le programme de nutrition de la fondation qui fournit des repas à 10 000 personnes, trois fois par jour, 365 jours par an. Par ailleurs, un programme d’autonomisation économique aide les gens à trouver des moyens de mieux gagner leur vie. Mme Youssoufou a fait valoir que l’autonomisation des femmes doit être un élément clé de l’initiative car ce sont d’importantes actrices en tant qu’agricultrices, consommatrices et mères. Cette initiative doit notamment encourager les mères à allaiter au sein et revenir à ce qui a toujours été la méthode traditionnelle d’alimentation des nourrissons. La fondation encourage également le secteur privé africain et les « philanthropes » locaux à investir dans ce domaine. « La réalité est la suivante : nous devons nous-mêmes résoudre la majeure partie de nos problèmes en Afrique, » a ajouté Mme Youssoufou. À ce sujet également, plusieurs intervenants ont fait remarquer que le problème de la malnutrition ne peut être résolu en s’attaquant à une seule de ses causes. Il importe d’établir des liens entre diverses questions de développement, notamment entre l’agriculture, la santé, l’eau, l’assainissement et l’éducation.

La migration – un facteur de développement 

Seulement trois semaines avant les Journées européennes du développement, la Commission européenne a lancé le programme européen en matière de migration dont, comme le faisait remarquer M. Matthias Ruete, directeur général  de la Direction générale Migration et Affaires intérieures, un des principaux thèmes est de reconnaître la migration en tant que catalyseur du développement. En s’attaquant à l’instabilité politique, économique et sociale, la coopération au développement aide à s’assurer que la migration est « un choix plutôt qu’une nécessité », a déclaré M. Ruete lors de la session, « faisant ainsi d’elle un facteur de développement. » 

« La migration, c’est le développement, et le développement passe par la migration. Ils sont indissociables, » a soutenu M. Dilip Ratha, directeur de l’Alliance mondiale pour le savoir sur les migrations et le développement (Global Knowledge Partnership on Migration and Development – KNOMAD) de la Banque mondiale. Selon lui, les envois de fonds des migrants sont une source majeure de recettes et de développement pour leurs pays d’origine, tout comme l’est l’épargne accumulée par la diaspora et son soutien massif à des projets philanthropiques. Les envois de fonds officiellement enregistrés dans les pays en développement sont estimés à 382 milliards d’euros pour 2014, ce qui représente trois fois le volume de l’aide officielle versée aux pays en développement.

Lors de la réunion, Mme Laura Thompson, directrice générale adjointe de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), a rappelé que les migrants sont des travailleurs, mais également des employeurs, entrepreneurs et investisseurs potentiels. Elle a souligné qu’il était important de faciliter les voies légales et la sécurité de la migration, également pour permettre aux migrants d’apporter leurs contributions aux sociétés de destination. Elle a également déclaré qu’il fallait plus mettre l’accent sur la protection des droits de l’homme et du travail des migrants, ainsi que sur leur santé. Les experts ont reconnu que ces demandes avaient également été reprises dans les objectifs de développement durable (ODD) que les Nations unies doivent adopter en septembre. Notamment, les migrants sont mentionnés dans les ODD sur la protection des droits du travail, sur la facilitation d’une migration organisée et sûre, et sur la réduction des coûts de transaction sur les envois de fonds des migrants à moins de trois pour cent d’ici à 2030.

Silvia Richter, rédactrice, Rural 21